DES MINERAIS DE FER
Le fer est sans contredit le premier des métaux. Il surpasse tous les autres par sa dureté et par sa ténacité. Quand il est de bonne qualité, et qu'on essaye de le rompre, on s'aperçoit qu'il est plein de nerfs et fibreux comme un réseau de soie. Un fil d'un millimètre de diamètre peut supporter un poids de 30 kilogrammes sans se rompre, bien entendu qu'il s'agit d'un fer de choix. Cette qualité rend ce métal extrêmement précieux, car il représente la plus grande puissance de résistance qui soit en nos mains pour nos constructions : il n'existe ni dans la nature ni dans l'industrie aucun autre corps qui le vaille sous ce rapport. Chacun sait tout le parti que Ton tire dans les arts de cette ténacité qui est aussi accompagnée d'une grande fermeté. Ou emploie le fer pour remplacer la charpente dans les édifices, et il donne aux voûtes de pierres, dans certaines circonstances difficiles, une solidité qu'elles ne sauraient posséder par elles-mêmes. On en fait des chaînes qui ont toutes sortes de destinations, même celle de soutenir
des ponts. Enfin il n'est pas de machines, et surtout parmi celles à vapeur, dont le jeu ne soit en grande partie fondé sur l'intervention du fer. Sa ténacité est encore soutenue par sa dureté, qui est cause qu'il ne s'use que difficilement et résiste longtemps aux frottements. Cette heureuse propriété, jointe à ce que les adhérences qui ont lieu à sa surface ne développent que fort peu de frottement, l'a fait rechercher de tout temps pour la confection des objets qui sont soumis à un frottement continuel : telles sont les socs de charrue, pour lesquels il est spécialement employé depuis la plus haute antiquité ; les bandes qui garnissent les roues des voitures et les pieds des chevaux, fers non moins utiles au commerce que les précédents à l'agriculture ; et enfin, pour terminer par un seul exemple, les rails de chemins de fer, au moyen desquels les hommes ont réussi à donner à leurs chariots une mobilité presque parfaite en détruisant presque complètement les frottements qui les retardent.
La ductilité du fer, qui lui permet de s'étirer en fils très-fins et doués cependant de beaucoup de force et de flexibilité, est aussi mise à profit avec beaucoup de succès. Ce métal n'est pas susceptible de s'étirer en fils aussi déliés que l'or et quelques autres métaux, mais le calibre de ses fils est très-suffisant pour tous les usages auxquels il convient. Il se lamine en plaques minces, qui sont ce que l'on nomme la tôle ; mais néanmoins ces feuilles ont toujours une certaine épaisseur qu'on ne peut amoindrir, et le fer, sous ce rapport, le cède à beaucoup d'autres métaux que l'on peut mettre en
feuilles beaucoup plus légères, sans leur faire contracter de gerçures. Son infusibilité n'est utilisée que dans un très-petit nombre de cas, parce qu'aux températures élevées, il s'oxyde et se ramollit au point de se déformer entièrement.
La propriété dont il jouit de devenir, malgré sa fermeté habituelle, tellement malléable par l'action de la chaleur, qu'on peut, à l'aide du marteau ou du laminoir, lui donner toutes les formes que l'on désire, et de se souder sans l'intermédiaire d'aucun agent étranger, est une des plus précieuses sous le rapport de la facilité de son emploi : c'est sur cette propriété que l'art admirable du forgeron est fondé. On parvient à donner au fer avec très-peu de peine, les formes les plus compliquées et les plus délicates. Outre cela il se travaille parfaitement bien sur le tour et à la lime. Il existedes travaux de serrurerie qui sont des chefs-d'œuvre.
Le fer est de tous les métaux celui qui manifeste au plus haut degré les phénomènes magnétiques ; il n'est pas nécessaire d'insister longuement sur cette faculté pour en faire sentir l'importance, et c'est tout dire que de rappeler que sans lui la boussole n'existerait pas, et que la vaste étendue des mers serait peut-être encore fermée à nos navigateurs.
