‹ Histoire et description de l'église cathédrale de Chartres dédiée par les Druides à une vierge qui devait enfanterChapitre 43 sur 48 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Incendie de la Cathédrale, le k juin 1836.

Nous avons indifiué rapidement les divers incendies qui détruisirent tout ou partie de la cathédrale en iOSO

sous l"évèqiie Fulbert, en 1194 et en 1506; il nous reste à parler du plus terrible de ces désastres, arrivé à une époque toute moderne et dont les traces ne sont pas encore entièrement efiàcées. Irions emprunterons le récit

de cette épouvantable catastrophe à la narration qu'en fit en 1839^ dans VAnnmire du départemmê^ M. Lejeune^ BOtre si estimable et si regretté confrère , qui lut témoin oculaire de cet horrible drame et qui dans ses notes en avait recueilli tous les détails.

D^iMs la iiialinre du 4 juin 1836, des plombiers, occupés à réparer les ;i vu ri es causées par ia violence du vent à la toiture de ia cathédrale, avaient fait quelques soudures à la noue N.-O. du transept ou bras de la croisée joignant l'abside au grand comble de la nef. Cette opération avait nécessité la présence d'un cagnard rempli de charbon^ allumé et déposé sur les dalles en pierres de la galerie supérieure (large d'un mètre) au pied de cette noue.

A deux heures, ces ouvriers qui n'avaient remarqué ni même soupçonné rien d'extraordinaire dans le voisinage de leur cagnard^ et qui d'ailleurs^ d'après la dispo^ sition des lieux, se trouvaient dans Timpossibilité de reconnaître Inexistence d^une parcelle de feu, entraînée à leur insu sous le ravalement, et déposée sur une couche de puussier extrêmement combustible, espèce (runiadou formé par le temps au pied de cette charpente desséchée, flétrie par les mtempéries et altérée par les siècles : ces deux ouvriers, disons-nous, étaient descendus avec sécurité pour prendre leur repas.

De retour sur leur galerie, vers les trois heures et demie, ils y font les préparatifs pour continuer leur travail, rallument leur charbon, chauffent leurs soudoîrs. Vers quatre heures et demie, l'un des plombiers, suspendu à sa corde nouée à 35 ou 40 pieds d'élévation, jette à son manœuvre le cordeau destiné à monter le fer chaud; il s'aperçoit que sa corde manquait de longueur pour atteindre jusqu'à la galerie; alors il donne à ce deinier Tordiii d aller , iïàuà I mlerieur de la charpenlc ,

détacher un autre cordeau accroché à l'une des aiguilles qui soutenaieni le faîtage. Ge fut en revenant du pomx où il s'était porté qae le manœuvre^ traversant cette multitude de pièces de la charpente et passant sons la

noue, se trouva tout-à-coiip arrêté par un point lumineux fixé dans une cavité du dallnsre des murs du grand comble et qui existait au pied mcme de cette noue : il s'approche^ il examine attentivement et reconnaît que le , feu attaque sor ce point la base de la pièce inclinée.

Alors le manœuvre > saisi de la plus vive émotion^

arrive à la galerie en s'écriant : Le feuf le feu f

Le plomliicr ne le comprend pas d ahoid, s'imagine qu'il est question d'un incendie dans la campagne et plonge autour de lui ses regards dans ie lointain qui ne lui offre rien de remarquable; à cette méprise» le manœuvre tout tremblant redouble ses cris en ajoutant : C'esi dans la charpente. Aussitôt le plombier descend rapiden:cnt» pénètre dans le comble pour juger le mal par lai-m6me» court saisir le vase destiné à contenir Tcau nécessaire à leurs besoins : il le trouve vide et voie chez le sonneur André , au pied de l'édifice.

