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AU
MUSÉE DE MOMTAUBAN
VU. — Province. — Monuments civils. — N° 4.
AU
MUSüE DE MONTAUBAN
Histoire. — En 1849, Jean-Aiguste-Dominique Ingres, désireux de favoriser le développement du Musée de Montauban, créé six ans auparavant par le baron Joseph Vialèles de Mortarieu, y envoya cinquante-quatre tableaux, vingt-quatre vases grecs et étrusques, ainsi qu'un certain nombre d’estampes et de publications artistiques , tirés de son cabinet. Deux ans plus tard, il conçut le projet de léguer l’ensemble de ses collections à sa ville natale, et notifia ses intentions au maire de Montauban, par une lettre dans laquelle il exprimait le désir de voir ses richesses artistiques installées dans les anciens appartements de Mgr de Breleuil, au premier étage de l’ancien palais épiscopal, devenu l'Hôtel de Ville depuis les premières années de l’Empire. Cette lettre, capitale pour l’histoire du Musée de Montauban et fort précieuse pour la biographie du maître, est malheureusement égarée, et il n’en reste plus qu’un passage, publié depuis longtemps dans l introduction du catalogue du Musée et que nous croyons devoir reproduire ici :
« ...Il m’est doux dépenser qu’ après moi j’aurai comme un dernier pied-à-terre u dans ma belle patrie, comme si je pouvais un jour revenir en esprit au milieu de ces a chers objets d’art, tous rangés là comme ils étaient chez moi, et semblant tou- « jours m'attendre ; enfin, je suis heureux de penser que je serai toujours à Mon- « tauban, et que là où, par circonstance, je n’ai pu vivre, je vivrai éternellement « dans le glorieux et touchant souvenir de mes compatriotes... »
En 1867, la mort du grand artiste amena la réalisation de ce vœu. Par les soins de M. Armand Cambon, conservateur du Musée de Montauban, l’élève, le parent, l’ami et l’un des exécuteurs testamentaires ^'Ingres, les objets légués par celui-ci vinrent prendre place aux lieux qu’il avait lui-même désignés, et y furent groupés de manière à rappeler le plus possible les dispositions qu’il avait adoptées dans ses propres appartements .
Quatre salles leur sont actuellement consacrées.
Le Salon Ingres, la première, est l’ancienne chambre à coucher de Mgr de Breteuil, dont 1 alcôve subsiste encore, avec sa luxueuse décoration, et est devenue une sorte de reliquaire où sont déposés les souvenirs personnels du maître. Le père de celui-ci, l' ornemaniste Joseph Ingres, a décoré ce salon dans le style Louis XVI, et c'est là que le futur grand peintre obtint, à l’âge de huit ans, un petit triomphe musical, dont le souvenir lui fut toujours cher et lui dicta le choix du local lorsqu’il eut conçu le projet de léguer ses richesses artistiques à ses compatriotes. On l’a dit avec juste raison, Ingres est tout entier dans cette salle. Ses premiers dessins s’y rencontrent avec ceux qu’il traça de sa main ferme encore, la veille de sa mort ; tous les dieux de son olympe artistique, Raphaël, Mozart, Homère , y ont leur image comme dans un laraire. Les souvenirs et les portraits de ses parents, de ses maîtres, de ses élèves préférés, de ceux qui encouragèrent ses débuts, s’y mêlent à toutes les œuvres d’art dont il aimait à s’entourer. Là sont encore les meubles de son cabinet, la petite vitrine où il conservait précieusement les plus beaux objets de sa collection
d' antiquités , son chevalet et sa boite de couleurs, son violon avec ses partitions favorites et ses livres de chevet.
Les dessins (/'Ingres, ceux du moins qui ne sont pas en portefeuille, sont exposés dans les trois salles suivantes, avec quelques tableaux et un grand nombre de moulages, de vases grecs et de débris antiques divers. La dernière de ces trois salles a été récemment installée, et son ornementation ne présente pas de caractère particulier. Il n'en est pas de même des deux autres dont les plafonds à la française sont couverts d’une profusion de figures et de rinceaux parmi lesquels sont souvent reproduites les armoiries de l'évêque Colbert qui termina et habita cette partie du palais épiscopal. Douze cents dessins (Z1 Ingres, environ, sont exposés au public dans ces trois salles, et ce n’est qu'une partie — un peu plus du cinquième — de l’ inappréciable collection léguée par le peintre de /'Apothéose d’Homère.
Ces dessins sont la véritable gloire du Musée de Montauban , on pourrait dire sa raison d’être, le reste, maigri une très réelle valeur, n’étant rien auprès de celte curieuse suite de cinq mille pièces originales, où l’œuvre complet, la vie même du maître, parfois dans ses détails les plus intimes et les plus naïvement pittoresques, se réflète entièrement. Quand ils furent remis à M. A. Cambon, ils étaient disséminés parmi des calques et des croquis de toute provenance, dans douze grands portefeuilles portant les titres suivants : Etudes d’après nature. — Etudes de draperie. — Compositions et portraits. — Compositions à terminer. — Dessins et calques d’après l’art grec. — Dessins et calques d’après l’art romain. — Vues et paysages, Animaux et accessoires.
