XXXIII. Forme des élections d'évéques
La liberté dans les élections des évéques rétablie par Louis le débonnaire subsistoit encore ; et nous en voyons la pratique en plusieurs actes du temps, recueillis par le père Sirmond, dont j'estime important de faire mention dans celte histoire (1). Premièrement, sitôt qu'un évéque étoil mort, l'égalise vacante envoyoit des députés au métropolitain. On le voit par une lettre dllincmarau roi Charles le chauve, où il dit : Trois clercs et deux laïques de l'église de Sentis sont venus me trouver, pour m'avertir de la mort de notre frère Erpoin , et m'apporter une requête du clergé et du peuple, afin qu'on leur donne un pasteur selon les règles. Je leur ai de mandé s'ils avoient ordre de proposer une certaine personne : ils m'ont répondu qu'ils n'avoient ordre que de me prier de leur procurer auprès de vous la liberté ordinaire de l'élection. Quoique j'eusse appris la mort d' Erpoin dès le jour précédent, je n'ai rien voulu vous en écrire, que je n'eusse reçu des députés de celle église, selon la coutume. C'est pourquoi je vous prie de me marquer par vos lettres celui qui vous plaira d'entre les évéques nos confrères , afin que je lui envoie mes lettres cancmiques, pour l'établir visiteur dans celte église. Il fera faire l'élection , dont il m'apportera lui-même ou m'enverra le décret souscrit de tous; et ce sera moi qui vous en donnerai avis. Quand j'aurai reçu votre consentement, j'enverrai mon mandement aux évéques de la province de Reims , leur marquant le jour et le lieu où ils s'assembleront pour lordination de l'èvéque élu : afin qu'ils y viennent eux-mêmes, ou y envoient, par un prêtre ou un diacre, leurs lettres de consentement.
La forme de la commission de Vévêque visiteur, se trouve dans une lettre du même llincmar à Hédénulfe, évéque de Laon, pour
(l) Sup. liv. XLVi, n. 47; 8, Conc Gcncr. pag. 1866, m. i, Cjuc. Gail. ap. lo. a. i.
prendre soin de l'église de Cambrai, après la mort de 1 evêque Jean (1). Vous vous rendrez, lui dit-il, au plus tôt à cette église, et vous exhorterez publiquement le peuple délire, sans passion et d un commun consentement , celui qu'ils trouveront le plus digne, et en qui il n'y aura aucune irrégularité. Je vous envoie le formulaire de l'élection que vous ferez lire publiquement , afin que personne n'en prétende cause d'ignorance. L'élection ne doit pas être faite seulement par le cleigè de la ville : tous les monastères du diocèse et tous les curés de la campagne doivent y envoyer des députés porteurs de leurs siiflVages unanimes. Les laïques nobles et les citoyens y seront aussi présents, car tous doivent élire celui à qui tous doivent obéir. S ils s'accordent à choisir une personne capable, faitesleur faire un décret, qui sera souscrit de chacun ; et quand je leur manderai , ils m'enverront l'élu, avec le décret d'élection, et des députés en assez grand nombre , pour lui rendre témoignage au nom de tous.
En même temps, le métropolitain écrivoit au clergé et au peuple de 1 église vacante, comme nous voyons par deux lettres d'ilincmar : l'une en la même occasion que la précédente, après la mort de Jean de Cambrai; l'autre à l'èvéque de Reauvais, après la mort de l'èvéque Odon. Vous ferez, leur dit-il, des jeunes et des processiims , puis vous vous assemblerez au plus tôt pour l'élection, dont vous ne ferez le décret qu en présence de l'èvéque visiteur, que nous vous a ons envoyé. Celui que vous choisirez sera un prêtre , ou un diacre tiré de votre église, soit dans la ville, soit dans les mcmaslères (t>). Que si, ce qu'à Dieu ne plaise, vous ne trouvez point de sujet digne dans le diocèse, faites en sorte d'en trouver un de quelque autre église de notre province, ou même d une autre province; mais alors il faudra obtenir la permission par écrit de lévêque intéressé. Gardezvous surtout que dans cette élection il n'y ait point de simonie. 11 marque ensuite toutes les irrégularités spécifiées par les canons, et les qualités que doit avoir un évéque; puis il ajoute : Amenez-nous votre élu, pour l'examiner , et sachez que si c'est une personne indigne, non-seulement il ne sera point votre évéque, mais encore vous encourrez la censure des canons ; et nous , avec les évéques nos confrères, après avoir rejeté votre élection irréguliére, nous choisirons un évéque qui ne soit pas complaisant à vos désirs dé-
réglés.