Dans ces entrefaites» Fenfant, resté seul sur la galerie» tombe sans connaissance» et tandis qu'André se porte au comble avec célérité» le plombier appelle à son aide un maçon qui se trouvait au rez-de-chaussée; puis, armés chacun de deux seaux d'eau, ils gravissent l'escalier; mais, par une fatalité bien funeste, la porte à li(|ueiie ils se présentent s^étant refermée sur le sonaeur qui les avait précédés» ils furent contraints de recourir à une autre pratiquée sur un point éloigné» et ce n'est qu'après de longs détours, péniblement parcourus» qu'ils abordent enfin le pied de noue, déjà enflammée d'une manière désespérante. Le feu» activé par un vent continuel et

violent qui soufflait de bas en haut |iar de nombreuses ouvertures, s'élevait à plus de vingt pieds au-dessus de leurs têtes, il était alors plus de cinq heures et demie. Qae Fon juge de Tanxiété de ce petit nombre de travailleurs! Leurs secours sont impuissants^ leurs forces s^épuisent. En vain luttent-ils contre le fléau qui les domine t sous leurs yeux les progrès de Tincendie marchent à . pas de géant, et le temps s^écoule en efforts inutil(;s. C'est dans cette cruelle extrémité qu'un sotnn^ur se porte eniin au beHroi, où il arrive à six heures vingt minutes.

 peine ce cri déchirant : Le feu est à la cathédrale! est-il lancé par le porte-voix^ que M. Gabriel Delessert^ préfet d'Eure-et-Loir, apparaît le premier sur la galerie haute au point que l'incendie venait d'attaquer. A ses côtés on voit le plombier Favret et le sapeur-pompier Lirazon. En quelques Hiinutes, s<? groupent autour de ce digne magistrat un certain nombre de généreux citoyens qui s'empressent de le seconder de leurs lumières, du secours de leurs bras et de prendre ses ordres. Déjà H. Duchesne- Mirey, capitaine des sapeurs-pompiers, est au pied de l'édifice, à la tête de sa compagnie. Des chaînes sont organisées et les pompes sont en état de toaclioiiuer.

L'ordre est dunué de tenter de faire la part du feu en coupant la toiture. Il s agit, à l'aide de la corde à nœuds, de se poiier sur le faîte, à quelque distance du point oit surgit la fumée. €e poste dangereux ne peut être abordé que par un coup d'audace et du plus hardi dévouement. Favret et Brazon se présentent avec uu sang-froid vraiment admirable.

Favret, armé seulement de sa corde à nœuds qu'il porte en écharpe, gravit adroitement, avec le seul secours de ses mains, le long du cordon de l'arrétier en pierres du grand pignon de l'église, du côté du clocher neuf.

En pea de mlnules il a Êranchi, en élévation ^ nne ligne de 45 pieds et atteint le faite sur lequel il apparaît de* bout^ s'avançant vers le point où Tincendte dévorait d^ià

la charpente d'une manière effroyable. A cette scène inattendue les spectateurs sont glacés d'épouvante, en le voyant inarch(T avec une rapidité indicible et une sorte de sécurité sur la crête perlide du volcan qui s'improvise sous ses pieds^ dans les flancs de la couverture, et dont l'éruption spontanée peut Tengloutir sans qu'il soit possible de le sauver.

Déjà la chaleur excessive que ressentait sous ses pieds ce généreux ouvrier l'avait forcé rie changer de position, lorsque M. le préfet, saisi d'un juste effroi, lui cria de la galerie : Hâtez-vous de descendre, ne perdez pas une nmute. Le plomb, de toute part, se mettait -visiblenienl en dissolution. Favret, contraint de battre en retraite, saisit avec prestesse sa corde nouée qu*il a le bonheur de retrouver encore intacte^ puis on le voit, dans Pespace de quelques secondes, se glisser comme un trait et tomber sur la galerie entre les bras de Brazon, qui le reçoit avec Fémotion de Tanxiété la plus poignante, à la vue du plomb fondu qui commence à ruisseler sur ses mains et à ses côtés* Une minute plus tard son sort eût été affreux.

Ce mouvement rapide était à peine exécuté que l'ordre est donné de pratiquer dans le flanc de la toiture des ouvertures destinées à fournir les moyens de pénétrer dans l'intérieur de la charpente pour tenter d^y porter de prompts secours.

En ce moment on montait, par l'escalier du clocher neuf, la petite pompe volante, dans le but de TutiUser sur la galciie; il ïid impossible d'y parvenu. On se trouva donc réduit au service de la grande pompe placée

aa pied de l'édifice, en bissant les boyaux dont elle était armée jusqu'à la galerie siQ>érieure.

