‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 844 sur 2407 · V. Concile de Rome · texte numérisé non relu

V. Concile de Rome

Dès le cinquième mars de la même année huit cent soixante-dix-neuf, le pape avoit appelé à Rome le nouvel archevêque de Ravenne, Romain, avec tous ses suffraganls, pour se trouver au concile qu'ils dévoient célébrer le vingt-quatrième d'avril , voulant, dit-il, observer les canons, qui ordonnent de tenir des conciles deux fois 1 année (1). Ensuite il remit ce concile au premier jour de mai , et ordonna aussi à Ansperl , archevcVïue de Milan, de s'y trouver avec tous ses suffraganls ; marquant qu'outre les affaires ecclésiastiques on y Iraiteroit aussi de l'élection d'un empereur, attendu que Carloman, roi de Bavière, qui pou voit y prétendre, éloit incapable d'agir par sa mauvaise santé. Le pape reproche à Ansperl d'avoir négligé de se trouver à un corn ile , quoiqu'il y eût été appelé trois fois. C'est le concile indiqué à Pavie, sur la fin de l'année précédente. Ansperl ne vint pas plus au concile de Rome , qui se tint en effet le premier jour de mai huit cent soixante-dix-neuf, et le pape lui fit de grands reproches, de n'avoir pas au moins envoyé un député chargé de ses lettres d'excuse , lui déclarant que dans ce dernier concile il l'avoit privé de la communion ecclésiastique , el lui enjoignant de se trouver sans faute à celui qu'il devoit tenir à Rome le douzième d'octobre de la même année.

VL Lettre du pape aux Sclaves.

Cependant le pape reçut des lettres d'un seigneur sclave , nommé Branimir ou Barnimer ; le même, comme l'on croit, que Prédemir, prince de Servie et de Dalmatie, qui témoignoit vouloir revenir avec tous ses sujets à l'obéissance du saint-siège, dont apparemment ils étoienl détournés par les Grecs. Le pape les reçut à bras ouverts , comme il témoigne par ses lettres, tant à ce prince qu'aux évêques , el au peuple de son obéissance ; l'une el l'autre datées du septième de juin huit cent soixan e-dix-neuf. Le prêtre Jean , envoyé de ce prince, en fut chargé, et d'une pour le roi des Bulgares, à qui le pape prie Branimir de l'envoyer. Elle contient des exhortations à revenir sous l'obédience de l'église romaine, avec offre de lui envoyer un légat(â). Le même prêtre Jean portoil une lettre au clergé de Salone, le siège vacant, et aux évêques de Dalmatie , par laquelle le pape leur ordonnoit, sous peine d'excommunication, de lui envoyer celui qu ils auroient élu archevêque, p»ur recevoir de lui la consécration et le palliun, suivant la coutume, sans s'arrêter à l'opinion des (irecs ou des Sclaves.

Le prêtre Jean avoit aussi apporté une

(1) Ep. 153, 155, 181,

(2) Gang. Famil. p. 278.

Episl. 184, 185, 189, 190,

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

lettre de Tuentar , prince de Moravie , qui témoignoil au pap3 avoir quelques doutes sur la foi qu'il devuit suivre. Le pape répond qu'il doit suivre la foi de l'église romaine, puis il ajoute : Et parce que nous avons appris que Mclhodius, votre archevêque, ordonné et envoyé chez vous par le paprî Adrien, enseii^no autrement que ne porte la confession de foi "qu'il a faite devant le saint-siége , nous lui enjoigvons de venir pour savoir de sa bouche ce qui i\ est (1). 11 y a une lettre partie jlière pour iMlhodius, où le pape dit de plus : Nous avons encore appris que vous chantez la messe cri langue sclavonne ; et nous vous l'avons déjà défendu , par nos lettres envoyées par Paul, evêque d'Ancône , voulant que vous célébriez la messe en latin ou en grec , comme l'église en use dans tous les pays du monde ; mais vous pouvez prêcher le peuple en sa langue. Apparemment le pape Jean ne savoit pas que , de tout temps , les Syriens , les Egyptiens et les Arméniens avoient fait rolfice en leur langue.

VIL Lettre du pape pour Constantinople.

