AGATHE, JULIEN
JULIEN
Agathe, vous me demandez . vous avez l’air fâchée. Qu’y a-
t-il?
AGATHE
Votre père vient de me faire essuyer des mortifications qui m’ont été bien sensibles. Il a osé me défendre de penser à vous pour le mariage et de vous exciter à m’épouser ; comme si j’avais fait jamais quelque chose qui tendît à cela. Vous me connaissez, je suis trop fière pour mendier un mari.
JULIEN
Mais qui est-ce qui peut porter mon père à vous dire des choses si dures. II sait bien que je vous aime, et jusqu’ici il ne m’avait rien dit peur m’en détourner.
AGATHE
Voici ce que c’est ; il croit que nous sommes ruinés.
JULIEN
Rassurez-vous, mon père m’aime.. .
AGATHE
Votre père aime l’argent.
JULIEN
Je trouverai moyen de le gagner.
AGATHE
Non; quand même il y consentirait, je ne veux pas me marier.
JULIEN
Quelle raison avez-vous ?
AGATHE
Je n’ai rien à apporter à un mari : voilà ma raison.
JULIEN
Vous en aimerai-je moins ?
AGATHE
Je ne veux pas en courir les risques. En amour on trouve tout beau : mais quand on est marié, on Calcule mieux, et la froi-
deur et les regrets, quelqueiois les reproclies, succèdent à l’amour; je ne veux pas m’exposer à ces chances fâcheuses : je vous ai fait chercher pour vous dire , non- seulement de ne plus penser à moi, mais même de m’éviter soigneusement. Je ne veux pas que votre père puisse soupçonner que je vous attire.
JULIEN
Quoi ! vous cessez de m’aimer.
AGATHE
Non , je vous le dis encore une fois , mais c’est pour la dernière. Les tentatives que vous feriez, seront autant d’offenses que je ne vous pardonnerais pas. Séparons-nous pour toujours : on vient. [Julien sort. )