Sans vouloir entrer ici dans l'histoire de ses combinaisons avec les autres corps, ce qui nous entraînerait dans des détails beaucoup trop étendus, disons seule-» ment que, combiné avec trois à quatre pour cent de charbon, il produit la fonte, et avec une quantité de charbon encore moindre, l'acier. A l'état de fonte, il devient
fusible et susceptible de produire par le moulage les pièces les plus fines comme les plus considérables; cette même matière, qui sert à couler des pièces de canon et des cylindres de machines à vapeur, sert, sous le nom de fonte de Berlin, à fabriquer des bagues, des bracelets et des bijoux légers. À l'état d'acier il devient le principe des pointes et des taillants de toute espèce ; il acquiert une dureté excessive, et qui dépasse de beaucoup celle qu'il possède dans son état de pureté ; il raye tous les corps, excepté un très-petit nombre de pierres ; et c'est avec son aide que nous parvenons à percer, à scier, à découper à notre fantaisie presque tous les solides que la nature nous présente. L'acier est un des éléments principaux de la puissance avec laquelle nous régnons sur le globe, et changeons, comme nous l'entendons, la forme des corps épars à sa superficie.
Le fer à l'état métallique ne parait point faire partie de la nature minérale du globe terrestre ; on en trouve à la vérité à la surface en divers lieux, mais tout indique qu'il provient des autres régions du ciel, d'où il est accidentellement tombé par masses détachées sur notre planète. En effet, ces pierres météoriques, connues sous le nom d'aérolithes, et dont l'origine céleste est aujourd'hui pleinement constatée, sont souvent composées de fer métallique uni à un peu de nickel ; d'autres fois elles sont composées d'une substance pierreuse, ayant quelque analogie avec les produits des volcans, et pénétrée de fer métallique en petits faisceaux ou en grains. Il existe de ces masses de fer qui pèsent jusqu'à trois et quatre cents quintaux. Il est probable que ce sont de petites planètes,
chassées peut-être par des forces volcaniques hors de la sphère d'attraction de planètes plus considérables, et qui sont venues se heurter dans leur trajet contre la terre. Ces masses de fer ne sont pas communes ; mais on en trouve cependant dans tous les pays à la surface du sol, dans un isolement parfait et sans aucune relation avec les terrains cir,corivoisins, comme cela doit être, si elles sont en effet d'une origine étrangère ; et leur parfaite analogie avec les aérolithes dont on a observé la chute, autorise à le penser. On a signalé des peuples sauvages qui prennent sur de semblables masses, par petites portions et avec des peines infinies, le fer dont ils ont besoin. Mais, à part cela, elles sont trop peu considérables et surtout beaucoup trop rares pour avoir aucun intérêt autre que l'intérêt philosophique et scientifique.
Tout le fer dont on fait usage sur r.otre planète provient de la réduction des oxydes. On ignore depuis combien de temps les hommes possèdent ce précieux secret métallurgique. Il est probable que c'est depuis la plus haute antiquité, puisque les livres juifs parlent de l'art de forger les métaux comme antérieur à la grande inondation dont ils font mention. Les Grecs, au siège de Troie, avaient déjà du fer ; mais c'était encore à cette époque un métal d'une haute valeur, car leurs armes étaient en cuivre, et l'on voit dansHoirîère, aux jeui célébrés pour la mort de Patrocle, Achille donner un disque de fer comme un prix d'une grande magnificence; La production du fer a pris une grande extension dejpuis que Ton a inventé le moyen de faire d'abord de la fonte
que Ton convertit ensuite enfer doux. Les anciens n'ont pas connu ce procédé, qui permet d'utiliser une foule de minerais, et de créer des fourneaux d'une activité si prodigieuse, qu'il est tout à fait permis de les comparer à des sources de fer fondu. Cette richesse en fer est une des principales supériorités des temps modernes sur ceux qui les ont précédés.