Ce ne fut qu'au mois d'août de cette année huit cent soixante-dix-neuf que le pape Jean renvoya les ambassadeurs de Constantinople , avec des lettres favorables à Photius, qu il se résolut de reconnoitre pour patriarche légitime , contre toutes les règles de la discipline d ' l'Eglise et les exemples de ses prédécesseurs; tant il désiroit gagner l'empereur Basile à secourir l'Italie , et principalement Rome contre les Sarrasins. Dans la lettre à l'empereur, le pape dit qu'à sa prière , et attendu la m »rt du patriarche Ignace, et la circonstance du temps, il use d'indulgence envers Photius, quo qu'il ait repris , sans avoir consulté le saint -siège , les fonctions qui lui avoient été interdites (2). Le pape prétend autoriser celte conduite par le second canon du concile de Nicée, qui porte qu il s'est fait bien des choses contre la règle par nécessité , ou en cédant à l'iniporumitè (3). Mais le concile le rapporte comme un abus, et défend de rien faire de semblable à l'avenir. Le pape Jean rapporte encore quelques autorités, pour montrer que la nécessité excuse les dispenses; puis il ajoute •• Maintenant donc que les autres patriarches d'Alexandrie , d'Antioche et de Jérusalem , tous les archovéques , les métropolitains et les évéques, les prêtres , et tout le clergé de ConstantinopL% qui sont de l'ordination de Methodius et d'Ignace, consentent unanimement au retour <le Photius , nous le recevons aussi pour évêque, pour confrère et pour collègue , à la charge qu'il demandera pardon en plein concile, suivant la coutume.

(l)Ep. 191. Sup. 1. II, (2) Ep. 109, to, 8, Conc. n. 54. Kp. 195. p. U51.

(3) Sup. liv. xr, n. 16.

AudeJ.-C.ITd.

Et afin qu'il ne reste plus de dispute dans l'Eglise , nous labsolvons de toute censure ecclésiastique , lui et tous les évéques, les prêtres et les autres clercs et les laïques qui en avoient été frappés ; nous appuyant sur la puissance que toute l'Eglise croit nous avoir été donnée par Jésus-Christ en la personne du prince des apôlres , et qui s étend à tout sans exceplion. D autant plus que les légats du pape Adrien , noire prédecesst^ur , ne souscrivirent au concile de Constantinople que sous son bon plaisir (1); et que plusieurs patriarches, comme Athanase et Cyrille d Alexandrie , Flavien et Jean de Constantinople , et Poly( hrone de Jérusalem, ont été absous par le saint-siège, après avoir été condamnés par des conciles. Ce qui est dit ici de Polychrone de Jérusalem est fondé sur les actes d'un prétendu concile tenu à Konie sous le pape Sixte III , l'an quatre cent trente-trois, qui est une pure fable; et on ne trouve point qu il en soit parlé avant une lettre du pape JNicolas l"' à l'empereur Michel (2).

La} pape Jean, continue: a condition toutefois qu'après la mort de ce patriarche, on n'élira point un la que pour remplir sa place , mais un des prêtres ou des diacres cardinaux de l'église de Constantinople , selon les canons. A condition aussi que le patriarche ne prétendra désormais aucun droit sur la province de Bulgarie, que notre prédécesseur JNicolas, d'heureuse mémoire, a instruite à la prière du roi Michel , et y a fait donner le baptême par ses évéques. Au reste, nous vous exhortons, pour effacer les troubles passés , d'honorer le patriarche de Constantinople comme votre père spirituel, et le médiateur entre Dieu et vous , et ne plus écouter aucune calomnie contre lui. Nous vous enjoignons encore de rappeler à l'unité de l'Eglise, et de recevoir à bras ouverts tous les évéques et les clercs de la consécration d Ignace , et de leur rendre leurs sièges, afin que l'union soit entière; mais s'il y en a quelques-uns qui refusent de communiquer avec le patriarche , après trois monitions, nous les déclarons excommuniés par ces présentes, nous et notre concile . jusqu'à ce qu'ils se réunissent. Cette lettre est du seizième d'août huit cent soixante-dix-neuf.

Dans la lettre àPhotius,lepapedil(3):Quant à ce que vous ditrs que l'église de Constantinople est d'accord à votre sujet, et que vous avez repris le siège qui étoit vacant , mais que nos légats ne célèbrent point la messe avec vous, nous ne leur avons donné aucun ordre sur ce sujet, parce que nous ne savions rien de certain touchant l'état du siège de Constantinople. Ces légats étoient Paul et Eugène , envoyées l'année précédente. Ensuite le pape exhorte Photius à ramener par sa douceur tous ceux qui sont divisés, et obtenir le rappel des exiles.

(1) Sup. liv. Li, n. iO.

(2) Tom. 3, Conc. p.

183 Ep. 8. Nicol. p. 305.

Baron. Aon. 835, in fin.

(3J Ep. 201, lora. »,p.

1478. Sup. liY. in, n- ^8-

An de J. C. 879.]

