LIVRE CINQUANTIÈME
archevêque de Trêves, Adventius évêque do Metz, et Francon, évoque de Toiij?res, Egil, abbé deProm, unautreabbé, nommé Odeling, et plusieurs seigneurs de ses vassaux. Le roi Lothairc leur dit que depuis qu'il avoit épousé Thielberge, et que la division s'étoit mise entre eux , il avoit appris qu'elle avoit commis un crime horrible, après lequel il ne lui étoit plus permis de la garder comme sa femme ; qu'ensuite , ayant été en Italie voir l'empereur Louis, son frère , il avoit été instruit de ce crime plus distinctement. C'est pourquoi, ne voulant pas demeurer plus long-temps dans l'incertitude, il ordonna aux quatre évéques et aux deux abbés d'aller trouver Thietberge, et de lui demander la vérité de ces bruits répandus contre elle.
Quand ils furent revenus, Gonthier prit la parole, et dit au roi : Elle a confessé à Dieu et à nous qu'elle a commis , quoiqu'on souffrant violence, un crime honteux à dire , et pour lequel elle se juge absolument indigne d'avoir commerce conjugal avec vous ni avec aucun autre homme ; c'est pourquoi elle a demandé permission de quitter l'habit séculier et de se retirer pour faire pénitence. A quoi elle n'est portée par aucun mouvement de colère ni de mauvaise volonté contre vous. Adventius ajouta : J'avois ignoré ce crime jusqu'à présent , mais il ne vous est plus permis d habiter ensemble; et quand vous l'aimeriez comme auparavant , je vous conseillerois de lui laisser prendre le voile, selon son désir. Theutgaud fut du môme avis, et l'abbé Egil dit au nom de la reine qu'elle ne demandoit à se retirer par aucun motif de crainte, mais pour l'amour de Dieu et le salut de son âme. C'est ce que contient l'acte qui en fut alors dressé en sept articles.
Les évéques en tirent un autre de huit articles, adresse aux évéques, leurs confrères, pour leur demander conseil sur cette affaire (1). Ils y marquent plus en particulier ce qui s'étoit passé entre la reine et eux. Que les ayant envoyés quérir elle s'étoit jetée à leurs pieds et leur avoit demandé conseil; qu'ils lui avoient défendu de la part de Dieu de s accuser faussi»ment, par quelque motif que ce fut, d espérance ou de crainte même de la mort, et qu'après qu'elle leur eût fait sa confession, ils lui avoient demandé si en cas qu'on lui accordât la pénitence qu'elle désiroit , elle promettoit de ne jamais réclamer contre. Ce qu'elle leur avoit promis avec serment. La suite fera voir l'importance de ces précautions.
Elles furent renouvelées dans une assemblée générale de tous les seigneurs du royaume de Lothaire, tenue à Aix-la-Chapelle, à la mifévrier, la même année huit cent soixante, où étoient les mêmes évéques, Gonthier de Cologne, Theutgaud de Trêves, Francon deTon-
(1) Ap. Hincm. p. 568.
gros; et de plus, Vénilon de Rouen, llatton do Verdun, Hildegaire de Moaux, Hilduin d'Avignon (1). Là Thietberge déclara son crime, premièrement au roi, puis à quelques-uns des évéques et des laïques ensemble. Ensuite, en présence de tous les évéques et de plusieurs laïques, elle donna au roi un papier, où elle avoit fait écrire sa confession , contenant que dans sa première jeunesse son frère, le clerc Hubert, l'avoit corrompue, et qu elle ne faisoit cette confession par aucune nécessité, ni à la suggestion de personne, mais de sa franche vo- Ion té et pour son salut. Ensuite les évéques, s'adressant au roi, le conjurèrent par de grands serments de déclarer s'il n'a voit usé ni de persuasion ni de menaces pour obliger la reine à s'accuser faussement. 11 en fit le serment, et protesta qu'il auroit toujours caché ce mal sans la diffamation publique quil'avuil répandu, principalement en Bourgogne et en Itahe, et que ce motif lui avoit fait approuver le jugement qui avoit été fait , quoiqu'il en sût l'injustice. C'est l'épreuve de l'eau chaude où Thietberge avoit été justifiée.
Les évéques s'adressèrent ensuite à elle, et la conjurèrent au nom de Dieu, et sous peine de damnation éternelle , de ne se pas charnier d'un crime faux, lui promettant leur proleclùui contre quiconque lui voudroit faire violence, et l'avertissant qu'après qu'ils auroient rendu leur jugement, elle nv seroit plus reçue à rt^ clamer contre. Elle demeura ferme dans sa confession, et les évéques prononcèrent qu'elle devoit faire pénitence publique. C'est ce que portent les actes de cette assemblée ; mais la suite de l'histoire fera voir quelle créance ils méritent.
Enexéculion de ce jugement, la reine Thietberge fut renfermée dans un monastère; mais, craignant de plus mauvais effets de la haine du roi, son mari, elle en sortit la même année, et s'enfuit auprès de son frère Hubert, dans le royaume de Charles 2). De là elle envoya des députés au pape NicoLis, pour se plaindre du jugement rendu contre elle par les évcV ques (3) ; et Lothaire y envoya de son côlé Theutgaud, archevêque de Trêves, et llatton, évêque de Verdun, avec une lettre de créance au nom de tous les évéques de son royaume, portant qu'ils n'avoient rien prc^noncé définitivement, mais seulement imposé p<'nitencea Thietberge sur sa confession publique (4) Ainsi ils prioient le pape de ne point se laiss<T prévenir contre Lothaire. On peut aussi rapporter au même temps une lettre que ce nrince écrivit au pape, conjointement avec le roi Louis, son oncle ^5). Elle est extrêmement soumise. Les deux rois s'y plaignent de Charles le chauve, qui, nonobstant tous les traités faits avec eux, ne pensoit qu'à envahir leurs états ;
(1) Ap. Hincm. p. 575. Conc. p. 3tfi.
(2) Aiin. Berlin. 860. (4) W P 6, ?.
(3) INicol. Episl. 2i, t. 8. (5) Ap. Baron, an. »60.
ll\ Tofn.8.Conc.p.702.
(3) Eod. to. 0, p. 202.
(i) Tom. Eod. 9,Prœf.
et exhortent le pape à venir en France, à l'exemple de ses prédécesseurs, pour le retenir par la crainte des censures.