DES MINERAIS DE PLOMB
Les propriétés qui font rechercher le plomb sont sa grande fusibilité, sa ductilité, et dans quelques circonstances sa pesanteur. 11 est d'un gris éclatant ; mais par l'exposition à l'air cette couleur se ternit promptement, et se change en un gris noirâtre peu agréable. Le plomb est très-mou, et il suffit d'un léger effort pour en ployer de fort grosses pièces ; il est aussi très-tendre, car on peut le rayer avec l'ongle ; enfin il est sans ténacité, et un fil de trois millimètres de diamètre se rompt sous un poids de dix kilogrammes Ses qualités métalliques ne sont pas fort éminentes, et bien qu'il serve à une foule d'usages, c'est un des métaux auxquels on conçoit le mieux que d'autres pourraient suppléer.
La pesanteur du plomb le rend très-propre à servir de projectile ; car, toute proportion gardée, la résistance de l'air étant proportionnelle à la surface du corps en mouvement, la même masse éprouve bien moins de résistance de la part de l'air si elle est en plomb, que si elle était en un métal spécifiquement moins lourd. Cela s'allie très-bien avec la grande fusibilité du plomb, puisqu'il n'y a qu'à le projeter dans l'air lorsqu'il est liquide pour qu'il s'arrange de lui-môme en globules, qui gardent leur forme en se figeant. On fabrique ainsi le plomb
de chasse. Le meilleur procédé consiste à laisser tomber les gouttelettes du haut d'une tour élevée dans un bassin plein d'eau. On polit les grains en les faisant tourner pendant un certain temps dans un tonneau, où ils achèvent de s'arrondir. Cette propriété de renfermer un poids considérable sous un petit volume, fait rechercher le plomb dans diverses mécaniques pour y fournir la matière des contre-poids.
La ductilité du plomb, qui lui permet de se réduire en lames très-minces sous le laminoir, surtout quand il est allié avec un peu d'étain, fait qu'il est employé sous forme de feuilles dans une multitude de circonstances. La flexibilité de ces feuilles, qui leur permet de se plier et de se contourner comme si elles étaient de papier, est souvent mise à profit.
Sa fusibilité qui est telle qu'on peut le faire fondre dans du papier, et la grande fluidité qu'il possède en cet état, le rendent très-convenable pour diverses sortes de moulages. On s'en sert pour des tuyaux de conduite, et d'autant plus commodément, qu'on les amincit autant que l'on veut en les passant sous des cylindres cannelés, avec la seule précaution de mettre une tige de fer dans leur intérieur pour maintenir leur calibre. On s'en sert aussi pour divers objets d'ornement, et notamment pour des statues : le siècle de Louis XIV nous en a laissé un grand nombre de cette espèce. Le plomb est beaucoup moins cher que le cuivre ; mais cet avantage est balancé, parce qu'étant plus lourd, il en faut un poidé plus considérable pour une pièce de même volume. Mais l'emploi par excellence du plomb moulé est la confection des ca-
ractères d'imprimerie. Sa mollesse serait un inconvénient majeur si Ton n'avait pas un moyen facile d'y remédier, car les caractères ne tarderaient pas à s'écraser sous l'effort répété de la presse ; mais heureusement, en alliant au plomb environ un cinquième d'antimoine, on lui communique toute la roideur et toute la fermeté désirables : un caractère d'imprimerie peut passer environ deux cent mille fois sous la presse avant d'être usé. En ne considérant le plomb que sous le rapport de cette seule application, on pourrait dire que c'est lui qui rend à la civilisation les plus éminents services. 11 est remarquable que le même métal, qui sous la forme de balles est appelé à décider de la destinée des nations durant la guerre, soit encore appelé sous une autre forme à exercer sur elles, durant la paix, une influence non moins grande par la propagation de la pensée.
