SCÈNE QUATRIÈME
PALISSI, MADAME PALISSI.
PALISSI.
Eh 1 bien, toujours des visages tristes.
MADAME PALISSI.
Mais, mon ami, tu ne veux donc pas voir la position malheureuse où lu nous mets!
Palissi.
Ma femme, nous touchons au moment de devenir riches; on ne fait pas de faïence en France, et si je réussis, comme je n’en puis douter, ma fortune est faite.
MADAME PALISSF.
Il y a un an que tu nous berces de ces chimères. Nous n’avons plus rien à perdre; ta folie ne peut aller plus loin, puisque tu démolis ta maison pour satisfaire ta manie; mais elle est à son terme; tu n’as pas d’autre maison à démolir.
PALISSI.
Si rien ne m’a réussi jusqu’à présent, j’en sais la raison; d’abord il m’a fallu faire des essais coûteux, ensuite des envieux ou des malintentionnés ont altéré mes compositions. La dernière fournée en qui j’avais beaucoup d’espoir n’a pas réussi, parce que le bois a manqué sur la fin. Cette fois-ci tout est prévu, je ne m’en suis rapporté qu’à moi-même. Le bois n’a pas été ménagé, et je dois avoir réussi. Je vais m’en assurer. (Il sort.)
madame PALISSI.
Et moi, je vais gémir avec ma fille.
SCÈIVE CINQUIÈME.
LA FOURNAISE, seul.
Mademoiselle Agathe m’a dit de l’attendre ici et qu’elle avait quelque chose à me dire. Quelle est douce et gentille, mademoiselle Agathe I Elle ne voulait point de moi, sans doute, parce qu’elle aime Julien ; mais son père, qui est un avare, ne voudra pas marier son fils à mademoiselle Agathe, puisque notre maître Palissi est, faut-il dire, ruiné. Qu’arrivera-t-il ? ils n’auront pas de pain, j’épouserai mademoiselle Agathe, et je leur en donnerai, Dieu merci. Grâce à M. Palissi, je suis un bon ouvrier ; j ai quelqu’argent, et je puis gagner la vie à toute la famille... Ah î voilà mademoiselle Louison.