Les seules substances ferrugineuses que l'on exploite comme minerais de fer sont : le fer magnétique, le fer oligiste, l'hématite rouge, le fer hydroxydé et le fer carbonate.
Le fer magnétique ou oxydulé est un oxyde renfermant seulement 71 pour 100 de fer. Les lois chimiques montrent qu'il contient trois atomes de fer et quatre d'oxygène, ce qui revient à la combinaison d'une molécule d'oxyde de fer au maximum d'oxygénation avec une molécule au minimum. 11 est caractérisé par son action sur l'aiguille aimantée qu'il fait osciller. Certaines variétés jouissent môme de la propriété d'attirer l'aiguille d'un côté et de la repousser de l'autre, de se tourner dans la direction du pôle magnétique et d'attirer le fer : ce sont ces variétés qui sont si célèbres dans l'histoire de la physique, sous le nom d'aimants naturels. Ce minerai est quelquefois cristallisé sous forme d'octaèdres réguliers ; mais la plupart du temps il est en masses confuses ou en sable à grains plus ou moins fins. On le distingue de tous les autres minerais de fer par ses propriétés magnétiques, par sa couleur qui est le gris de fer foncé, par celle de sa poussière qui est le noir, par son éclat métallique et par sa cassure conchoïde. Ce mi-
nerai se rencontre principalement dans les terrains de formation ancienne : il y constitue en certains endroits des amas assez puissants pour former à eux seuls des montagnes entières. Bien qu'il se trouve dans toutes les parties du monde, il paraît cependant jusqu'ici bien plus abondant dans les régions septentrionales que dans toutes les autres. En Suède il est l'objet d'exploitations importantes, et fournit le fer de cette contrée, qui est renommé partout pour ses excellentes qualités. Il y en a beaucoup en Norwége et en Laponie. Les Russes en ont découvert de fort beaux gisements en Sibérie. En France, il est fort rare, et il n'y en a aucune mine.
Le fer oligiste est un oxyde plus oxygéné que le précédent ; il est formé de deux atomes de fer combiné avec trois atomes d'oxygène ; il contient en poids 69 parties de fer, et 31 d'oxygène. Sa couleur est le gris d'acier ; celle de sa poussière est le rouge plus ou moins vif. Il agit, mais très-faiblement, sur l'aiguille aimantée. Il est très-dur et raye Je verre. 11 cristallise quelquefois sous forme de prismes modifiés par des facettes. Ces divers caractères le font distinguer du fer oxydulé. Comme il est souvent mélangé de quartz ou d'autres matières, on estime qu'il ne rend en général que soixante pour cent de métal. Ce minerai se rencontre dans les mêmes terrains que le précédent, et quelquefois par masses encore plus grandes. Les exploitations de l'île d'Elbe, célèbres dès le temps de la république romaine, et encore en possession aujourd'hui d'approvisionner toute l'Italie, sont ouvertes dans un amas de ce minerai, et bien qu'on en tire annuellement jusqu'à trois cent mille quintaux,
il semble que l'on ait. à peine commencé à faire brèche dans le massif. 11 est aussi exploité en plusieurs localités de la Suède, de l'Allemagne et de la Sibérie. . II y en a en France une mine à Framont dans les Vosges.
L'hématite rouge ou peroxyde ne diffère pas du minerai précédent sous le rapport de sa composition chimique; on y trouve la môme quantité de fer et d'oxygène. Mais sa texture, au lieu d'être serrée et solide, est terreuse, et de là vient qu'au lieu de présenter la couleur grise et l'éclat métallique, il présente la couleur rouge qui caractérise la poussière de l'espèce précédente. Il est aussi en général beaucoup moins dur. Il y en a des variétés extrêmement tendres et fort mélangées d'argile, qui se rapprochent de l'ocre rouge et de la sanguine qui ne sont eux-mêmes que des argiles teintes par cet oxyde, mais trop peu métallifères pour pouvoir être considérées comme minerais. L'hématite forme des couches et des filons souvent très-minces dans les terrains anciens. Les usines du Hartz, en Allemagne, sont presque exclusivement alimentées par des mines de cette nature. En France, on en trouve un très-beau dépôt dans les calcaires de seconde formation, près de la Voulte, dans la vallée du Rhône ; il en existe aussi à Baigorry, dans les Pyrénées.
