ANIMAUX
Les animaux contribuent largement à rornemenlalioii de la cathédrale de Reims, et demanderaient une description détaillée. Ils sont tellement nombreux et revêtus de Ibrines tellement lanlastiques, (|uc nous ne pouvons prétendre les appeler tous par leurs noms. Reaucoup, du reste, ont été restaurés, d’autres sont mutilés ; il est donc prescjuc impossible de préciser ce (jue représente chacun d’eux en particulier.
Mais, dans leur ensemble, n’onl-ils pas un grand sens ? i Ces figures d’animaux, dit M. Crosnier, ces figures » accrochées aux chapiteaux, encadrées dans des médaili) Ions, s’allongeant, ou suspendues en pendentifs, écra- » sécs sous les pyramides, jetant l’eau de tous côtés, ne » seront-elles, ù nos yeux, (]ue de capricieux produits de » l’imagination des artistes et de pures fantaisies qu’on » lenlerail vainement d’ex[)liquer ? ou bien devons-nous » admettre ici un sens caché et reconnaître de nou- » veaux symboles? Nous ifavons pas la prétention de » résoudre la question : un jour viendra, sans doute, où » celte branche intéressante d’hiéroglyphes du Moyen- » Age aura aussi son explication ; mais attendons qu’une U main habile ail soulevé le voile. »
M. Crosnier, après s’étre exprimé comme nous venons
DÉTAILS d’OUNEMENTATIüN. — ANIMAUX.
(le le voir, essaie cepemlanl queliiues explicalions, prises dans la Sainle-Ecrilure et dans les Pères de l’Eglise; car « c’csl là, dil-il, que nos imagiers ont puisé les admiï) nibles conceplions dont nous avons déjà étudié les x> détails.
> Puiser à ces sources, c’est éviter l’arbitraire ; c’est le i moyen de ne pas se jeter inconsidérément dans un systéme exclusif. Il sutlil d’ouvrir nos livres saints pour » nous convaincre (jue les auteurs sacrés se sont souvent » servis des animaux comme symboles des vertus et des i vices. Le Sage engage le paresseux à jeter les yeux sur ») la prévoyante fourmi; David demande les ailes de la » colombe, atin de s’envoler justpic dans le sein de Dieu,
» et de s’y reposer ; pour indiquer au juste ({u’il n’a rien à » craindre de la l use et de la force de ses ennemis , il lui 1) annonce qu’il marebera sur Vasitic et sur le basilic, i qu’il écrasera \q dragon et le lion. Isaïe, voulant ex- » primer la douceur du Sauveur, le présente comme un » tendre agneau devant celui qui le tond.- Jésus-Christ re- » commande à ses disciples la prudence du serpent ei h i simplicité de Vu colombe ; il leur déclare qu’il les envoie » comme des agneaux innocents au milieu des loups raî vissants ; et (juand il nous parle de sa tendresse, il se 5 compare à la poule inquiète qui réunit ses poussins sous » ses ailes.
V Dans le livre de la nature commenté par les Pères, î les chrétiens purent reconnaître non-seulement les O admirables perfections du Créateur, mais encore les r vertus qu’ils avaient à pratiquer, pour lui être agréables.
! » La prévoyance de Vabeille et de la fourmi, la soumis-
I w sion du chameau et la sobriété de Vâne, l’hospitalité de
» la conieille, la piété .filiale de la cigogne, la fidélité et I O la reconnaissance du chien, la vigilance de Voie et du coq,
i 1) la confiance de Valcyon, l’humble travail du bœuf, la
» discipline de la grue, la douceur et la patience de
» Vagneau , l’innocenLe candeur et la simplicité de la ,i » colombe^ la vigilance maternelle du rossignol, le courage ' ï du lion, l’amour généreux qu’éprouvent pour leurs I î petits Vhirondelle, la poule, l’otirs, le tigre lui-même,
M furent pour l’âme fidèle de continuels sujets de médi- » tation. M
L’éminent arcliéologue continue ainsi ses ingénieuses et savantes interprétations :
« Le cerf, emblème de l’amitié constante; le phénix,
emblème de la résurrection ; Vaigle , symbole de la » vie contemplative, nous apprennent à admirer et à aimer » la vertu.
» Pour stigmatiser le vice, les imagiers nous montrent M l’orgueil du taureau, la fraude du renard, la ruse de la » perdrix, la malice de la couleuvre, du scorpion, la J cruauté du loup, la constance dans le mal du léopard; \ n le hibou nous présente l’image de l’incrédule; le porc, ' î l’emblème de l’impureté, ainsi (lue le corbeau, les rc/i- 6 tileî et le crapaud. «