‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 938 sur 2407 · XL. Quatrièmes noces de l'empereur Léon · texte numérisé non relu

XL. Quatrièmes noces de l'empereur Léon

En Orient, l'empereur Léon n'avoit point de fils pour lui succéder, quoiqu'il eût eu trois femmes. La première futThéophano, qu'il avoit épousée du vivant de l'empereur son père, et qui , ayant vécu douze ans avec lui , mourut la septième année de son règne, huit cent quatrevingt-douze (1). C'étoit une très- vertueuse princesse , qui passoit sa vie à prier et faire des aumônes ; on dit même qu'elle fit des miracles : l'église grecque l'honore comme sainte le seizième de décembre, et l'empereur son époux fit bâtir une église en son nom. La vertu de celte princesse parut principalement à souffrir les mfidélités de Léon ; car il n'a pas été nommé le sage et le philosophe à cause de ses mœurs, mais seulement en considération de sa doctrine, suivant le style du temps. Dès le commencement de son règne, il devint amoureux de Zoé, fille de Stylien et veuve de Théodore, qui avoit été empoisonné (2). Stylien étoit zaoutza, c'est-à-dire chaoux, car les Grecs avoient dès lors emprunté des Turcs cette dignité , et l'empereur, en considération de sa hlle, lui donna un nouveau titre qu'il inventa exprès, savoir, basileopator ^ c'est-àdire père de l'empereur. Il le fit aussi maître des offices , et en cette qualité il lui adressa la plupart de ses novelles. Léon entretenoit Zoé publiquement du vivant de Thèophano, et après sa mort il l'épousa et la couronna impératrice. Un clerc de son palais , nommé Sinape, leur donna la bénédiction nuptiale et fut déposé pour ce sujet ; mais Zoé mourut au bout de vingt mois. On mit son corps dans une bière , qui se rencontra par hasard et où ces paroles du psaume éloient gravées (3) : Malheureuse fille de Babylone.

Léon épousa donc une troisième femme l'an huit cent quatre-vingt-seize, onzième de son régne. Elle se nommoit Eudoxie ; il la fit couronner, la déclara impératrice, et en eut un fils ; mais elle mourut de cette couche et l'enfant aussi. C'est ce qui fit résoudre Léon à se marier une quatrième fois l'an neuf cent deux, dix-septième de son règne. Il prit une autre Zoé, surnommée Carbounopsine, mais il n'osa la faire couronner, ni recevoir avec elle la bénédiction nuptiale , parce que chez les Grecs les quatrièmes noces étoient défendues. Les secondes et les troisièmes étoient sujettes à pénitence, comme n'étant pas exemptes de fautes}

(1) Spelm. I. III , n. 88, (3) Reg. an. 90i. Luitpr.

p. len. Sup. n. 9. lib. ii, c 10, 11 Flod. vors.

(2; Ap. Spelm pag. 204. p. 606; tom. l>,Conc. p. 5lo.

Tom. 9, Conc. p. 429, ex (4) Sig. Chr. Lobiens

Vuil. Malmcsb. 17, to. 6. Spicil.

(1) Post. Theop. p. 2Î2, Q* 12. Sim.

(«) Post. Tbeop. p. 22i,

n. 18. Ibid. n. 7. Cang.

Glosg. Gr. in Twousios.

(3) Ps.cxxxvi, 8.

et, pour les quatrièmes, on les comprenoit sous le nom infâme de polygamie. Je l'ai marqué en parlant des lettres de saint Basile à Amphiloque, et de celle de saint Théodore Studite à Naucrace (1). L'empereur Léon luimême avoit fait une constitution, pour ordonner que la peine portée par les canons seroit exécutée contre ceux qui contracteroient de troisièmes noces.