Le fer hydroxydé est, comme l'étymologie du nom l'indique, une combinaison de fer, d'oxygène et d'eau. 11 renferme deux molécules d'oxyde de fer au maximum et trois molécules d'eau, ou environ 85 parties d'oxyde de fer et 15 d'eau. Il se distingue de tous les autres mine-
rais de fer par sa couleur brune lorsqu'il est en masse, et par sa couleur jaune lorsqu'il est en poussière : l'ocre jaune, qui est une argile colorée par sa présence, donne une idée de sa nuance. Cette nuance n'est cependant pas toujours également vive, et les matières étrangères la ternissent souvent. C'est aussi cet oxyde qui constitue la rouille qui se forme sur le fer lorsqu'il demeure exposé à l'air et à l'humidité. Lorsqu'on le chauffe, l'eau se dégage, le minerai rougit, et devient en tout semblable au précédent ; mais dans son état naturel, il s'en distingue parfaitement par sa nuance, qui est caractéristique. On le nomme quelquefois hématite brune. Ce minerai est peut-être celui qui est le plus abondamment répandu dans la nature ; il est commun presque dans tous les terrains : on le trouve en amas ou en couches puissantes dans les terrains anciens ; dans les grès qui accompagnent la houille, et qui lui succèdent, il forme des couches souvent nombreuses ; mais c'est surtout dans les calcaires de l'âge moyen qui constituent une si notable partie du territoire de la France, qu'il se montre avec une abondance extraordinaire. Au lieu d'être par masses compactes, comme dans les autres terrains, il est ici sous forme de globules *à peu près sphériques, de dimensions variables, quelquefois pareils à des noisettes, d'autres fois aussi petits que des grains de millet, et réunis soit dans des couches, soit dans de vastes cavités, où ils se sont rassemblés en quantités innombrables. Ce minerai se rencontre encore dans des terrains plus modernes, mais sous un autre aspect. Les dépôts les plus récents le renferment à l'état terreux; on le désigne
sous le nom de fer limoneux ou mine de marais. Il est dans des lieux marécageux, souvent mélangé de débris de végétaux convertis eux-mêmes en oxyde, et se présente sous forme de masses tuberculeuses, irrégulières, pleines de cavités : il paraît qu'il continue à se former encore tous les jours par Faction des eaux chargées d'oxyde de fer. Toutes ces diverses espèces de fer hydroxydé sont employées pour la fabrication du métal, mais les produits qu'elles fournissent varient beaucoup, suivant le plus ou moins de pureté du minerai.
.On estime que cette espèce de minerai rend en général de quarante à cinquante pour cent de fer. Il existe à Rancié, dans les Pyrénées, une mine très-importante ouverte dans un filon de fer hydroxydé compacte ; elle est exploitée depuis longtemps, et alimente à elle seule la plus grande partie des usines de ce pays. On trouve aussi ce minerai en Dauphiné, en Savoie, en Suisse, et dans divers endroits de l'Allemagne. Mais la variété qui a le plus d'intérêt pour la France, est la variété en grains dont nous avons parlé ; elle est nommée aussi oolitique. Elle est caractéristique, pour les fers français, et sert de base principale aux usines de ce pays, comme le fer magnétique aux usines de la Suède, et le fer carbonate à celles de l'Angleterre. Elle est exploitée, et avec une grande activité, sur une moitié de notre territoire, en Normandie, en Champagne, en Lorraine, en Bourgogne, en Berry, en Bourbonnais, etc. La plupart du temps l'exploitation est extrêmement facile ; en quelques endroits on enjève le minerai à la pelle et à ciel ouvert, comme du Sable. Malheureusement les couches de houille
sont presque partout trop distantes de ces dépôts pour que la conversion du minerai en fer soit aussi économique qu'il serait permis de le désirer; malheureusement aussi, dans beaucoup de dépôts, le minerai est mélangé d une petite quantité de soufre ou de phosphore, qui est cause que le fer qu'on en retire est cassant et de mauvaise qualité. Mais de tous les minerais de cette espèce, les limoneux sont les plus mauvais : ils contiennent presque tous une proportion très-sensible de phosphore provenant de la destruction des substances animales qui sont amassées dans les mêmes lieux.
