‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 646 sur 2407 · L. Second traité d'Hincmar sur la prédestination · texte numérisé non relu

L. Second traité d'Hincmar sur la prédestination

Hincmar, voulant toujours soutenir ses quatre articles de Quiercy, commença, pende temps après le concile de Savonières, un second traité de la prédestination , qu'il adressa comme le premier au roi Charles le chauve , en son nom et au nom des autres évoques (1). Il est divisé en trentt^huit chapitres , et commence par Ihistoire de l'hérésie des préd(»stinatiens. Il prétend qu'elle avoit paru dès le temps de saint Augustin, et en allègue pour preuve la dispute des moines d'Adrumet et les objections des Gaulois, rapportées dans les lettres de Prosper et d Hilaire. Mais on peut fort bien expliquer tous ces écrits sans supposer d'autres hérétiques que les pélagiens et les demi-pi'lagiens, choqués de la doctrine de saint Augustin faute de la bien entendre (2). Aussi plusieurs savants théoU)giens soutiennent qu'il n'y eut jamais d'hérétiques prédestinations, et il est certain qu'Hincmar s'est trompé en plusieurs faits sur cette matière comme sur le concile d'Arles , où le prêtre Lueidus se rétracta , qu'il dit avoir été tenu par ordre du pape saint Célestin , mort dès l'an quatre cent trente-deux , plus de quarante ans avant ce concile , et quand il prend Hilaire laïque, qui écrivit à saint Augustin pour saint Hilaire, archevêque d'Arles (3). Il s'est encore mépris en soutenant que l'hypognosticon est un ouvrage de saint Augustin , et le traité de l'endurcissement de Pharaon de saint Jérôme, deux livres sur lesquels il appuie beaucoup.

Hincmar vient ensuite à Goth(^calc , qu'il prétend avoir renouvelé Ihérésie des prédestinations , et s'efforce de répondre à l'autorité de saint Fulgence, touchant les doux prédestinations. Le corps de l'ouvrage est l'examen des six articles du concile de Valence. Hmcmar ne dit rien sur le premier, mais il attaque le second et le troisième ; puis, à l'occasion du quatrième, il travaille à justifier ses quatre articles de Quiercy. H déclare qu'il ne prétend point soutenir les dix-neuf articles de Jean Scot , et convient du cinquième de Valence, soutenant en même temps qu'il ne le regarde point. Il ne dit rien du sixième (4).

(1) P. 609. t. l,Ca|)it. p. 1283.

(2) Ann. Berlin. (5) T. 8, Cunc. p. 598,

(3) C. 7, 10. t. 1, Capit. p. 1233. Clir.

(4) To. 8, Conc. p. 617, S. Benig. p. il6,t. l,Spicil.

(1) Maug. Diss. c. 43.

(2) Sup. liv. xxiv,n.45, 58, 50. V. Sirm. Ilisl. Pra;dust. et Mau;^. Conful.

(3) Hincm. c. 1, p. 15.

Sup. I. XXVI, n. 15; XXIX,

Mais il s'étend sur le septième canon, qui étoit le premier de discipline , contre les ordinations irréguliéres des évoques, prétendant qu'il a été composé malicieusement contre lui, comme s'il n'avoit été ordonné que par la faveur du prince. Il en prend occasion de rapporter toute l'histoire de son ordination et les actes du concile de Soissons, où elle avoit été confirmée. Ensuite, supposant avoir prouvé que ses adversaires ont renouvelé l'ancienne hérésie des prédestinations , il rapporte sous douze articles tous les règlements des conciles et des papes, touchant ceux qui soutiennent des hérésies d(\jà condamnées. Enfin, il fait une longue récapitulation de tout ce qu'il avoit dit touchant la doctrine do la prédeslinalion(l). En tout cet ouvrage , Hincmar lait paroître plus d'érudition que de jugement et de justesse d'esprit.

En parlant des dix-neuf articles de Jean Sœt , il ajoute : Il y a d'autres erreurs contre la foi, avancées par ceux qui cherchent une vaine réputation par des nouveautés de paroles, savoir , que la divinité est trine, que le sacrement do l'autel n est pas le vrai corps et le vrai sang du Seigneur, mais seulement la inemoiro du vrai corps et du vrai sang; que les anges sont corporels; quel'àmede l'homme n'est pas dans le corps ; que la seule peine de Tenfer est le souvenir des péchés et le tourment de la conscience. A quoi se rapporte ce que dit un annaliste du temps, que l'on remuoil plusieurs questions contraires à la foi dans le royaume de Charles le chauve, et qu'il ne l'ignoroit pas. Les dernières erreurs rapportées par Hincmar se trouvent dans le livre de Jean Scot , de la prédestination. La première n'est une erreur que dans l'opinion d'Hincmar, qui, choqué de ce que, dans une hymne des martyrs, on chantoil te trina Deltas et le reste, soutient que c'éloit diviser l'es sence divine. Golhescalc fit un écrit pour soutenir que celte expression étoit catholique, et Hincmar composa un gros traité pour le réfuter, nonobstant lequel l'Eglise a continué de chanter ces paroles jusqu'à présent (2).

Ratram , moine de Corbie , et deux autres écrits du même temps, sans nom d'auteur. Pascase savoit bien que sa doctrine étoit combattue, et, dans son douzième livre sur saint Matthieu , écrit plus de vingt ans après son traité de l'eucharistie , à l'occasion de ces mots Ceci est mon corps, il dit : Je me suis étendu sur ce sujet, parce que j'ai appris que quelques-uns me reprennent comme si, dans mon livre, j'avois voulu attribuera ces paroles plus que la vérité même ne promet , craignant peut-être ce que craignirent ceux à qui Jésus-Christ parloit, que je ne veuille mettre son corps en pièces. Pascase composa depuis sa retraite le livre de la vie de Yala, les quatre derniers sur saint Matthieu , trois sur le psaume quarante-quatre , et cinq sur les lamentations deJérémie, c'est-à-dire près delà moitié de ses ouvrages.

Ce fut aussi dans ces derniers temps qu'il écrivit la lettre à Frudegard , que l'on croit avoir été moine delà nouvelle Corbie (1). II avoit écrit à Pascase ses difficultés et ceUes de quelques autres sur son livre de l'eucharistie , et Pascase lui répond pour le défendre , soutenant que le corps de Jésus-Christ est le même dans l'eucharistie que celui qui est né de la vierge, et qu'il est réalité et figure tout ensemble. Relisez, dit-il à la fin, le livre que j'ai fait sur cette matière ; car, encore que je l'aie écrit pour des enfants, j'apprends toutefois que j ai excité plusieurs personnes à l'intelligence de ce mystère , et à concevoir des pensées dignes de Jésus-Christ. Il joint à cette lettre l'endroit que j'ai rapporté de son commentaire sur saint Matthieu et quelques passages des pères.

LU. Traité de Ratram sur Teucbaristie.

Page 1