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XXIV. Concile de Tribur

Au mois de mai de la même anrtèe huit Cent quatre-Virtgt-quinfe, indiction treizième, lé roi Arnoul étant à son palais de Tribur, près de Mayence, y fil tenir un concile général des pays de son obéissance , où assistèrent vingtdeux évéques , dont les trois premiers etolenl les archev(H|Ues llatton de Mayence, Herman de Cologne et Ratbod de Trêves. Hatton ou Otton, qui présidoit à ce cducile, avoit ete abbe de Richenou, et succéda l an huit cent quatrevingt onze, à Sunzo ou Sundérolde , tué près de Cléves en combattant contre les Normands Rodolphe évéque de \ irtzbourg, avoit succède à Ame, tué l'an huit cent quatre-vingt-douze, en combattant contre le Sclaves, et tenu depuis pour martyr. Rodolphe ètoit très-noble^ mais sans œnduite ni capacité (2). Outre les évéques il y avoit en ce concile plusieurs abbés, et le roi étoit accompagné de tous les grand» du

royaume. .

Après un jeûne de tn)is jours, avec des processions et des prières, le roi se retira dans son palais , où il s'assit sur son trône et revêtu d'habits magnifiques^ il traita avec les seigneurs du bien de l'état et du repos de l'Eglise. Cependant les évéques s'assemblèrent dans 1 église du même lieu , et envoyèrent au roi des députés,. pour savoir s'il vouloit employer sa puissance^ à protéger l'Eglise et en augmenter l'autorité. Le roi envoya des seigneurs leur

«4 aiininp nrpuvfi contre lui, ei après iruis lauunuc. i^ i^. i.-'^j r ..i..„.

nrnrVSonr il ne se présenta p^int dac- dire de sa part, qu'ils ne songeassent qu a s ac-

proi amalions " »« *« prts f" lidèlement de leur munslere , el qu il«

que Z,r ^a^rî SrTs^andale , il se pur- ?e tn>uveroient toujours prOt à oomballre ceux îçeroit de ce crime au premier synode diocésain que Galon tiendroit, en recevant la sainte

communion , pour témoignage de son mnocence.

(3) Lib. ll,c.

17; Ub. Il,

(4) Martyr. R. 13 oclob.

(5) Tom. 7,Conc.p.437.

(6) Gûll. Chr.

le trouveroient toujours prêt à combattre ceux qui leur résisteroient. Alors les évéques se levèrent de leurs sièges , et s'écrièrent : Exaucez-nous, Seigneur.\ ive le grand roiArnoul I On sonna les cloches et on chanta le Te Deum. Ensuite ils s'inclinèrent devant les députés du

(1) Elog. Mablll. to. 0, 9, Conc. p. 439. Re«. anp 504 ^ 891. Id. 891. Ditm. l*. ».

1 (8) Regino. an. 895, lo. Bref. Conc.

roi , et les chargèrent de lui témoigner leur reconnoissance. Ils commencèrent à traiter des affaires de l'Eglise. Le roi entra dans le concile, el les évéques furent admis au conseil du roi. Ce qui précéda ce concile et ce qui le suivit, fait soupçonner que la politique y avoit part. L'année précédente , le roi Arnoul avoit tenu un parlement à Wormes, où il avoit voulu donner le royaume de Lothaire à son ûls Zuentibold, qu'il avoit eu d'une concubine ; mais les seigneurs n'y voulurent point consentir (1). Après l'assemblée de Tribur, et la même année huit cent quatre-vingt-quinze, il en tint une autre a Wormes, où il déclara Zuentibold roi de Lorraine, du consentement de tous les seigneurs.

Ce concile de Tribur fit cinquante-huit canons, tendant principalement à réprimer les violences et l'impunité des crimes (2). Un prêtre se présenU, qui avoit été aveuglé pour un crime dont il étoit innocent, au témoignage de son évéque. Cet évéque avoit cité à son synode le laïque qui avoit rendu le prêtre aveugle , mais il en avoit appelé au concile. Les évéques, touchés de cette violence, envoyèrent des députés au roi Arnoul , lui demander ce qu'il lui plaisoit ordonner de ce laïque, et des autres pécheurs incorrigibles et exœmmuniés qui ne venoient pointa pénitence, lui envoyant en même temps lextrait des canons, qui défendent la communication avec les excommuniés. Le roi répondit : Nous ordonnons à tous les comtes de notre royaume de pren* dre les excommuniés qui ne se soumettent point à la pénitence , et nous les amener ; que s'ils font rébellion quand on les voudra prendre, et y perdent la vie ; les évéques n'imposeront aucune pénitence à ceux qui les auront tués i et de notre part, nous ne permettons point qu'on leur fasse payer la composition des lois , et leurs parents prêteront serment de n'en point poursuivre la vengeance.

