LIN VAL
Je suis pénétré et aussi étonné que toi de la façon de penser aussi rare que délicate de ce jeune homme. Mais nous n’en sommes que plus obligés de chercher les moyens de lui faire accepter quelques témoignages de notre reconnaissance.
CÉLICOÜE.
c’est à quoi nous aviserons avec nos dames. Mais monsieur Jolivet, cette jolie mariée est-elle convalescente? Son air m’a paru sérieux et mélancolique.
JOLIVET
Pardonnez-moi, elle se porte bien; c’est ma filleule; et pour son présent de noce, je me charge de tous les frais de la fête, et c’est ici qu’elle se fait; elle épouse un meunier des environs, et qui est déjà d’un certain âge.
CLUCOUR.
Ah! j’entends, elle n’a pas sans doute beaucoup de goût pour lui.
JOLIVET
Il est vrai que ce n’est que par raison qn’elle l’épouse.
Allons, avouez tout; elle a une autre inclination.
JOLIVET
Je ne puis vous le dissimuler.
LINVAL.
Quel dommage de sacrifier ainsi cette jeune fille. Vous risquez, monsieur Jolivet, de rendre votre filleule très malheureuse , et de lui faire faire un mauvaise ménage.
JOLIVET
Oli ! non, Agathe est très raisonnable, elle sent qu’elle ne peut faire autrement, pour procurer du pain à sa mère et à ses jeunes sœurs.
LINVAL
Il est donc riche ce meunier qu’elle épouse ?
JOLIVET
Voici ce que c’est. Agathe et ses sœurs vivent avec leur mère du produit d’un moulin qui dépend de cette ci-devant seigneurie. Le bail est expiré. Je suis chargé de proposer ce moulin à rente à un prix assez avantageux , mais on demande 1,500 fr. comptant en forme de pot-de-vin. Madame Nicole, la mère d’Agathe est hors d’état de donner cette somme, et elles n’auraient plus de ressources sans ce moulin qui les fait vivre. Mathurin , ce meunier des environs, offre de donner les 1 ,500 fr. en épousant Agathe... Mais voilà justement Mathurin, le notaire, etdeux proches parents qui viennent déjeûner. [On apporte sur une table du oin, etc. etc,)