LV.* Justinien chassé. Léonce, empereur
L'empereur Justinien , qui l'avoit envoyé ,
(l) Anast. in Serg.
(2j Paul. diac. VI, c. 11.
(3) Anast. in Serg.
fut chassé de Constantinople dans le même temps (1). Il s'étoit rendu très-odieux par sii mauvaise conduite , ayant rompu mal à propoi la paix avec les Bulgares et les musulmans (2) ^>es principaux ministres étoient cruels entre autres Etienne, eunuque persan , son sacellaire ou trésorier particulier , et Théodore qui de moine reclus étoit devenu logothète' ou trésorier général Le patriarche Paul mourut l'an six cent quatre-vingt-treize , après avoir tenu le siège sept ans , et eut pour successeur Callinique, prêtre et trésorier de l'église de Elaquernes , qui tint le siège douze ans (3). L'empereur, voulant faire quelques nouveaux bâtiments, pria ce patriarche de faire des prières , afin que l'on pût abattre une eghse de la Vierge qui étoit près du palais. Le patriarche lui dit (4) : Nous avons des prières pour la fondation d'une église, mais je n'ai point appris qu'il y en ait pour sa destruction, Lt comme l'empereur le pressoit , le patriarche dit : Loué soit Dieu, qui souffre (ouf maintenant et toujours , et dans les siècles des siècles. Amen. Aussitôt on abattit l'église pour faire place au nouveau bâtiment, et on la rebâtit ailleurs.
Peu de temps après Justinien commanda à Ltienne, patnce et gouverneur de Constantinople, de faire de nuit un grand massacre du peuple de la ville, en commençant par le patriarche (5/. La même nuit , le patrice Léonce sembarquoit pour sortir de Constantinople après avoir fait la guerre en Orient avec beaucoup de réputation, il avoit été trois ans en prison, et venoit d'être déclaré gouverneur de Grèce, avec ordre de partir le jour même Etant donc prêt de s'embarquer, il prenoit congé de ses amis, entre lesquels étoient Paul moine et astronome, et Grégoire de Cappadoce, abbé du monastère de Florus, qui Favoient souvent visité dans sa prison, et l'avoient assuré qu'il seroit empereur. Vous voyez, leur disoit-il, combien vos promesses sont vaines; quand je serai une fois hors d'ici je n'attends qu'une fin malheureuse. Ils lui répondirent : Vous en verrez l'accomplissement si vous ne perdez point courage, croyez-nous seulement , et nous suivez. Ils allèrent à la prison, la firent ouvrir, feignant que c'étoit l'empereur, et en tirèrent beaucoup de braves gens, que Léonce fit armer avec les siens, et les mena à la place en criant : Tous les chrétiens à Sainte- Sophie! et fit faire le même cri par tous les quartiers. Le peuple, alarmé, s'assembla au baptistère de la grande église. Léonce , avec ses deux moines et les principaux de son parti, alla trouver le patriarche déjà troublé de l'ordre qu'avoit reçu le patrice Etienne. Léonce lui persuada de venir au baptistère, et de crier : C'est ici le jour qu'a
(1) S. Niceph. Hisl. p.25. (4) Theoph. p. 307.
iVs P^^P^- an. 9,p.306. (5) Niceph. Hist. p. 25. (3) S. Wicepb. Chr.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
t An de J-C. 694.
fait le Seigneur (1). Tout le peuple s'écria : Qu'on déterre les os de Justinien, comme s'il eût été déjà mort; et ils coururent tous à l'Hippodrome. Le jour étant venu, on y amena Justinien. Le p>euple crioit qu'on le fît mourir; mais Léonce épargna sa vie, à cause de l'amitié qu'il avoit portée à son p^Te Constantin. Il se contenta de lui faire couper le nez, et de l'envoyer en exil à la ville de Chersonne. Il avoit régné dix ans, et c'étoit l'an six cent quatre-vingt-quatorze. Léonce fut aussitôt proclamé empereur.
LVl. Seizième concile de Tolède.
En Espagne cependant , il se tint deux conciles, le seizième et le dix-septième de Tolède (2). Le premier se tint la sixième année du roi Egica , ère sept cent trente-un, c'est-adire l'an six cent quatre-vingt-treize, le second jour de mai. Cinquante-neuf évéques y assistèrent avec cinq abbés, et trois députés d'évéques absents. Le roi y étoit en personne, accompagné de seize comtes. On y fit dix canons de discipline, dont le premier ordonne que les juifs, qui se convertiront sincèrement, seront exempts des tributs qu'ils payoient au fisc, confirmant au surplus les lois précédentes contre ceux qui demeureront endurcis. On défend tous les restes d'idolâtrie : d'honorer des pierres, des fontaines ou des arbres , d'observer les augures, ou pratiquer des enchantements (3). L'exécution en est recommandée aux évéques, aux prêtres ou aux juges.
Ceux qui pèchent contre la nature sont condamnés à être séparés des chrétiens pour toute leur vie, recevoir cent coups de fouet, être rasés par infamie et bannis à perpétuité. Ceux-ci, non plus que les idolâtres, ne recevront la communion qu'à la mort, et encore après une digne pénitence. Celui qui aura voulu se tuer par désespoir sera privé de la communion pour deux mois (4).