Le fer carbonate est une combinaison d'acide carbonique et d'oxyde de fer; il renferme une molécule d'acide carbonique et une molécule d'oxyde de fer au minimum, ou en poids 46 parties de fer métallique sur 100. Il y en a deux variétés très-différentes. L'une, que Ton désigne sous le nom de mine d'acier parce qu'elle est excellente pour la fabrication des fontes destinées à fournir ce précieux produit, appartient particulièrement aux terrains anciens, dans lesquels elle fonne des filons et des amas. Elle est d'une couleur blonde plus ou moins claire, d'une texture lamelleuse, très-brillante, et porte aussi., à cause de ces apparences remarquables, les noms de mine de fer blanche ou de fer spathique. On en trouve avec le fer hydroxydé dans les minés des Pyrénées, dont nous avons déjà parlé; à Allevard en Dauphiné, ce minerai donne lieu à une exploitation considérable; enfin à Stahlberg, près de Coblentz, ainsi qu'en Styrie et en Carinthie, il forme d'énormes dépôts, qui sont presque exclusivement employés à la fabrication des
aciers que ces contrées, et les usines étrangères qu'elles alimentent avec leurs fontes, versent si abondamment dans le commerce.
L'autre variété de fer carbonate n'a pas moins d'importance. On la désigne sous le nom de fer carbonate litholde, ou minerai des houillères. Sa formation est en effet intimement associée avec celle de la houille : elle forme des couches tantôt dans le grès houiller, tantôt dans la houille elle-même. Elle est de couleur grise, ou brun jaunâtre, et sa cassure est terne et grenue ; elle ressemble tellement à certaines pierres calcaires ou à des argiles durcies, qu'elle a été longtemps négligée etrejetèe parmi les déblais inutiles. C'est cependant à cette pierre que l'Angleterre doit une grande partie de sa puissance. Les couches de houille qui sont si singulièrement abondantes dans ce pays, sont aussi entière" ment différentes de celles du reste du monde sous le rapport de la quantité de minerai de fer qu'elles contiennent. Ailleurs, on rencontre bien à peu prés partout du fer carbonate avec la houille, mais il n'y en a pas assez pour que l'exploitation du minerai et celle de la houille puissent marcher de pair. Dans les terrains de l'Angletepre, au contraire, la houille et le minerai sont associés dans une si heureuse proportion, qu'en enlevant du sein de la terre le minerai, on se trouve avoir enlevé en même temps la quantité de houille nécessaire pour le trans. former en fer métallique. On pourrait presque dire qu'il suffit de bâtir un fourneau à l'ouverture du puits, et d'y verser indistinctement tout ce que les tonnes amènent au jour du fond de la mine, pour que ce mélange, tou-
ché par la chaleur et faisant sur lui-même sa propre réaction, arrive au bas du fourneau métamorphosé en fonte de fer. Grâce à ce rapprochement des deux éléments de la fabrication du fer, il n'y a donc lieu qu'à une seule exploitation. De là cette grande économie de main-d'œuvre qui permet à l'Angleterre de produire tant de fer et de le donner à si bas prix. Ce n'est pas seulement à l'emploi du charbon de houille, en remplacement du charbon de bois trop longtemps privilégié pour l'alimentation des fourneaux, qu'est dû cet abaissement de prix qui, sans la nécessité des lois de douane, serait si favorable au bien du genre humain tout entier ; il est dû aussi pour une très-grande part à l'emploi du minerai des houillères. Tandis qu'en France nous sommes réduits à prendre du minerai de fer en Bourgogne pour venir le fondre à Saint-Étienne, ou à porter les houilles de Saint-Etienne jusqu'en Bourgogne, les usines de la Grande-Bretagne, établies au lieu même de la double exploitation qui les nourrit, évitent un transport ruineux, et font à l'industrie des autres nations une concurrence triomphante. Il n'y a qu'un perfectionnement dans la métallurgie du fer qui puisse rétablir la balance. D'après ce que nous avons dit de la réduction des minerais en général, on conçoit que celle des minerais de fer en particulier doit être une opération fort simple. La chaleur suffisant pour expulser l'eau et l'acide carbonique de ceux qui en contiennent, ils peuvent être tous considérés comme des oxydes, et par conséquent changés en fer métallique par la seule influence du charbon.