Toutefois, l'an neuf cent cinq , vingtième de son règne , Zoé étant accouchée d'un fils , il voulut la faire déclarer son épouse légitime. Et premièrement il fut question de t^ptiser l'enfant avec la solennité ordinaire , comme fils d'empereur, ce que le patriarche Nicolas et les autres évêques refusèrent de souffrir, à moins que l'empereur ne promit de congédier la mère. Il en fit serment , et l'enfant fut baptisé solennellement le jour de l'Epiphanie par le patriarche, et nommé Constantin (2). Mais, trois jours après , Zoé fut introduite dans le palais avec pompe, comme une impératrice, et les noces célébrées, quoique sans ministère de prêtre. Tous les évêques et tout le clergé regardèrent cette entreprise comme un renversement de la religion , et toute la ville en fut scandalisée. Le patriarche Nicolas vint trouver l'empereur, se jeta à ses pieds , et le pria de respecter la dignité impériale, qui est comme le visage , où la moindre tache ne se peut cacher, de songer qu'il y avoit au ciel un empereur plus puissant que lui , qui ne manqueroit pas de punir un tel crime; que les princes ne sont pas au-dessus des lois, pour se donner la liberté de tout faire. Enfin il lui de* mandoit, les larmes aux yeux, de s'abstenir quelque temps de cette femme , jusqu'à ce que l'on fit venir des légats de Rome et des autres chaires patriarcales pour examiner avec les évêques, ses sujets, ce qu'il y avoit à faire (3).

L'empereur Léon écrivit en effet au pape Sergius, à Michel, patriarche d'Alexandrie, à Elie , patriarche de Jérusalem , et à Siméon , patriarche d'Anlioche, les priant de venir pour examiner la validité de son mariage. Ils se contentèrent d'y envoyer des légats. Cependant , l'an neuf cent six , l'empereur se fit donner avec Zoé la bénédiction nuptiale par un prêtre , nommé Thomas , et la déclara impératrice. Le patriarche Nicolas déposa le prêtre, et défendit à l'empereur l'entrée de l'église , de sorte qu'il ne venoit plus que dans la sacristie. Les légats de Rome étant arrivés à Constantinople , le bruit courut que l'empereur ne les avoit fait venir que pour confirmer son mariage. C'est pourquoi le patriarche Nicolas ne les voulut point voir en public ; mais il proposa à l'empereur de leur faire tenir ensemble une conférence secrète dans le palais :

(1) Sup. liv. XVH,n. 15; liv. XLV, n. 46. I. Ep. 50.

Novel. Léon. 90.

(2) nicol. Epist. ap.

Baron, tom. ii, p. 373, et tom. 9, Conc. p. 12Ô4.

(3) Eutich. an. p. iU^ to. 2. *

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[An de J.-C. 907:

ce que l'empereur refusa (1). îl fîafjna par présents et par promesses une partie des prélats de son obéissance , puis il manda au palais le patriarche, sous prétexte du festin solennel qu'il faisoit tous les ans à la fête de saint Triphon, le premier de février. C'étoit l'an neuf cent sept, vingtKieuxième de son règne.

Le patriarche JNicolas étant donc à ce festin, l'empereur et Samonas , qu il avoit fait patrice et accubiteur , parce qu'il étoit complice de ses crimes, le pressèrent instarame»nt d approuver le mariage de Zoé ; et comme il demeura ferme à le refuser , il fut aussitôt enlevé et embarqué, obligé à marcher à pied dans la neige , et envoyé en exil , sans lui laisser ni ami , ni valet, ni même un livre pour sa consolation , et on le garda étroitement. On traita de même les autres évéques qui étoient dans ses sentiments : ils furent relégués, emprisonnés, mis aux fers. Cependant on tint un concile à Constantinople où les légats présidèrent , et où le mariage de l'empereur fut autorisé par dispense, le patriarche JNicolas dépi>sé , et Eutymius mis à sa place. Il étoil syncelle , pieux , vertueux , et de bonne mine. On dis4^)it qu'il n'avoit accepté cette dignité que par révélation , sachant que l'empereur avoit résolu de faire une loi pour permettre d'avoir trois ou quatre femmes, fet que plusieurs savants hommes favorisoient ce dessein.

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