Il y avoit en Espagne plusieurs églises abandonnées , parce qu'elles étoient trop pauvres pour entretenir un prêtre (5). On y offroit rarement le sacrifice, et elles tomboient en ruine. En sorte que les juifs s'en moquoient, et disoient qu'on n'a voit rien gagné à détruire leurs synagogues, puisque les églises des chrétiens étoient en plus mauvais état. Pour y remédier, le concile ordonne aux évéques d'employer en réparation le tiers du revenu des églises de la campagne que les canons leur accordoient (6). Que s'ils ne prennent point ce tiers, les prêtres qui servent ces églises en feront les réparations. Nous avons vu que saint Ansbert, archevêque de Rouen, pratiquoit ce qu'ordonne ce concile (7). Il con-
(1) Ps. 117.
(2) T. 6, Conc. p. 127.
(7) Sop. n. 35.
tinue : On ne donnera point plusieurs églises à un même prêtre; mais celles qui auront moins de dix serfs seront unies à d'autres. Quelques prêtres employoient pour le sacrifice leur pain ordinaire, dont ils coupoient une croûte ronde, et l'offroient sur l'autel (1). Le concile ordonne de ne se servir j)our ce saint usage que d'un pain entier, qui soit blanc, fait exprés, et en petite quantité; puisqu'il ne doit pas charger l'estomac, n'étant que pour la nourriture de l'àme, et qu'il doit être facile à conserver dans une petite boîte (2). On faisoit donc dès lors des hosties à peu près comme elles sont aujourd'hui.
Sisbert, archevêque de Tolède , ayant conspiré avec plusieurs autres contre le roi Egica, pour lui faire perdre le royaume et la vie, fut déposé, privé de tous ses biens , et mis en la puissance du roi, qui le condamna à une prison perpétuelle : il fut même ordonné qu'il ne recevroit la communion qu'à la mort, si le roi ne lui faisoit grâce. A sa place, le concile fit évêque de Tolède Félix de Séville , dont le siège fut rempli par Faustin de Brague, et on donna pour successeur à celui-ci Félix de Portugal. Ainsi on ne faisoit pas de scrupule en Espagne de transférer les évéques (3). Ceux-ci, en souscrivant au concile, prirent tous les titres de leurs nouveaux sièges. Ce fut apparemment cette conjuration qui obligea le concile à renouveler les promesses de protéger la postérité du roi après sa mort, les peines contre les rebelles, et k»s malédictions prononcées au quatrième concile de Tolède (4). On ordonne en celui-ci que dans toutes les églises cathédrales, et toutes les paroisses de la campagne, on dira tous les jours la messe pour le roi et ses enfants, excepté le vendredi saint. On y ordonne encore que, quand un concile aura été tenu , chaque évêque le publiera dans six mois en son synode, ci)mfK)sé des abbés, des prêtres et de tout le clergé, avec le peuple de la ville épiscopale (5). Les évéques de la province de INarbonne n'avoient pu assister à ce concile, à cause d'une pest(» qui ravageoit le pays, c'est pourquoi le roi ordonne qu'ils s'assembleront à Narbonne pour en souscrire les décrets.
LYII. Dernier concile de Tolède.
L'année suivante, septième d'Egica, ère sept cent trente-deux, c'est-à-dire l'an six cent quatre-vingt-quatorze, le neuvième de novembre, fut tenu le dix-septième concile de Tolède, dans l'église de Sainte-Léocadie. On y fit huit canons (6;. Premièrement, il est ordonné qu'au commencement de chaque concile on passera trois jours en jeune, pendant lesquels
(2) V.Mabill.deAzymo.
(i) Sup. lib. xxxvil, 0.
(6) T. 6, Conc. p. 1301,
An de J.-C. 6di. ]
on traitera de la foi , de la correction des évéques , et des autres matières spirituelles , sans qu'aucun séculier y assiste (1). Depuis le commencement du carême jusqu'au jeudi-saint le baptistère sera fermé et scellé du sceau de l'évêque, et on ne l'ouvrira qu'en cas de très-grande nécessité. Il est marqué que le jeudi-saint on depouilloit les autels, comme l'on fait encore. Le même jour, chaque évêque observera la cérémonie de laver les pieds. On renouveUe la défense aux prêtres d'employer à leur usage les vases sacrés , ou les ornements de l'église les vendre^ ou les dissiper (2). Quelques-uns disoient des messes des morts pour les vivants
•^"^ îi*?^^"^'^" ^^ '^"'* ^^^^^ ^^ ^^>rt. Le concile défend ce sacrilège, sous peine de déposition pour le prêtre, de prison perpétuelle, et d excommunication jusqu'à la mort, tant contre lui que contre celui qui l'aura excité à le commettre. On ordonne des litanies ou prières publiques tous les mois (3).
Les juifs d'Espagne étant convaincus d'avoir conspire contre l'état et contre les chrétiens, et d avoir traité avec ceux d'outre-mer, apparemment d'Afrique, ils sont condamnés à être tous dépouillés de leurs biens, réduits en servitude perpétuelle, et distribués aux chrétiens, suivant la volonté du roi. A la charge que leurs maîtres ne leur permettront aucun exercice de leurs cérémonies , et leur ôteront leurs enfjmts a l'âge de sept ans , pour les faire élever chrétiennement , et les marier à des chrétiens. Ce dix-septième concile de Tolède est le