IjC* Christ aux Anges , j)(ir Tha(l(k*e Zucchauo (i
Le corps du Christ mort est soutenu par un ange; quatre autres anges portent des torches allumées. Les figures sont de grandeur naturelle ; elles ont une expression de douleur admirable.
Selon Vasari, ce tableau avait été fait par Tliaddée Zuccbaro pour le cardinal Farnèse, qui le destinait à orner le cbateau de Caprarolle : à la mort de Farnôse, le cardinal de Lorraine acheta le tableau et le donna à son église de Reims.
11 est impossible de rien voir de plus expressif, de plus délicat et de mieux touché que les têtes d’anges. Les types sont tellement beaux, que plusieurs auteurs se sont mépris au point de dire que ce tableau représentait les
(1) L'Almanach de Reims de 1771, page 73, renferme encore une erreur provenant, sans doute, de la précédente. M. Ilillet attribue cette magnifique composition au Titien.
(2) ThaddéeZuecharo naquit à San-Agnolo in Yado, en 1529, et mourut en 156(>.
saintes femmes au tombeau. Le Christ lui-meme est remarquable. La mort est peinte avec un naturel étonnant. La pose du Christ, les tons des chairs, la pâleur du visage, indiquent un véritable talent.
Ce tableau fut autrefois acheté par le Régent, avec celui du Mvliano, dont nous allons parler. Livré pour une somme de 40,000 francs, il fut rendu à la mort du duc d’Orléans, la somme n’ayant point été payée.
Les trois tableaux (pie nous venons de signaler furent réparés en 1843, aux frais de la fabrique, par M. Landry, pour une somme de 1,035 fr.
M. Guillot, doreur à Reims, rerut 813 francs pour la dorure et la peinture des cadres.
Haut., ^2m. 30 c. — l m, 20 c.
4. Le Lavemeni des Pieds, par Jerome Mutiano, ou Le Mitian (I).
Jésus-Christ, placé au centre, dans un enfoncement qui forme second plan, est à genoux devant saint Pierre, les mains tendues vers un vase posé sur le paripiet. L’apcülre, confus de voir son maître à ses pieds, se rejette en arriére et se refuse à lui laisser remplir cet humble ministère. La douce sollicitation du maître triomplie de la résistance du disci[)le.
On admire dans cette composition l’attitude et les beautés anatomiques des personnages, mais surtout, au premier plan, la figure d’un esclave à demi nu, dont raltention est tout absorbée par l’acte du divin maître. Cet esclave est assis, accoudé sur une corbeille remplie de linge. Sur le meme plan, à l’autre extrémité du tableau, est le traître Judas. L’apotre est baissé ; son pied gauche pose sur un
O .). Mutiano est Ui' a Aetjua i reilila, «lans le Bressan, en tâ'28, et niourut a Rome, en i ano.
AMEUBLEMENT. — TABLEAUX
cscahcau ; il serre avec eflorlla courroie de sa cliaussurc. Sa main gauche lient une longue bourse. L’air rêveur tlu disciple perfide contraste avec la figure expressive de l’esclave. Des serviteurs étendent la nappe , et d’autres, employés aux apprêts de la cène, occupent les plans les plus éloignés.
(le tableau est peint sur toile,' en détrempe, manière que les Italiens appellent pillura a sguazzo. 11 a été gravé dans le recueil de gravures de (Irozat (1).
Les connaisseurs trouvent réunies dans celle composition toutes les règles de l’art. Voici ce (|ue Crozat dit de Mutiono : « Il savait employer le beau détail de la nature, » et conserver en même temps le giand goût du dessin j> de Michel-Ange, et toute la finesse de celui de Raphaël, « en donnant à chaque figure des caraclèrca convenables. »
Celte toile précieuse provient encore de la munificence du cardinal de Lorraine : les carlulaires de l’église en font foi. Ce n’est pas le cardinal de Lcnoncourt qui en fil don à son église, quoi qu’en dise Crozat. Robert de Lenoncotirt mourut en 1551, trois ans après la naissance de Muliano.
Des quatre œuvres de Muliano qui sont en France, celle que possède Notre-Dame de Reims est la plus remarquable. En l’année 1722, le régent Philippe d’Orléans, connu pour son amour pour les beaux-arts, voulut en faire l’acquisition. Le Chapitre la lui céda avec celle de Thaddée Zuccharo, pour la somme de 100,000 francs. Le Régent promettait en plus de donner une copie du tableau faite par un artiste de l’époque. Les deux toiles furent enlevées. Le Régent mourut. La duchesse douairière ne se crut pas obligée de souscrire au traité, qui lui pa-
(1) Extrait du recmil d'estampes d'après les plus beaux tableaux qui sont en France^ dans le cabinet du roi, 2 v., art. 88. Paris, i763.
nU onéreux. Les tableaux furent renvoyés, non sans dommage, car ils avaient été pliés et roulés (1).
Van-Loo, peintre de l’Académie, fit une copie de ce tableau : elle servit aux Gobelins pour le mettre en tapisserie.
Le roi Louis-Philippe, quelque temps avant la révolution de 1848, fit réparer à ses frais le tableau de Mutiano. Il fut remis sur toile. Cette opération délicate coûta 0,000 francs. La fabrique dépensa 958 francs pour la dorure du cadie et la réparation des sculptures.
Haut., ^ m. 80 c. — i^rg., 1 m. 20 c.
G. Nicolas V visitant S. François d’ Assise.
Copie d’IlÉLAKT, cV après Lahire.
Le pape Nicolas V visite le corps de saint François d’Assise, dans le caveau où il avait été déposé. Suivant une légende (reconnue fausse), le pape trouva le corps du saint debout, entier, les yeux levés vers le ciel, portant encore les stigmalcs des pieds, des mains, du côté.
Le tableau original de Lahire a été reproduit par Hélarl, artiste rémois du XVIF siècle (2). On le regarde, à juste litre, comme une de scs plus belles productions.
On prétend que le copiste a remplacé la figure de Nicolas V par celle de Urbain VIII, oncle du cardinal Barberin. Ce dernier, alors archevêque de Reims, est représenté comme assistant du pape.
Ce tableau fut donné par la ville de Reims aux Franciscains, en 1668, en reconnaissance des soins qu’ils prodi-
(1) Voir Crozat et M. de Verihes, Histoire de l'art du paysage, p, 29.
(2) Hélart naquit à Reims, au coiuraencement du XVI1“ siècle, vers l’an 1025, sur la paroisse de Saint-Symphorien, dans la rue de la Poissonnerie. 11 étudia à Rome, revint à Reims, qu’il enrichit d’un grand nombre de tableaux Ircs-eslimés. 11 mourut vers la fin du XV!!® siècle.
AMEUP.LEMENT. — TABLEAUX. 447
guérenl aux habitants durant la peste qui sévissait alors à Reims.
Il porte la date de 1668, année de la peste et de la donation.
Il fut réparé en 1845, par M. Landry, pour une somme de 415 francs. Le cadre, refait à neuf et doré par M. GuiL lot, coûta 504 francs.
ïlaut .,2m. 47 c . — Lar(j., 3 m . 62 c.