LVI. Flore et Marie
II y eut aussi des femmes qui souffrirent en cette persécution. La première fut Flore , née en un lieu nommé Ausinien , à huit milles de Cordoue, d'une mère chrétienne et d'un ptje musulman, qui éloient venus de Séville (7). Il mourut , et sa veuve éleva Flore dans la
piété, où elle fit un tel progrès, que des 1 enfance elle jeùnoit le carême, et donnoit secrètement aux pauvres ce qu'elle recevoi de sa mère pour son diner. Le carême etoit bien avancé quand on s'en aperçut ; et ?a mère qui craignoit que le jeûne ne lui nuisit en un âge si tendre , eut bien de la peine a l'empêcher d^'achever. Au commencement, elle nosoit assister souvent aux assemblées des chrétiens , a cause de son frère qui étoit musulman , et qui l'observoit ; mais depuis mieux inslruie de la nécessité de confesser la foi, elle quitta la maison à l insu de sa mère, et se retira secrètement avec sa sœur chez des religieuses, où elles éloient en sûreté. Le frère s en vengea contre les chrétiens, fit mettre en prison que ques clercs, et persécuta les religieuses ; mais &, ne voulant pas que l' Eglise souffrît pour elle revint publ quement à la maison, et dit : Me Voilà , puisque vous me cherchez, je suis chrétienne, et prête à tout souffrir pour Jésus-
Abrs son frère, après avoir en vain essayé de la perverlir par les caresses les mejiaces e( les coups, la mena devant le cadi, el dit : Ma jeune sœur, que voici , observoll comme ino. noire religion , mais les chrétiens 1 ont séduite. Le cadi demanda à Flore ce qui en étoit el elle répondit qu'elle avoit toujours ete cLrétienne -, le^ge, irrité la «< Rendre. Jf/^ deux soldats qui retendirent en lui lenan les mains et on lui donna tant de; coups de louet, même' sur la tête, que le crâne fut dt-couverL Le cadi la rendit à son frère a Jemi-morte , e charseanl de la faire panser, 1 instruire de la îoi e? la lui ramener. Le frère layant remenee dans sa maison , la mit entre les mains de quelques femmes pour la panser et la pervertir avant soin de la tenir bien enfermée. Toutefois quelques jours après, Flore, se sentant guéri;; , trouva moyen une nuit de passer par dessus îa muraille , bien que fo»" haute sur une petite maison voisine, d ou elle gagna 1» rue et se relira dans les ténèbres chez une 'plîrie fidèle, puis elle sortit <•« (:ordc,u.^ Tt alla à Ossaria , bourgade près de Tucci, ou
elle demeura cachée a«'f «» *?'"'"t,F"!'",\ ■ désir du martyre l'en fit *».'t.''--.Ef, ^"f^ Cordoue, el, comme elle prioit dans 1 église de &."nt-Aciscle et serecommando.taux saints martyrs, une aulre vierge , nommée Marie, y
(1) Mart. R. 7 juii.
(31 Mart. R. 16jul.
(4) Prud. iSleph.
(5) Mart. R 27jun.
(6) Mart. R.ÎOctî.ijul.
(7) Kulog. Il, c. 8.
^tSaSâacre Valabonse mar,.
fisc peu auparavant. Comme Marie etoil son a née^il av<^l eu p<.ur elle un amour et un respect filial, et elle , de son côte la.mo^l tondremenl. Elle avoit vécu jusque-|a dau>J monastère de Culéclar ,. o» «>" .«^^ V*!,, mise , sous la conduite ilune sa; ite femmen miiée Vrtémie, dont l.s deux lils, Adolpl"' ~n, avoient souffert le martyre au coinmenœment du règne dAbdéramc (1). Marie,
An de J.-C. 851. ]
désirant ardemment de suivre son frère , sortit du monastère et vint à Cordoue chercher le martyre. Elle entra dans l'église de Saint-Aciscle , et, y ayant trouvé Flore, elles se communiquèrent l'une l'autre leur dessein, s'embrassèrent el se promirent de ne se jamais séparer Ainsi, dans la chaleur de leur zèle , elles allèrent se présenter au cadi, et Flore dit : Je suis celle que vous avez fait autrefois déchirer de coups, parce qu'étant de race de musulmans, j'ai embrassé la religion chrétienne. J'ai eu la foiblesse de me cacher jusqu'à présent ; mais aujourd'hui , me conflant en la puissance de mon Dieu, je vous déclare que je reconnois Jésus-Christ pour Dieu et que je déleste votre faux prophète. Marie ajouta : El moi , qui ai un frère entre ceux qui ont confessé Jésus-Christ , je vous déclare aussi que je le crois Dieu, et votre religion une invention des démons. Le cadi leur fil de terribles menaces el les envoya en prison dans la compagnie des femmes prostituées : les deux vierges s'y appliquoient au jeûne et à la prière.