Cependant le lieutenant Petey et Brazon, munis cba-

cun d'une hache, ont frayé lo passage ordonne. Le premier, armé de la lance do la pompe placée sur la galerie intermédiaire, suivi de Brazon et de l'architecte D a mars 9 pénètre dans cette lorôt, au milieu d'une épaisse fumée qui les entoure. Leurs efforts sont inutiles; la marche toujours croissante du feu rend leur manœuvre impuissante. LVehiteete Damars^ jugeant l'iininincnce du danger qui les enveloppait, s'écrie : Retirviis-nous rni nom somnim perdus.

Au même moment, Tincendie qui se développe avec le bruit d'une tempête subite^ surgissant sur toute Pétendue l'édifice^ produit un mugissement qui n'a de comparable que le bruissement d'un ouragan furieux qui Tassiége de toutes parts. On venait d'ouvrir les trois portiques pour faciliter la sortie de l'église de son iiiobiiier transportable. Cette disposition subite imprime un mouvement si violent au vent qui s^en gouffre dans l'intérieur du vaisseau^ que la colonne d'air qui le remplit s'ébranle tout-à-coup pour se mettre en équilibre avec la colonne supérieure, grandement raréfiée par l'intensité déjà si forte du feu qui remplissait les flancs de la toiture; son passage rapide par les œillards iiiiiltiplics dunt la voûte est percée se prononce avec un sifflement étrange. Dans un clin-d'œil le plomb disparaît en totalité par un effet tout magique sous l'action instantanée de ces nombreux soufflets^ et le comble^ dépouillé entièrement de son manteau, n'offre plus qu'une carène embrasée dont on voit les parties se détacher successivement, se plier les unes sur les autres et tomber sur la voûte comme les cbénes d'une loïèi qui cèdent aux

efforts d'une trombe impétueuse. Dans Pintérieur de la

charpente, au moment où Tair se fraya un passage aussi rapide, la commotion fut si violente que plusieurs morceaux de plomb de la couverture furent lancés à plus de quarante pieds d élévation.

Les fermes du grand comble de la grande nef ^ en se pliafit les unes sur les autres^ s'inclinèrent toutes vers les deux pyramides. Ce mouvement produisit un double effet; d'abord^ il encombra du brasier le plus ardent l'espace qui les sépare et détermina la eoiiibustion de la charpente qui garnissait intérieurement chacune d'elles en introduisant le feu par les ouvertures qu'elles présentaient à leur base. Ensuite^ du même eonp^ il refoula vers la base de ce grand édifice une masse énorme de fumée épaisse plombée, d'une teinte bleuâtre, verdfttre et lithargineuse qui, enveloppant spontanément le monument, envabit tout le cloître. L'intensité du calorique qu'elle renfermait fut teke que les nombreux travailleurs qui occupaient la place furent contraints de reculer jusqu'aux habitations qui en forment la ceinture et de se cacher la figure pour se dérober à Faction subite d'une chaleur insupportable, en même temps qu'à une sullocalion pénible. Cbacun d'eux ressentit au même instant une pluie légère de plomb volatilisé qui tombait par petits globules d'une extrême ténuosité. Cette situation pénible fut de courte durée , le vent qui sou£Qait autour de Téglise ayant emporté rapidement ce nuage de plomb fondu vers Test-sud, en fuyant au-dessus de la basse ville, sur laquelle elle sema une quantité prodigieuse de parcelles de feu qui la mirent en danger. La nuée que formait cette épaisse fumée s'étendit sur un espace de cinq lieues, puisqu'au village du Gué-de- Longroy on éprouva son odeur lithargique.

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Cependant Faic^iHe à laquelle se rattachaient toutes les fermes de Tapside résiste eneore quelques instants. Semblable au grand mât d'un navire de haut bord , on

la voit surgir d'une mer de feu. L'ange Gabriel qui couronne son sommet, sentinelle sacrée à la garde séculaire, a touché le terme de sa religieuse surveillance ; lu i ste témoin de ce grand désastre, il voit tomber les deniers arcs-boutants de son piédestal dont la construction hardie aviait dédaigné le secours d^un point d'appui vertical^ il fléchit enfin, perd son centre de gravité, puis s*inclinant majestueusement en face des deux pyramides destinées à lui survivre, et comme pour leur donner un solennel et dernier ^dieu, il se plonge dans la fournaise ou il disparaît pour toujours. Ainsi^ vers sept heures et demie» cette forôt merveilleuse se trouve entièrement dévorée ^t le plan supérieur, du monument ne présente plus qu'une immense plage de feu.