Armand Cambon commença par choisir quelques centaines de dessins qu'il disposa méthodiquement dans des cadres, de manière à montrer la carrière artistique (/'Ingres, depuis son premier dessin connu (il est daté de 1791), jusqu'aux calques (T après Giotto qu’il fit le jour même où il contracta la foudroyante maladie qui allait si vite l enlever. Groupant ensuite tous les autres dessins dont la date et t origine étaient indiscutables, il réussit à former une. série continue, chronologiquement ordonnée, où n’entraient d'autres œuvres étrangères que celles pour lesquelles Ingres avait luimême posé ou dont il avait dirigé l’exécution, mais qui, en tout cas, se rapportent intimement à quelqu’une de ses productions. Ce n'est pas le lieu ici d’indiquer , d’une part, les immenses difficultés de cette entreprise, et, de l’autre, les moyens variés, les observations et les déductions qui permirent de la conduire à terme. Armand C ambon, initié depuis trente ans à tous les travaux, à toutes les pensées de celui qui fut son maître et son ami, y consacra les dernières années de sa vie, déployant des trésors de persévérance, de tact et de science dont on ne peut plus se rendre entièrement compte. Entièrement voué à cette tâche difficile, il y a conquis les éloges sans restrictions des amis (/'Ingres les mieux qualifiés pour se prononcer avec autorité : MM. Gatteaux, Charles Bi.anc, Delaborde, Raymond Balze, etc. Après une révision complète et des plus minutieuses, et des révisions de détail sans cesse renouvelées pendant plus de huit années, nous n’avons trouvé que bien peu à reprendre dans cette œuvre vraiment colossale.
La mort, une mort prématurée, a empêché le consciencieux artiste de donner la forme définitive à son travail préparatoire, écrit presque tout entier devant les originaux. Quand ses manuscrits nous furent remis, pour cette dernière mais indispensable toilette, il fallut nous livrer tout d’abord à un travail analogue à celui qu'avaient exigé les dessins (/Ingres, c'est-à-dire retrouver l'ordre adopté par l'auteur, puis y ramener toutes les parties, tous les fragments disséminés entièrement à l’aventure, Une première transcription intégrale de l’inventaire nous convainquit de la nécessité
d’une refonte complète pour donner aux divisions plus de logique et plus d' exactitude chronologique. Pour atteindre ce résultat, nous avons divisé notre travail en deux parties ; la première consacrée à l'ensemble des dessins divers exécutés par Ingres comme souvenirs, documents ou caprices, et qu’on ne saurait rapporter à aucune de ses œuvres peintes ou dessinées ; la seconde comprenant toutes les études faites en vue de ccs mêmes œuvres.
Nous avons avant tout voulu nous conformer au plan de la publication de 1 Invaiitaire des Richesses d’art de la France. Trois parties principales s’imposaient à nous. La première comprend les Peintures; la seconde, les Dessins et Etudes exécutés par Ingres en vue de ses compositions et de ses portraits; la troisième, les Dessins divers. Les subdivisions établies par Ingres lui-même en tête de son OEuvre, publié par M. Magimel, et correspondant à ses séjours alternatifs en France cl en Italie ont été respectées par nous. Toujours d’après l’exemple (/'Ingres, nous nous sommes efforcé de bien distinguer les éludes faites pour chaque répétition du même tableau, ce qui n’a pas été toujours possible.
Nous signalons avec soin dans le travail qui va suivre la provenance des œuvres acquises par la ville de Monlauban ou offertes au Musée par des particuliers. Tout ouvrage décrit dont la provenance n’est pas indiquée se rattache aux libéralités (/'Ingres envers sa ville natale.
Bibliographie. — Blanc (Charles). Ingres, sa vie et ses ouvrages. Paris, V. J. Bcnouard, 1870, petit in-4°.
Cambon (Armand). Histoire et organisation du Musée de Montauban. Réunion des Sociétés des beaux-arts des départements, année 1881, p. 272-277, Paris, Plon et CIC, in-8°.
— Catalogue du Musée de Montauban, Montauban, 1877, in-12.
Dklaboupk (lecomlc Henri). Ingres, sa vie, ses travaux, sa doctrine. Paris, Plon, 1870, in-8°,
Forkstik (Édouard). Jean-Mnrie-Joseph Ingres, père. Montauban, 188G, in-4°.
Joi i.v (Henry). Xotice des peintures, sculptures, dessins, etc,, exposés au palais du Trocadéro en 1878. Paris, lmpr nationale, 1879, in-8°.
Mabillmu (Léopold). l*$ dessins d'Ingres au Musee de Montauban. Voy. Gazette des beaux-arts, aunée 1894.
Magiull (A ). OKuvres de J. -A. Ingres, membre de l'Institut, gravées au trait et sur acier, par Ate Réveil, 1800- 1851. Paris, F*rmin-Didot, 1851, iu-4°.
Mo mu kj a (Jules). Ingres à Montauban ; le musft Ingres. Voy. Y Art, 18e année, t. II, p. 237 et 19e année, t J. p. 50 et 92
— Les dessins d'Ingres au Musée de Monlauban. Réunion des Sociétés des beaux-arts des départements, Année 1891, p. 555-592. Paris, Plon et C'e, in-8°.
— Ingres père. Reunion des Sociétés des beaux-arts des départements, année 1894, p. 30G-3G3. Paris, Pion et Cie, in-8°.
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