XVI. Mort de saint Lambert
C'étoit sans doute un effet du désordre qui régnoit en France sous les rois fainéants, et la mort de saint Lambert nous en fournit un exemple plus illustre (1). Après qu'il eut été sept ans hors de son siège de Maëstricht , retiré dans le monastère de Stavelo, la mort d'Ebroin donna lieu à Pépin de chasser Pharamond , usurpateur de ce siège , et d'y rétablir saint Lambert , à la prière de tout le clergé et de tout le peuple , vers l'an six cent quatrevingt-un. Il recommença donc à s'acquitter de ses fonctions avec un très-grand zèle ; et trouvant encore des païens dans la Toxandrie, petit pays voisin de Maëstricht, il s'appliqua à leur conversion , adoucit leur barbarie par sa patience, et abattit plusieurs temples et plusieurs idoles.
Mais deux frères, Gallus et Riolde, pilloient les biens de l'église de Maëstricht , et se rendoient insupportables par leurs violences. Les amis et les parents de saint Lambert en furent tellement indignés, que, se voyant poussés à bout, ils les tuèrent. Les deux frères étoient parents de Dodon , domestique de Pépin, qui possédoit quantité de terres et de serfs. Il résolut de venger leur mort sur l'évéque même ; et, ayant assemblé quantité de gens armés, il vint l'attaquer à Leodium ^ sur la Meuse, alors simple village, aujourd'hui la grande ville de Liège. Saint Lambert reposoit après matines , quand un de ses serviteurs , nommé Baldouèe , qui ètoit de garde et veilloit auprès de lui, sortit dehors, et vit l'armée de Dodon qui venoit en plusieurs troupes. Etant arrivés, ils rompirent les palissades et les portes, et montèrent sur le toit. Baldouèe courut avertir le saint évêque , qui commençoit à s'endormir. Dans le premier mouvement, il prit une épée pour se défendre ; mais , pensant à Dieu et se confiant en lui , il jeta l'épée à terre , aimant mieux mourir que de mettre la main sur ces méchants. Aussitôt ils entrèrent , et donnèrent de leurs lances contre les murailles. Deux neveux de l'évéque les chassèrent à coups de bâton ; mais il leur dit, et •aux autres qui l'accompagnoient : Si vous m'aimez véritablement, aimez Jésus -Christ comme moi , et lui confessez vos péchés ; pour moi , il est temps que j'aille vivre avec lui. Ln autre de ses neveux lui dit : N'entendez- vous pas comme ils crient de mettre le feu à la maison pour nous brûler tous vifs? Alors saint Lambert dit à ses neveux : Souvenez- vous que vous êtes coupables de ce crime, c'est-à-dire de la mort des deux frères ; allez maintenant
en recevoir la juste récompense. Ensuite , ayant fait sortir tout le monde de sa chambre . il se prosterna les bras étendus en forme de croix , et se mit à prier avec effusion de larmes. Les ennemis entrèrent dans la maison , passèrent au fil de l'épée tous ceux qu'ils y trouvèrent , et un d'eux , étant monté sur le toit de la chambre où ètoit le saint évéque , lui lança un dard dont il le tua. Ainsi mourut saint Liimbert, le dix-septième de septembre, l'an sept cent huit, ou environ, après quarante ans de pontificat, depuis l'an six cent soixantehuit, qu'il succéda «i saint Théodard (1). Sou corps fut mis dans une barque, et rapporté à Maëstricht, où il fut enterré dans Téglise de Saint-Pierre ; mais depuis il fut reporté à Liège, et il est honoré comme martyr (2).
Son successeur fut saint Hubert, son disciple ; il ètoit de la noblesse d'Aquitaine et de la cour du roi Théodoric (3). On dit qu'un jour de fête solennelle , tandis que les autres chrétiens étoient à l'église, il alla à la chasse , où il vit un cerf qui portoit une croix entre son bois, et entendit une voix qui le menaçoit de l'enfer, s'il ne se convertissoit ; qu'aussitôt il descendit du cheval, et promit d'obéir à l'ordre du ciel. Quoi qu'il en soit , il passa en Austrasie , attiré par le mérite de Pépin , maire du palais ; et, ayant ouï-parler des vertus de saint Lambert, il se rendit auprès de lui à Maëstricht, et entra dans son clergé. Quoiqu'il fût encore jeune , il avoit été marié, et avoit un fils , nommé Florebert , qui lui succéda dans l'épiscopat.