On s'occupe cependant de préserver de l'atteinte d'une pluie de feu poussée par un vent \iuient qui souille de Fouest-sud la ville basse et particulièrement les maisons situées au pied et à peu de distance de Fédifice incendié. Dans ce but, une pompe est placée dans le cloître» en face de la maîtrise des enfants de chœur» au bas de Pabside, côté de Fest-sud.

Une seconde, en station rue de la Corroierie, a pour objet de proléger la basse \ille, placée sous Faction d'une pluie de feu incessante, dont Felïet alarmant perpétue le danger dans toutes les habitations.

Les toitures des maisons voisines de l'église sont garnies de couvertures mouillées et continuellement arrosées. Des pompiers armés de haches et munis de seaux à incendie sont en observation sur 1 os toits et dans les gouttières» en même temps que les piopriétalres eux-

mémes^ secondés detravailleiirs» ramassent et éteifpsent^

avec la suneiJlance la plus minutieuse, les charbons qui tombent sans intermittence.

Toutefois, quelque grande que fût cette activité, la violence du vent qui semait l'incendie la mit un peu en défaut : le feu prit dans les bâtiments des Dames de la Providence^ mais on parvint aussitôt à Parréter.

Enfin ^ le service de la pompe de Saint-Georges-sur- Eure qui arrive en toute hâte, est organisé dans la cour centrale de Fhospice et doit mettre à l'abri de tout danger ce précieux établissement.

En ce moment arrive le maire de Saint -Prest à la téte des habitants de sa commune. Il aborde Fédiâce au pas de course et dans un ordre remarquable. On le charge aussitôt de surveiller et de garantir Fintérieur de réglise, menacé sur un grand nombre de points à la fois. Il venait de prendre position à pm de distance de l'entrée de la porte du midi , vers laqueiie une chaîne, subitement organisée^ se trouvait sous ses ordres^ et il avait à peine éteint quelques morceaux de charpente embrasés et tombés par le grand œiUard du transept^ lorsqu'un jet de fûmée^ sorti du sommet de Forgue^ indique un point important sur lequel son service doit être exclusivement dirigé. On se porte en toute hâte à la galerie intérieure de la nef ; une chaîne , formée par les élèves de l'école normale^ occupe Tescaher qui mène à l'orgue, et l'activité des travailleurs est telle que quelques moments suffisent pour se rendre maître du feu. Ainsi, la couverture des soufflets de Forgue se trouva garantie avec une promptitude égale à celle de l'atteinte qu'elle venait de recevoir.

Déjà toute la charpente se trouvait abîmée dans un océan de feu, qui continuait d'en dévorer les débris. On avait craint un moment que la chute des fermes

n'ébranlât les voûtes par leur poids , mais leur épaisseur, et surtout la soliditô de leur construction, les garantissaient de tout accident. D ailleurs. il est nécessaire d'observer que les entra ils * qui servaient de base à chaque ferme >^ établissaient au-dessus de ces voûtes un grillage en forme de plancher , qui, par la force des pièces dont il se composait, offrant une grande résistance aux débris, presque aux trois-quarts rongés parle feu, qui s"y piecipitaient, en amortissaient tellement les coups , que les voûtes ne subirent alors qu'une bien faible partie de la grande commotion à laquelle elles se trouvàient exposées dans cette combustion instantanée, dont la rapidité présenta Pimage parfaite de la foudre qui firappe et pulvérise dans un clin-d'œil.