On règle ensuite la composition que devoir payer, suivant les lois barbares, celui qui avoit blessé ou maltraité un prêtre ; mais s'il l'a voit tué, il devoit faire la pénitence qui suit. Pendant cinq ans abstinence de chair et de vin, et jeûner tous les jours jusqu'au soir, hors les dimanches et les fétes; ne point porter d'armes , ne marcher qu'à pied , ne point entrer dans l'église, mais prier à la porte (3). Après ces cinq années , l'évéque le fera entrer dans l'église, mais il demeurera entre les auditeurs, sans communier ; après dix ans il pourra communier et monter à cheval, maïs il continuera d'observer les autres pralr^ues de pénitence trois fois la semaine.

La pénitence de tout homicide volontaire est réduite à sept ans (4). D'abord quarante jours exclus de l'église , jeûnant au pain et à leau, marchant nu- pieds, sans porter de

(t) Regin. an. 894, 895.

<a;Can.2,3.

linge que des caleçons, sans porter d'armes, m user d'aucune voiture ; s'abstenant de sa femme, sans aucun commerce avec les autres chrétiens. S'il tombe malade ou s'il a des ennemis qui ne le laissent pas en repos, on différera sa pénitence. Après ces quarante jours , il sera encore un an exclus de l'église , s'abstiendra de chair, de fromage , de vin et de toute boisson emmiellée. En cas de maladie ou de voyage , il pourra bien racheter le mardi , le jeudi et le samedi , par un denier, ou par la nourriture de trois pauvres. Après cette année, il entrera dans l'église ; et pendant deux années continuera la même pénitence , avec pouvoir de racheter toujours les trois de la semaine. Chacune des quatre années suivantes , il jeûnera trois carêmes, un avant Pâques, un avant la Saint-Jean, un avant Noël. Pendant ces quatre années, il ne jeûnera que le mercredi et le vendredi ; encore pourra-t-il racheter le mercredi. Après ces sept ans , il sera réconcilié el recevra la communion. Celui qui a tué par poison doit faire la pénitence double. On voit par ces canons , qu'on n'observoit pas encore l'abstinence du samedi , mais que les pénitences solennelles étoient en vigueur, avec les différents degrés marqués dans les canons des premiers siècles , comme dans le concile d' Ancyre el les lettres de saint Basile à Amphiloque(l).

On condamne les clercs et les moines apostats, les religieuses qui se marient au mépris de leurs vœux, et plusieurs espèces de conjonctions illicites, particulièrement le mariage contre les adultères qui ont conspiré la mort du premier mari. Une esclave ne peut être que la concubine d'un homme libre ; mais, s'il lépouse après qu'elle est affranchie , elle est sa femme légitime. La diversité de natioa et de lois n'empêche point le mariage ; ainsi, un Franc peut épouser une Bavaroise ou une Saxonne, en suppléant ce qui manque à la forme du contrat civil (â).

Celui qui méprise le ban de l'évéque, c'està-dire sa citation , jeûnera quarante jours mi pain et à l'eau. Si le jour que l'évéque, daas sa visite, a marqué pour tenir son audience, se rencontre avec celui que le comte a iadiqué pour tenir la sienne, le peuple doit <*éir à l'évéque préférablement au comte, qui doit lui-même se trouver à l'audience de l'évéque. Mais, dans le lieu de la résidence de l'évéque, si le comte a indiqué son audience le premier^ elle sera préférée. Défense aux comtes de citer à leur audience les pénitents , pour ne les dm détourner de leurs exercices spirituels; défense de tenir leur audience pendant le carême, ou les autres jours déjeunes, les dimanches et les fêtes (3). Si un clerc est accusé d'avoir apporté de fausses lettres du pape pour troubler la dis-

(1) C. 67, 58, 50,58. 24, 26, 43, 44, etc. C. 4.

(2) Sup. I. X, n. 16; liv. 38, 3. ' XVII, n. 14.Can. 26, 27, 23, (3; C. 3,9, 35, 30.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

An de J.-C. Wd

cipline de TEglise, Tévêque pourra le tenir en prison jusqu'à ce qu'il ait réponse du pape comment ce faussaire doit être puni suivant la loi romaine.

On réitère les défenses de rien exiger pour les sépultures et d'enterrer dans les églises, de consacrer les saints mystères dans des calices ou des patènes de bois , de consacrer le vin sans eau ; mais on ordonne de mettre dans les calices deux tiers de vin et un tiers d'eau ; on ne crrjyoit donc pas alors que la moindre goutte d'eauliut suffisante. Défense d'ordonner un serf qu'il n'ait acquis une pleine liberté. Si les cohéritiers à qui appartient le patronage d'une église ne conviennent pas du prêtre qu'ils y doivent nommer, l'évéque en ôlera les reliques, en fermera les portes , et y mettra son sceau , iitin qu'on n'y fasse aucun office jusqu'à ce que les patrons s'accordent (1). Ce sont les canons du concile de Tribur qui m'ont paru les plus remarquables. On y traita aussi du différent entre Herman , archevêque de Cologne , et Adalgaire de Brème; on cassa les privilèges des papes et des rois pour l'érection de Hambourg en métropole, et pour son union avec Brème , qui fut réduit à un simple évèché soumis à Cologne (2). Aussi, dans les souscriplions du concile, Adalgaire n'est compté que Je quatorzième, et comme évéque de Brème. Tout cela fut autorisé par le pape Formose et Je roi Arnoul.

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