Le plomb à l'état de combinaison, et sous divers noms qui masquent sa présence, rend encore un grand nombre d'autres services. A l'état de carbonate il donne la céruse, qui est le plus beau blanc que possède la peinture; à l'état d'oxyde il donne le minium ou rouge de Saturne; avec une moindre proportion d'oxygène, la litharge, qui est jaune et d'un usage commun dans plusieurs arts ; combiné avec le soufre, c'est l'alquifoux employé en quantités considérables pour le vernissage des poteries ; oxydé et uni à l'acide acétique, c'est le sel de Saturne que tout le monde connaît; nous ne pouvons mentionner toutes les préparations utiles dans lesquelles il fi. gure.
La nature nous offre plusieurs minéraux plombifères,
mais il n'y a vraiment qu'un seul minerai de plomb ; c'est la galène ou sulfure de plomb ; la molécule de galène est composée d'un atome de plomb, et d'un atome de soufre; en poids, la substance renferme quatre-vingt* cinq parties de plomb et quinze de soufre. Sa couleur est le gris d'acier ; elle est très-brillante, très-lamelleuse, et se brise très-facilement, en montrant une cassure miroitante, et se ternit peu par le contact de l'air ; elle est quelquefois en cristaux dérivant de la forme cubique. Sa pesanteur spécifique est considérable.
La galène est un minéral assez commun : il existe nonseulement dans les terrains anciens, mais môme dans les terrains des diverses autres formations. Dans le granité, dans le micaschiste, dans le schiste argileux, ou dans les grès anciens, il remplit des filons plus ou moins épais ; quelquefois il y est en amas. Dans les grès et les calcaires qui sont à l'étage inférieur de la formation secondaire, il est en couches, ou en rognons irrégulièrement disséminés dans l'intérieur des couches.
Ce minerai n'est pas aussi abondant que le minerai de fer, ni la plupart du temps aussi facile à exploiter ; il est néanmoins fort répandu, surtout comparativement au minerai de cuivre. Certains pays, et notamment les montagnes des Alpuxaras en Espagne, en contiennent d'énormes quantités. 11 est recherché avec soin partout où il est susceptible de se prêter à une exploitation régulière ; il fournit non-seulement une très-forte proportion de plomb métallique, mais encore une certaine proportion d'argent, provenant du sulfure de ce métal, qui est presque constamment mélangé en petite quantité
avec celui de plomb. Le métal que Ton retire de la galène est ordinairement donc un alliage de plomb et d'argent, duquel on sépare l'argent quand il y en a assez pour payer les frais de l'opération. Ce dernier métal amie telle valeur par rapport au plomb, que bien que sa proportion dans l'alliage soit toujours extrêmement faible, c'est cependant sur lui que repose quelquefois le principal bénéfice de l'exploitation de la galène.
Le traitement de la galène est fort simple : en la grillant au contact de l'air, le soufre se brûle et se dégage, le plomb s'oxyde en partie, et en la fondant alors au milieu du charbon, elle achève de se réduire, et donne du plomb métallique qui entraîne avec lui l'argent, s'il y en a. On peut faire le grillage dans un fourneau à réverbère ; et, en conduisant l'opération avec soin, elle devient bien plus" simple. En effet, l'oxyde de plomb à mesure qu'il se forme agit d'une certaine manière sur le sulfure : l'oxygène de l'oxyde s'unit au soufre du sulfure, et des deux côtés le plomb métallique se trouve mis en liberté. Une autre méthode consiste à fondre la galène avec un corps plus avide de soufre que le plomb, avec le fer, par exemple : chaque atome de soufre . abandonnant l'atome de plomb avec lequel il était combiné, se porte aussitôt vers un atome de fer, et le plomb est ainsi affranchi. Cette méthode est plus simple et plus expéditive que la première, mais il faut tenir compte de la valeur du fer qui se trouve perdu. Heureusement l'atome de fer est environ quatre fois moins pesant que l'atome de plomb, de sorte qu'un kilogramme de fer renfermant autant d'atomes que quatre kilogrammes de
plomb, suffit à lui seul pour mettre en liberté cette quantité de l'autre métal.
La France possède un fort petit nombre de mines de plomb, comparativement à ce qui existe dans les autres États de l'Europe. Elle ne produit annuellement qu'environ cinq cent soixante-un mille quatre cent cinquanteneuf quintaux métriques de ce métal ; elle en consomme* bien davantage.