Les fermes du grand comble aboutissant et occupant liurizontnlement , sur quarante à cinquante pieds euN iron. l'espace compris entre les pans du développement en élévation des deux clochers, n'avaient pas éprouvé dans leur combustion le même mouvement que le surplus des autres fermes de Tédifice. Les pièces qui les composaient tombèrent à 'droite et à gauche sur ces espèces de murailles, et s'appuyèrent en partie sur les portes en chêne qui fermaient les ouvertures établies au niveau de la galerie supérieure, avec laquelle elles étaient en communication. Le foyer de l'incendie, ainsi concentré dans cet espace fermé de trois côtés, ne tarda pas à détruire ces clôtures et à étendre ses ravages jusque dans l'intérieur des deux tours, en attaquant la charpente qu^^elles contenaient.

1 Leur équarriwage portait de lo à 12 pouces.

t Elles se composaient de bois de 7 à 8» et se trouvaient établies il trois pieds de distaaoe Fane de l'autre. - '

Ce fut vers huit heures du soir que la fumée , sortant du clocher neuf^ donna refitroyable certitude du sort qu'il devait snbir.

La consternation augmente au moment où Pon voit briller la flamme dans la charpente de la sonnerie ; en peu d'instants cette tour pyramidale, percée sur ses quatre faces de seize grandes ouvertures, se transforme en un phare ëtincelant de la plus vive lumière^ qu'il projette au loin à travers les jours d'une ceinture qui se développe avec la légèreté de la plus riche dentelle; puis, dans un tableau qui tenait de la magie, dessine tout^à-coup Kélégance merveilleuse de ses formes, et présente rétoiinanl spectacle d'une belle horreur qui glace d'effroi la ville entière.

L'incendie produit alors des effets pyrotechniques, dont l'étrange variété fixe pendant leur durée la trop pénible attention des spectateurs^ par Pascension ûicessante des Jets d'étincelles pétillantes qui semblent s'échapper des joints de chaque pierre, et forment un réseau admirable de feux de diverses couleurs, enveloppant et éclairant jusqu^'à son sommet ce cône si hardi, de mamère à faire distinguer à Fœil nu toute la beauté du travail de sculpture dont il est enrichi; puis, la lanterne de ^escalier en colimaçon qui conduit au beffroi, et dans l'intérieur de laquelle la flamme pénètre, vient ajouter à ce spectacle merveilleux un effet tout pittoresque.

C'est en vain que Ton tente de porter des secours si urgents sur ce point du plus haut intérêt, on est obligé de reculer devant ^impossibilité , résultant soit de la difficulté de l'abordage, soit de la force désespérante du fléau; on est condamné à voir dévorer cette charpente durant cinq heures consécutives; Fintérieur de cette

magnifique pyramide ne présente plus que l'aspect de la fournaise la plus ardente. Les cloches^ restées longtemps rouges et suspendues au milieu des poutres qui les supportent^ cédant enfin à l'activité du ièu vers neuf beures et demie du soir^ perdent leurs points d'appui et se précipitent sur la voûte dans le brasier qui s'y était formé. Le mouvement qu'elles subissent dans leur chute, fait jaillir au dehors, sur le pavé du cloître , le battant de Tune d'elles , en même temps que deux fragments de leurs bases échappés à la fusion; ils entraînent avec eux quelques morceaux de charpente enflammés* Le métal reste prisonnier sur le plancher de la voûte, clos hermétiquement.

Duiaiit i'aaxiclé qui pèse sur la ville à Taspect effrayant de cet obélisque de feu, si tragiquement improvisé, dont le sommet semblait se perdre dans les nues et dont récroulement subit devait entraîner une bien dangereuse calamité, le mugissement de cette fournaise aérienne offïre l'image poignante d'un râle d'agpnie, dont le marteau du beffroi ne discontinue pas de sonner les heures avec une régularité qui présentait quelque chose de solennel.

Bientôt les entrailles de cette noble victime se trouvent dévorées, et Pintensité du feu sensiblement diminuée en ronge encore les débris, lorsque le marteau de l'horloge, frappant minuit, vient consoler quelques instants les cœurs ehartrains, et leur annonce que leur belle pyramide, après avoir bravé les orages de trois siècles, a touché le terme delà plus rude épreuve et que son sort est fixé.

Ainsi, la part du feu se trouve circonscrite sur ce point et le beffiroi sauvé comme par miracle. Un moment de sécurité répand quelque calme dans les esprits,

sans toutefois les affranchir des nouvelles angoisses qui leur sont réservées^ et auxquelles ils se préparent en voyant quelqaes Jels de loméa s'écbapper du clocher vieux.