Quand le minerai est bien pur, le fer peut en effet se fabriquer directement de cefte manière. On fait chauffer le minerai à une forte température dans de petits fourneaux, avec du charbon de bois : la réduction s'opère, et les fragments de minerai, transformés en fer métallique, se soudent en une seule masse que Ton porte sous le marteau pour la forger en barres. Cette méthode, que Ton nomme la méthode Catalane, est celle que Ton suit dans les Pyrénées où Ton ne traite que des minerais fort purs. En Corse, où Ton a le minerai de l'île d'Elbe, qui est aussi très-pur et très-riche, on ne fait pas même de fourneaux ; on se contente de former avec le charbon et le minerai un tas régulier, sur lequel on dirige le vent d'un soufflet qui entretient la vivacité du feu. Ce procédé, qui est d'une extrême simplicité, est probablement celui qui était en usage pour la fabrication du fer durant l'antiquité. Aujourd'hui il n'est plus pratiqué que dans un très-petit nombre de localités ; il demande en effet des minerais d'une grande pureté, v et tels que Ton n'en rencontre que dans quelques mines privilégiées. C'est là son principal inconvénient.
Les minerais de fer étant ordinairement mélangés d'argile, et quelquefois de quartz, il en résulte un obstacle capital à leur traitement par la méthode précédente : car les matières étrangères, la réduction une fois opérée, demeurent interposées entre les particules de fer, dont aucune force ne les sollicite à s'éloigner, et le mettent Jiors d'état de se laisser forger et de servir à aucun usage. Il est donc nécessaire de combiner les choses de manière à effectuer la séparation du fer et des
impuretés qui le souillent. C'est à quoi Ton parvient, en obligeant les deux substances à entrer simultanément en fusion : arrivées dans le bassin où on les conduit, elles se rangent chacune à part, en vertu de la seule différence de leurs pesanteurs spécifiques. On a donc soin de mélanger avec le minerai quelques corps qui, en se combinant avec les matières étrangères, les rendent fusibles : c'est ce que Ton nomme le fondant. Pour les minerais argileux on prend des calcaires, pour les minerais quartzeux de ïa marne. Dès lors, en chauffant fortement le minerai, une fois que la réduction est opérée, le fer se Combine avec le charbon, se change en fonte, se réunit par globules, et coule jusque dans la partie inférieure du fourneau, où se trouve un creuset destiné à le recevoir; les matières étrangères, se combinant de leur côté, forment une espèce de verre connu dans les usines sous le nom de laitier, et descendent aussi dans le creuset : mais comme elles sont plus légères que la fonte, elles demeurent au-dessus, et on les enlève, ou bien on les laisse s'écouler naturellement par un orifice pratiqué à la hauteur convenable. On donne aux fourneaux dans lesquels on transforme ainsi le minerai de fer en fonte de fer, le nom de hauts fourneaux. Ils sont construits avec des matériaux très-réfractaires, et faits en forme de puits : ils s'élargissent un peu vers le tiers de leur hauteur, et se rétrécissent par le bas au point où l'on place les tuyaux des soufflets, et aux environs duquel se trouve, par conséquent, le maximum de chaleur. Ils ont quelquefois cinquante et soixante pieds d'élévation, et sont garnis, dans toute cette hauteur, de lits alterna-
tifs de minerai et de charbon : Ta fusion se produit à mesure que la matière arrive à l'endroit du vent. On les entretient constamment pleins en les chargeant par le haut à mesure que le bas s'affaisse, et on les laisse ordinairement en feu sans suspension pendant un an. On peut employer du charbon de bois et du charbon de houille. C'est dans la différence de ces combustibles que consiste la différence des procédés français et des procédés anglais.