L'èvéque visiteur étant arrivé, et ayant assemblé le clergé et le [H'uple de l'église vacante, leur faisoit un discours, dont nous avons un exemple à l'occasion d'une élection du temps de Louis le débonnaire (3). ^lous
Ande J-C. 881.]
vous déclarons, dit le visiteur, que nous sonmies envoyés ici pour vous faire savoir la liberté que l'empereur vous accorde d'élire un évéque ; et il nous a ordonné de vous expliquer de quelles bonnes qualités il doit être orné, et de qurls défauts il doit être exempt. Il cite saint Paul à Tite et Timothée (1) puis il dit : Qu'on apporte le livre et qu'on lise ces passages devant vous, ^ous voulons aussi qu'on vous lise les canons , afin que personne ne puisse s'excuser sur son ignorance. Après la lecture de plusieurs canons, il s'adresse aux prêtres , et leur dit: Souvenez-vous de votre ordination , vous qui gouvernez les âmes et qui êtes les colonnes de I Eglise ; vousqui consacrez de votre bouche le corps de Jesus-( hrist et qui dé ivrez les hommes de la captivité du démon par l'imposition de vos mains , gardezvous de vous laisser surprendre à ses artifices , pour abuser du pouvoir d'élire.
11 s'adresse ensuite au reste du clergé, puis aux vierges et aux veuves, etenfinaux nobles et aux autres laïques mariés. Priez Dieu , ditil , qu'il ne vous envoie pas un évéque d'une autre église, mais de cette famille. Car souvent il arrive des divisions scandaleuses entre l'èvéque venu de dehors et son troupeau. Que si vous faites une mauvaise élection , nous n'y consentirons point, mais nous avertirons l'empereur , et il pourra , sans violer les canons , donner celte place à tel ecclésiastique qu'il lui plaira. 11 s'adresse ensuite à tous en général , et les exhorte à jeûner trois jours , faire des aumônes et des prières, pour élire celui qu'ils connoitronl le meilleur, le plus savant et le plus vertueux (2). Ce que l'èvéque visiteur dit ici que l'empereur pourra donner la place à qui il lui plaira , se doit prendre pour une menace ; car nous venons de voir le contraire dans une lettre d'Hincmar.
Le décret d élection étoit en forme de lettre, adressée au métrop(ditain et à ses suffragants, de la part du clergé et de l'église vacante ; et nous en avons trois exemple. L'élection d'Hédenulfe |)our le siège du Laon , après la déposition d llincmar, en date du vingt-huitième de mars huit cent soixante-seize (3). On y marque ainsi l'utilité des élections. De peur que le peuple ne méprise ou ne haïsse l'èvéque qu'il n'a pas désiré, et que sa religion ne s'affoiblisse s il ne peut avoir celui qu'il vouloit. Afin aussi que ceux qui doivent l'ordonner , lui imposent les miins pins volontiers, voyant qu'il est demandé tout d'une voix. I^ second exemple est dEnée, pour le siège de Paris, après la mortd Ercanrad. Le décret marque qu'il est élu suivant le désir du roi , en sorte que c'est plutôt un consentement à son choix , qu'une véritable élection. Le troisième est d'Ansegise, archevêque de Sens, tiré de la province de Reims , et du diœèse de Reauvais ,