XXVI. Saint Jean de Gorze
Un autre moine illustre du môme temps étoit Jean , depuis abbé de Gorze. Il naquit a Vendières, entre Metz et Tout, et étudia fort bien
ft^ Elo^. Sac. 5. Ad, p. 218.
Ben. p 31 A. (3) MoUd. «d. Usuard,
(i) Vila Sa». 5. Acl. B. 18 Aug.
(V HIst. transi.. Ssc- 5.
Bened. p. 2ou.
(2^ Mabill. Abs. n. 6, p.
v3. Martyr R. 3 oct.
ia grammaire, l'Ecriture sainte , les canons et les lois (iviies (1 . S étant donné à Dieu, il Cl uneconlessitm généiale, et reçu! la pénitence que lui imposa Ilumbert, reclus à Verdun, renommé par sa vertu et sa science; et depuis ce temps Jean ne mangea point de viande, et pratiqua dis jeûnes très- rigoureux. Ayant oui parler d'un so'iiaire, nommé Lambert, qui vivoit dans la foret d'Argonne , il alla le trouver^ désirant ardemment de mener la vie d'ermite. IMais Lambert éloit un homme rustique et ignorant, dont la piété consistoit à s'accabler de ti avail , quelquefois hors de raison , vivant d'une façon si «extraordinaire, qu il étoit diflicile de le voir sans rire. Il ne se mettoit point en peine de c(»uvrir son corps, même pour satislaire à la pudeur. Pour sa nourrilure, il faisoit souvent un pain qui lui duroit dvux, mois, et dont il rompoit tous les jours, à coups de cognée, un morceau qu'il prenoit au poids. 11 mangeoil quand il n'en pouvoit plus, après deux ou trois jours de jeune, de jour ou dé nuit, sansaucune heure réglée. Quand la fan* taisie lui pn'noit , il alloit dans les villes et les villages, puis tout d'un coup il se renfermoit dans sa cellule. 11 conmicnçoil quelquefois la messe à minuit, quelquefois lesoirouàla pointe du jour.
Jean de Vendières ne laissa pas de vivre quelque temps avec ce solitaire, s'clant enfermé dans une cellule, où plusieurs personnes de V erdun le venoient voir pour s'édilier par ses discours. Ils lui (onsei lièrent de quitler cet exlra\agant; et, de l'avis de Ilumbert, il Gt le voyage de Home, alla jusqu'au Mont-Gargan, et visila en passant le mont Cassin et les monasières voisins de JNaples. A son retour, il demeura chez lui, ne trouva point de lieu où il put vivre à son gré en communauté, et pratiqua en son parli<ulier la vie monastique, veillant, priant et jeûnant rigoureusement. Ilumbert le fit coniioitre à Einolde ou Egilnolde, qui menoit à peu près la même vie de son côte. H avoit été priinicier de l'église de Tout, puis archidiacre; et , ayant donné tout son bien aux pauvres, il passa quelque temi S dans une caverne. Enlin , ils se joignirent se| t et lesolurent de passer en Italie, p<)ur y pratiquer la perfection de la vie m(mastique , vivant du travail de leurs mains, dans les pays fertiles mais abandonnes, que Jean avoit n'marqués aux environs de IJénévent. Mais Adalbéron, évcVjue de Metz, en ayant eu connoissance, leur donna 1 abbayedeGorze, qui avoit été ruinée j^ar les INormands. Ils y entrèrent l'an neuf cent trente-trois, et élurent pour abbé Einolde, et Jean pour cellérier.
Il étoit très-propre à cette charge, entendant parfaitement le ménage de la campagne et l'administration du temporel (-2). Aussi dès lecommencement , voyant l'abbé Eimdde embarrassé de ses soins extérieurs, il offrit de l'en sou-
(1) Vita. n. 9, p. OÔ8.
(1) Vita Jo. Gorz. n. 7t.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
lai^er, l'exhortant à s'appliquer unîquc^ment à la vie intérieure, suivant son altrait. Jean , quoique très-ferme en ses résolutions, obéissoit ponctuellement au moindre mot delabbé, qui réprouva plusieurs fois, en lui faisant changer exprés d'obédience. 11 le lit prévôt du monastère, puis l'obligea à s'en démettre; ensuite il le ût doyen, puis cellérier. Il lui donna la charge du vestiaire , de l'hospitalité , de l'infirmerie, et le trouva prêt à tout 11 lui rendoit un compte exact de toute la dépense, jusqu'à uneobole, quoiquel'abbé voulùts'eu rapporter à lui.
Outre les études qu'il avoit faites avant sa conversion, il fit encore beaucoup de lectures dans le monastère. Premièrement des morales de saint Grégoire , qu'il lut plusieurs fois de suite, en surte que presque tous ses discours en etoient tirés (i). Il lut aussi ce qu'il lui tomba entre les mains de saint Augustin, de saint Ambroise , de saint Jérôme et des autres pères; mais les livres étoient alors difficiles à trouver par le refroidissement des études. Il lut tout au long les traités de saint Augustin sur saint Jean, sur les psaumes et de la cité de Dieu. Enfln il travailla beaucoup sur les hvresde la trinité; et, à l'occasion de ce qui est dit des relations des personnes divines, il se mit à étudier les catégories , l'introduction de Porphyre et toute la dialectique. Il s'y appliqua long-temps et fortement; mais l'abbé Einolde , qui savoit par expérience la difficulté et le peu de fruit de cette étude , tranc ha court, en lui défendant de s'y appliquer davantage, et lui ordonnant d'étudier plutôt l'Ecriture sainte. Il s'y mit tout entier, et étudia beaucoup saint Grégoire sur Ezéchiel , car il aimoit singulièrement ce saint docteur. Il lisoit les vies des pères pour les imiter, et savoit presque par cœur celle de saint Jean l'aumônier, sans que toutes ses études le détournassent de ses occupations extérieures.
Comme sa charge de cellérier l'obligeoit à converser avec les séculiers , il se plaignoit que, pour peu qu'il fut avec eux, il se relàchoil de son observance ordinaire, et que les repas que la bienséance obligeoit de leur donner étoient toujours de grande dépense à la maison ; car il en ménageoit les biens avec tant de soin qu'on l'accusoit d'avarice, quoiqu'il n'employât jamais aucune mauvaise voie
le réduisit à ne jeûner ainsi que les deux carêmes avant Pâques et avant Noël; mais il commençoit ce dernier au treizième de septembre (2). Outre l'abbaye de Gorze, l'évéque Adalbéron réforma les monastères de Saint- Clément et de Saint-Arnould de Metz.
[AndeJ.-C. 9lâ.