II reste à transformer la fonte en fer malléable ; la théorie de cette opération est également fort simple. En dirigeant un courant d'air sur de la fonte liquide, il arrive que le charbon, plus avide d'oxygène que le fer, se brûle le premier, et se dégage par conséquent peu à peu sous forme d'acide carbonique ; le métal se coagule en * se purifiant, et le charbon une fois entièrement brûlé, ce que l'on reconnaît au degré de consistance de la masse, on porte le fer sous le marteau ou sous le laminoir, pour en exprimer, comme d'une éponge, ce qui peut encore s'y trouver de matières étrangères à l'état liquide, et le mettre sous formes de barres. Quand on pratique l'affinage dans un creuset placé sous le vent d'un soufflet il faut employer du charbon de bois, parce que celui de houille n'a pas les qualités convenables pour cet emploi. Quand on veut se servir de la houille, il faut éviter de la mettre en contact avec la fonte. On a recours alors à ce que l'on nomme un fourneau à réverbère ; la houille est placée à part sur une grille, et la chaleur qu'elle produit est rabattue, parle moyen dune voûte, sur la fonte qui est déposée à côté; le courant d'air causé par le ti-
rage de la cheminée située à l'extrémité de l'appareil, suffit pour enlever peu à peu tout le charbon et changer la fonte en fer. C'est à ce procédé, dont l'invention remonte à une période récente et appartient aux Anglais, que Ton est redevable de l'énorme accroissement qui s'est fait de notre temps dans la production du £er. S'il fallait fabriquer avec du charbon de bois tout celui que la civilisation consomme aujourd'hui, les forêts de l'Europe seraient bientôt épuisées, et l'Angleterre, dont le territoire est peu boisé, se verrait promptement réduite à une assez mince fortune. En France on continue généralement à fabriquer la fonte au charbon de bois, parce qu'on l'obtient ainsi de meilleure qualité et que jusqu'ici ce charbon ne manque pas; mais on pratique presque partout l'affinage à la houille, ce qui suffit pour donner une notable économie.
Quant à l'acier, il se produit de trois manières : l°avec des minerais très-purs que l'on traite, comme pour en tirer du fer, par la méthode catalane, mais en les laissant assez longtemps dans le charbon pour qu'ils puissent commencer à entrer en combinaison avec lui; c'est l'acier naturel ; 2° avec de la fonte dont on suspend l'affinage avant que tout son charbon ne soit brûlé ; c'est l'acier d'affinage ; 3° avec du fer en barres que l'on fait chauffer hors du contact de l'air dans un lit de poussière de charbon ; c'est l'acier de cémentation. On raffine ces aciers et on les rend homogènes, soit par le forgeage soit par la fusion. Leurs qualités sont très-diverses, suivant la pureté du fer et la^iiiaiirrt^ .ijiijjiar'bon qu'il contient. /^^ S * V ^ ^ 4K\
l *T *? T TT T7 TJ C:TTY ;