Le pape fit aussi réponse aux évéques dépendants du siège de Constantinople, adressant en même temps sa lettre aux trois autres églises patriarcales. Il accorde à leurs instantes prières le rétablissement de Photius , en tant qu'il se pouvoit faire sans un trop grand scandale, et à la charge qu'à l'avenir on observera les canons touchant l'ordination des néophytes, que l'on rendra au saint-siège la juridiction s.r la Bulgarie, et que Photius demandera pardon devant un concile. En quoi le pape prétend suivre l'exemple de son prédécesseur. Innocent premier, qui reconnut Pholin pour évolue à la prière des évéques de Macédoine (1). Enfin le pape Jean écrit aux trois patrices , Jean , Léon et Paul ; aux trois métropolitains , Stylien, Jean et Métrophane , et à tout le clergé et le peuple de Constantinople, les exhortant à se réunir à Photius, sous peine d'excommunication , sans s'excuser sur les souscriptions qu'ils avoient données , puisque l'Eglise a le pouvoir d'absoudre de tout.

VllI. Instruction aux légats.

Ces lettres sont toutes du mois d'août , indiction douzième , et furent envoyées par Pierre, prêtre cardinal. Car le pape l'associa dans cette commission aux évéques Paul et Eugène, qu'il avoit envoyés devant à Constantinople, et leur en écrivit en ces termes : Quoique vous ayez agi contre notre volonté, et qu'étant arrivés à Constantinople, vous dussiez vous informer de ce qui regarde la paix et l'union de l'Eglise , et revenir à Rome pur nous en faire un rapport fidèle ; toutefois , nous vous joignons au prêtre cardinal Pierre , pour travailler avec lui à cette union, suivant nos lettres et suivant l'instruction dressée par articles , que nous vous donnons , afin que , vous acquittant plus fidèlement de cette commission que de la première , vous puissiez rentrer dans nos bonnes grâces (2). Nous avons l'instruction dont il est parlé, et le commencement semble copié de celle que le pape Hormisdas donna à ses légats en cinq centîquinze, et que j'ai rapportée en son lieu. Cille du pape Jean est divisée en onze articles, et après avoir dit comment les légats doivent parler à l'empereur, on ajoute-. Le lendemain vous irez visiter le très-saint Photius, et lui rendrez la lettre en disant: Le pape Jean, notre maître, vous salue, et veut vous avoir pour frère et pour collègue, suivant la prière de l'empereur et pour la paix de l'Eglise ; et vous ajouterez (3) : Le pape ordonne que tous ceux qui sont exilés en divers lieux, évéques, prêtres ou autres, et n'ont point voulu jusqu'ici com-

(1) Ep. 200, Gr. lo. 8, p. Syn. 221.Sup. liv.xxxvi,

p. 47 i. Innoc Kp. 22, c. 7. n. 22, lo. i, Conc. p. 1420.

Sup. liv. xxill, n. 33. Ep. Art. 3, 4.

jOa. (3) Art 5, 6, 7, 8, 9,

(8) Ep. 203, lo. 9,Conc. 10, U.

p. 32, et ap. Allât, de 8,

LIVR.E CIJNQUANTE-TROISIÈME,

muniquer avec vous, soient réunis à l'Fglisc, et à vous par vos soins. S'ils viennent, neevez-les comme un j ère reçoit ses enfarts , et les exhortez à se conformer aux senlimeiîts du pape. L'instruction des légats continue : >ous assisterez au concile qui sera tenu avec le patriarche, leslègatsd'OrientetlesautresèNccues. On y lira premièrement les lettres envojt es à l'empereur, et on demandera au concile s'il les reçoit; s'il en convient, vous direz : Le pape nous a envoyés pour procurer entre vous la paix et lunion. Et ceux qui ne voudront pas se réunir , vous les déclarerez excommuniés et déchus de tout rang ecclésiastique. INous voulons, suivant les canons, qu'après la mort du patriarche Photius , personne ne soit tiré des dignités séculières pour monter sur le siège de Constantinople. INous voulons que vous priiez Photius devant le concile , de ne point envoyer de pallium en Bulgarie, et n'or • donner personne de cette province. JNous vou Ions aussi que les conciles tenus contre Pho tins, sous le pape Adrien, tant celui de Rom<% que celui de Constantinople, soient dès à présent déclarés nuls , et ne soient point comptés avec les autres conciles. Prenez garde de ne vous laisser corrompre, ni par présents , ni par flatteries , ni par menaces , mais de marcher droit comme étant à notre place, et ayant notre autorité pour la paix de l'Eglise. Cette instruction fut souscrite par ceux qui aj-sistoient au concile de Rome, où elle fut dressée, savoir : dix-sept évéques, dont les plus remarquables sont , Zacharie, évêque d Anafinia et bibliothécaire du saint-siège, Gauderic. évêque de Vèlétri, Pierre de Fossembrune et Yalpert, évêque de Porto, à la place de Formose, déposé. Il y avoit aussi cinq prêtres et deux diacres cardinaux. On soupçonne l'exemplaire que nous avons de cette instruction d'avoir été altéré par Photius.

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