LE MESSIE
L'idéal d'un libérateur suprême était répandu dans tout l'Orient lorsque les Juifs, après leur retour de Babylone, commencèrent à compter sur un Messie qui devait rétablir la puissance politique et religieuse d'Israël. Rien n'est plus fréquent, dans les livres des prophètes, que l'annonce d'un règne futur de concorde et de prospérité qui doit s'étendre sur tous les peuples de l'univers. A ce mystérieux Fils de l'Homme qui devait purifier la terre et faire triompher la justice, on substitua bientôt un Messie descendant de David, qui vengerait Israël de ses ennemis et ferait dominer partout la religion mosaïque. Les Juifs n'ont jamais cru qu'il dut être Dieu, mais seulement un grand roi qui rendrait à leur nation tout son
ancien lustre par des victoires plus éclatantes que celles de David, et par une abondance de toutes choses infiniment plus grande que celle dont leurs pères avaient joui sous le règne de Salomon. Il devait se montrer d'abord aux tribus de Zabulon et de Nephthali, qui avaient été les premières menées en esclavage, être précédé de signes extraordinaires, arriver sur les nuages du ciel si les Hébreux étaient bons, et sur un âne s'ils étaient méchants, ce qui fit dire à Sapor, roi de Perse, parlant h un rabbin : « Je lui enverrai un de mes meilleurs chevaux. — As-tu, répondit le rabbin, un cheval à cent couleurs comme l'âne du Messie? »
Tous étaient convaincus que le règne du Messie viendrait à la fin des temps et serait précédé de toute sorte de calamités physiques et morales; les opinions ne variaient que sur la durée du monde. Selon la plus généralement répandue, le monde devait durer six mille ans, correspondant aux six jours de la création, et le septième millénaire former le règne du Messie. Cette opinion, pour le dire en passant, fut adoptée par une très -nombreuse fraction des premiers chrétiens, et se maintint jusqu'au m^ siècle. D'après des calculs faits sur les soixante-dix semaines de la fameuse prophétie attribuée h Daniel, les signes de la venue du Messie coïncidant avec le règne d'IIé-
rode, l'attente du Libérateur était alors si générale que la nouvelle s'en répandit jusque dans l'Occident ^.
La division de la Palestine en divers petits États, la configuration du pays couvert de vallées, de montagnes, de cavernes et de déserts ; les discordes entre les factions dominantes et la misère du peuple avaient rempli la Judée de malfaiteurs qui, parcourant le pays par bandes et à main armée , ravageaient les campagnes et rendaient les chemins impraticables. En même temps le pays fourmillait de fanatiques et de faux prophètes qui, exploitant la misère publique, l'orgueil national et l'espoir de reconquérir l'indépendance, et se vantant de faire des miracles, entraînaient la foule et causaient des désordres et des excès tels que les autorités romaines devaient à chaque instant prendre les armes. Mais les supphces étaient impuissants à ramener l'ordre. Tout visionnaire qui se présentait annonçant l'affranchissement d'Israël, trouvait la multitude disposée à le suivre et à le croire capable d'actions surnaturelles.
Jésus s'est-il attribué la qualité de Messie? Tous les évangélistes le disent, et les discours qu'ils lui prêtent ne permettent pas d'en douter. Mais il est certaia que ses apôtres, ses disciples et tous ceux qui