‹ Histoire et description de Notre-Dame de ReimsChapitre 141 sur 257 · V” ORGUES · texte numérisé non relu

V” ORGUES

L’orgue est , dans nos édifices religieux, l’instrument musical par excellence ; il soutient le chant, le remplace au besoin. Quand, sous les doigts d’un artiste habile et chrétien, il remplit de ses accords merveilleux la vaste enceinte de nos églises, le peuple ravi oublie la terre, se croit un instant transporté dans les cieux; il assiste aux concerts des anges.

Dès son apparition en France (1), l’orgue excita un

(l) Le premier orgue qu’on vit en France, dit Eginard, a été envoyé par l’empereur Constantin Copronyme au roi Pépin, vers l’an 757. Cinquante-cinq ans après, en 8i2, Charlemague en recevait un autre de l’empereur Michel Europalatc, et non pas de Constantin, comme plusieurs l’ont écrit.

vif enthousiasme. Les grandes églises voulurent avoir cet instrument qui, tout à la fois, imitait le bruit du tonnerre, les accords de la lyre et le son de la cymbale.

Les premières orgues, cependant, ne ressemblaient pas à celles que nous possédons maintenant. Elles étaient hydrauliques (1). Elles furent transportées d’Orient à Aixla-Chapelle. Ces orgues n’avaient ni la forme , ni les dimensions actuelles.

Le premier orgue connu à Reims fut donné à l’église métropolitaine en 99':^, par Gerbert, qui, de simple moine d’Aurillac et maître des écoles de Reims, sous Adalbéron, devint lui-môme archevêque de cette ville, puis de Ravenne, et enfin pape sous le nom de Sylvestre 11 (2|.

Comment se servait-on de l’eau pour introduire l’air dans le porte-vent, et ensuite dans les tuyaux? Le Père Kircher et Claude Perrault n’ont rien dit de satisfaisant sur ce point ; on sait seulement (|ue les efl'ets obtenus excitaient l’admiration universelle.

L’Allemagne et l’Angleterre avaient déjù, au siècle, des orgues pneumatiques , mais bien imparfaites (8). Celle innovation ne fut pas admise en France avant le XIR siècle. L’introduction de cet instrument rencontrait, d’ailleurs, de l’opposition : il était fort bruyant , et par là même peu religieux et nuisible au chant.

Nous ne savons pas si l’orgue pneumatique vint succédera l’orgue hydraulique de Gerbert. Toujours est-il peu

(t) Vitruve nous a laissé, de ces orgues anciennes, une description peu nette et peu exacte.

(2) Plusieurs auteurs ont cru que le savant Gerbert était l’inventeur des orgues : c’est une erreur.

(3) Wolston, religieux bénédictin de Winchester, donne ta description d’un orgue qu’Elfey, son évêque, fit faire en 93t pour l’église de Winchester. Cet orgue avait 26 soufflets et 180 tuyaux ; il fallait 70 hommes robustes pour le mettre eu jeu.

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