Pendant ce temps arrivent les pompes des communes

de Morancez, Dammarie, Sours, Thivars, Fontaine, Saint-Piat, Jouy et lUiers ; cette dernière offre le secours des deux qu'elle possède. Toutes sont utilisées à mesure qu'elles se présentent, et leur station varie suivant les besoins commandés par la nécessité du moment.

Aux six heures qui venaient de s'écouler dans Fagitation du travail le plus pénible succédait le cahne morne et doulourt ii^: d iine nuit éclairée par les feux mourants qui couiounaient toiijuui s le sommet de Tédifice et destinée à devenir le triste et douloureux témoin d'une catastrophe dont les éléments se préparaient dans rintérieur d'un fourneau perfide qu'une masse de pierre dérobait aux regards de tous. Le moment redouté de Texplosion de ce nouveau et dernier volcan qui devait éclater d'un moment à rautie entretenait toujours les angoisses sous Tempire desquelles la ville n'avait pu encore cesser de gémir.

Le problème de l'existence du clocher neuf venait d'être heureusement résolu^; mais les alarmes se portaient avec d'autant plus d'empressement et d'intérêt sur le clocher vieux, que le public, depuis long-temps imbu de l'idée fausse de son manque de solidité, ne pouvait se soustraire à la crainte de voir céder aux effets de la puissance destructive de sou énorme charpente. Le feu qui le rongeait sourdement depuis dix heures du soir avait acquis un degré d'intensité qui rendait inutiles et même dangereux les secours que l'inirépidité la plus courageuse pouvait tenter d'y porter.

Le feu, qui s^était introduit dans rintcrieur du clocher vieux ^ par la porte établie dans Fangle, donnant sur la galerie haute, avait attaqué et miné en contre-bas Ténorme charpente destinée à contenir et suspendre les trois bourdons. Ce foyer ardent, nprès six heures d'action, en avait tellement torréfié et affaibli la base, que la pesanteur (le ces fortes poutres , dont l'assemblage surgissait à plus de soixante pieds, chargée en outre du poids de trois immenses échelles qui conduisaient à la lucarne ouverte au pied de Téchelle de fer, fixée en dehors audessous de la pomme, venant à s'affaisser tout-à-coup sur les trois heures et demie du matin (5 juin), produisit une explosion épouvantable dont il devint impossible de décrire les véritables effets.

Ën un ciin-d'œil la base de cet énorme cône n'est plus à son intérieur que le cratère d'un volcan qui, se faisant Jour par vingt bouches à la fois, vomit horizontalement vingt colonnes de feu qui s'élancent à trente pieds de distance de la tour, qui s'en trouve enveloppée tlriiis toute sa hauteur et forme tout-à-coup une brillante et énorme pyramide de feu. Au vif éclat de son elïrayante lumière, l'obscurité de la nuit disparaît et la ville entière, dépouillée, comme par enchantement, du voile lugubre qui la dérobait, est spontanément éclairée comme en plein jour pendant plus d'un quart-d'heure.

A l'annonce de cette nouvelle calamité, on bat la générale, et, toutes les craintes se réveillant alors, on croit avoir touché le moment fatal où les sinistres prévisions dont on était frappé vont s'accomplir. On pense que cette masse énorme, cédant enfin à toute la puissance de son élément destructeur, va se déchirer, et, par la projection de ses lourds débris, écraser tout ce qui l'entoure; mais, par un bonheur inespéré, ces trous, ces fissures, en se

débouchant tout-à-coup , offrirent autant de soupapes de dégagement à Fair dilaté et fortement comprimé^ autant de ventouses salutaires qui le mirent promptement en équilibre avec l'atmosphère dont le clocher était enve*

loppé.

Ainsi le sinistre qui semblait annoncer son heure dernière ne devint qu'une crise heureuse à laquelle il dut le maintien de son existence) et il est permis de croire, après une épreuve aussi extraordinaire, que le prohibe de la grande solidité de sa construction est maintenant résolu, puisqu'il demeure toujours immobile sur sa base à la suite de Taitaquc la plus violente que la Providence lui avait assignée pour notre époque.

