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AMIENS

On a dit, depuis longtemps : heureux les peuples qui n'ont pas d'histoire. Celle d'Amiens et de son district est fort courte, si l'on se rapporte au palmarès de l'Exposition Universelle de 1900. Deux noms v fi^rurent.

Hors concours : . .

P. Masse, de Corbie, Membre du Jury, a exposé des fils de laine peignée simples et retors, écrus, teints, mélangés pour draperie, robes, bonneterie, châles. Des iils fantaisie gazés. Des hls laine et soie. Ses produits sont recherchés. Filature en peigné 12,003 broches et 6,000 broches de retordage.

Médaille d'argent :

Ch. Gamond et Fils. — Fils de laine peignée, fils de cachemire, Iils nouveautés, pour draperie, etc. Fils cheviottes. Matériel très moderne. Assortiment pour laines longues. Teinture en bobines. Comme filature, 21,000 broches. Retordage.

Los bulletins de la Chambre de Commerce de 1900 contiennent des notes comme celles-ci :

(c Est-ce à cause de l'Exposition, mais Tensemble des opérations sur les articles lainages, a subi une diminution.

« Silésiennes. — Cet article ne se vend plus guère pour robes; l'emploi, pour le parapluie, et à peu près l'unique, et malheureusement, la concurence étrangère force à abaisser les prix, au point que les fabricants disent vendre à perte et difiicilément. Le prix de vente, qui était de 2 fi\ 30 le mètre, pour la bonne qualité moyenne, est abaissé à 2 IV. 10.

(■( Anacostes. — L'article pour bain de mer s'expédie maintenant presqu'exclusivement du département de l'Oise à Paris. L'anacoste pour religieuses subit un arrêt très

sensible à cause de la loi concernant les communautds. L'emploi pour soutanes du bas clergé reste toujours au dessous des anciens chiffres. Cet article donnait du bénéfice.

« Le Cachemire d'Ecosse n'a subi qu'une légère diminution, mais les fabricants se plaignent de leurs résultats presque nuls.

(( La Crépine laine commence à réussir.

« Tissus laine, petits dessins Jacqiiard, vente régulière.

« Mérinos pour soutanes. — Pas de diminution dans la vente, bénéfices raisonnables.

« Satin pour chaussures. — La concurrence anglaise a fait diminuer considérablement le chiffre de cette fabrication, en même temps que la substitution du soulier à la bottine.

(( Néanmoins, Amiens fabrique toujours et fait en même temps, la teinture et Tapprèt.

(( La situation de la bonneterie de laine est, par suite du manque de froid, très gênée, faute d'alimentation. On craint le manque d'ordres, de sorte que la fabrique ne pourrait occuper son personnel. De là, une mauvaise situation. »

En 1901, à peu près les mêmes doléances.

Mérinos. — Amiens ne l'a jamais beaucoup fabriqué ; les prix n'étant pas rémunérateurs.

Silésiennes. — La concurrence étrangère les offre à plus bas prix.

Velours d'Utrecht. — Cet articl*^. a édifié des fortunes à Amiens. La concurrence de l'étranger lui fait du tort. L'exportation en Angleterre et aux Etats-Unis est décourageante.

Teinture. — Maintenant on envoie teindre certains articles à Roubaix et dans les environs de Paris, mais des maisons de Paris, qui font tisser dans l'Aisne, ont recours aux teintureries d'Amiens.

En 1902, malgré la hausse de la matière, les clients ne veulent pas payer les tissus plus cher.

Le tableau ne change guère et l'on se plaint du placement des capitaux à l'étranger, ce qui diminue les moyens d'action. On sent, à des plaintes plus ou moins explicitement exprimées, que le mouvement des affaires industrielles n'est pas satisfaisant à Amiens et dans son district. La concurrence étrangère est un mal dont on se plaint généralement.

A cela, se sont jointes les inquiétudes inspirées par les mouvements de la classe ouvrière. Les plus accommodants trouvent qu'il est regrettable que les travailleurs ne comprennent pas mieux la nécessité d'une entente parfaite du capital et du travail. Les épreuves du Xîommerce sont une souffrance pour tous.

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