Cependant la population, accourue vers le cloître au cri d'alapne lancé au milieu de la nuit, attendait, dans la consternation, les résultats du grave événement qui venait de Tarracher à un repos bien loin d^être exempt de toute anxiété.

On ne tarda pas à reconnaître d*abord de la sLagnntiun dans les effets du sinisire, puis une amélioration graduée qui se fit bientôt remarquer dans ceux de cette explosion.

Les débris de la charpente, rongés en grande partie par les six heures de cet incendie intérieur, une fSots précipités au foyer de cette fournaise si ardente, y furent promptement dévorés, et, faute d*aliment, Tititensîté diminua tellement qu'une demi-heure à peine écoulée avait fait renaître le calme dans les esprits agités.

Déjà un sentiment de quiétude sur le sort du clocher vieux avait pénétré dans Tâme de chaque spectateur, qui renaissait de plus en plus à l'espérance. Enfin, l'amélioration dtin tel état de choses fit de tels progrès qu'à quatre heures et demie du matin, les abords du clocher, devenus pratiquables, permirent d'y établir le

service d'une pompe pour éteindre les restes de Pincendie. A cinq heures, on se trouvait enfin maître du fea ei chacun put respirer avec sécurité.

Un dernier devoir restait à remplir au Préfet. Il ne

pouvait pas suffire à l'administrateur juste et éclairé d'avoir acquitté sur-le-champ la dette de la recoiimiissauce publique envers la masse des citoyens qui l'avaient si généreusement et si largement secondé dans une catastrophe d'une si douloureuse mémoire; sa cdiiscience ne le tenait pas quitte envers un petit nombre d'hommes qui s*étaient plus particulièrement distingués sous ses yeux. Le gouvernement, qu ils avaient si utilement servi dans cette grave circonstance, leur devait à son tour un If^uoignage particulier, mais éclatant de sa munificence, un titre honorable destiné à perpétuer dans leurs familles le souvenir d'une belle action. Ce fut donc en vue, non-seulement d'acquitter le présent, mais encore de confier à Favenir des germes d'espérance qu^l se trouve chargé de développer et de faire fructifier dans les grands jours d'infortune qu'il nous réserve, que M. Gabriel Delessert se crut dans l'obligation de signaler à la justice bienveillante du Roi une série de noms tant recommandables par des faits marquants.

Sa Majesté lit un choix et daigna honorer de médailles rémunératives en argent :

MM. Denis (François), maire de Saint-Prest;

$0 Peugebois (NicoUs^Désiré), lieutenant de sapeurs-pompiers de la môme commune;

30 Favret (FraiiQois-Désiré)j ouvrier plombier de Chartres;

40 Brazon (Louis),) . , ni.

5« Darde (Claud4j''P'^''"P''^'^'^'*^^^*'^

60 Dauvilliers (Jean), lieutenant des sapeurs pompiers de Saint-Piat;

70 André, sonneur de Péglise de Notre-Dame;

B<> MiTTiER (Michel), sergent-major de la garde nationale de Chartres;

9® JuTEAU (Maxime), plâtrier;

10(» Et la dame Goeffé (Victoîre*Pauline), née Gillot, qui n^a pas quitté un instant le théâtre de l'incendie où elle a rendu de très-grands services.

La distribution de ces médailles d'honneur , aux citoyens do la ville qui les avaient méritées, lut faite par M. le Maire, le 11 novembre 1836, dans une séahee solennelle de son Conseil munieipal.

Chacune de ces médailles eu argent, grand module de 23 lignes de diamètre, était acoompagnée d^un brevet spécial pour chacun et comprenant l'autorisation de la porter ostensiblement à sa boutonnière. L'ordre du Roi

est du 13 août 1836.

Chaque médaille comprend,

A la face : l'effigie de Sa Majesté Louis-Philippe, rot des Français;

Au revers : /(/ force et VhumanUé souîenant une cou^ ronne au-dessus d'un ovale, dans lequel est écrit :

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A(N.) POUR LE couaÀGJs;

BT LE DÉTOUEHENT DONT IL A FAIT PREUVE DANS l'incendie

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