Recherches historiques sur r Anjou^ II, p
4. Description de la ville dl Angers ; réimpression de M. Port, p. 64.
5. Le Beatus a 2”‘23 ; les 7 tableaux ensemble 17^27 et les moulures entre les tableaux 2'"5o ; total : 24 mèt.
Catbéîirale D'angers.
vait s’étaler sur le premier groupe de colonnes, puisque l’ancien buffet du XVP siecle était accompagné de deux tourelles de huit pieds de diamètre, renfermant les plus grands tuyaux et attachées le long de ces mêmes colonnes. Les mesures prises^ sur la tapisserie concordent avec celles données pour la longueur par Péan de la Tuillerie et Bruneau de Tartifume. Bodin en parlant de plus de cent pieds exagere assurément.
Hauteur.
La hauteur exacte est plus difficile à déterminer. Péan de la Tuillerie parle de 5 aunes, soit six mètres. Il n’est pas loin de la réalité, il exagere cependant^un peu. ^ ^
On voit encore au château d’Angers, dans la grande salle, qui n a pas moins de 40 met. de long sur 12”, 15 de large, à droite et à gauche de la cheminée ('), les crochets de fer auxquels était jadis suspendue X Apocalypse. Or, entre ces crochets et le pavage, il n y a que 5“, 80. Ce serait donc là, au maximum, la hauteur possible de la tapisserie. Celle-ci, heureusement, a été rognée de toute façon. Les bandes de ciel, sur lesquelles se produisait l’effort des cordes destinées à enlever chaque pièce, sont toutes plus ou moins rapetissées. Les inscriptions ont été détruites, à peine en reste-t-il assez pour voir qu elles étaient sur fond brun, en lettres rouges pour les majuscules et blanches pour les minuscules. U>ie seule indication me guide pour fixer leur hauteur primitive, c est une moulure en biais sur le Beatus, qui commence la Xd pièce et n’a jamais été détachée du panneau supérieur suivant. Cette moulure, parallèle à celle qui encadre le bas du tableau n° 62, laisse un champ de 0,33, qui devait être celui de l’inscription elle-même. On arriverait ainsi par 1 addition des diverses parties au total de 5"h40 à 5”^,6o (^).
Il me paraît impossible de préciser davantage ; donc ;
Toute la tapisserie avait ip.4 mètres de cours environ sur 5 m. 40 à p in. 60 délimiteur.
Dimensions actuelles.
Aujourd’hui, la longueur totale des tableaux qui nous restent est de 100 mètres environ. La hauteur n’est plus que de 4'A30 par suite de la suppression des inscriptions et de la détérioration des bandes de ciel et de terre. La laine brune du fond des légendes étant toujours brûlée par la teinture a dû, comme dans toutes les tapisseries, disparaître et laisser la chaîne à nu entre les lettres. On a évidemment reculé devant la dépense énorme occasionnée par la réfection presque complète de ces légendes, qu’au XVI IL siècle presque personne n’était plus capable de déchiffrer. C’est un irréparable malheur de n’en avoir pas même un spécimen suffisant pour en bien donner l’idée.
Description de la tapisserie.
\d Apocalypse, destinée à décorer les salles du château d’Angers, aujourd’hui tombées en ruine, était-elle composée de sept pièces de même dimension ? Rien ne le prouve : les
1. Le foyer n’a pas moins de 5 mètres 45 d’ouverture : le manteau, écroulé aujourd’hui, était sans doute soutenu par deux piliers de pierre comme la triple cheminée du palais des comtes de Poitiers.
2. Bande de ciel 0,80, — moulure 0,20, — tableau i‘"52, — moulure 0,15, — légende 0,33, — moulure 0,15, — tableau i"’52, — moulure 0,15, — légende, 0,33, — moulure 0,20 — bande de terre, 0,30 — total 5‘"4o.
( lofigueiLT 2^ mètres.
( hauteur 5 met. à g m. 60.
lLe0 tapis0ene0.
2' et 3' pièces, (en suivant l’ordre des textes de saint Jean) paraissent, au contraire, avoir été plus courtes que les autres, auxquelles on peut assigner avec certitude, d'après l’examen minutieux de ce qui en reste, l’ordonnance suivante :
Ung grand personnage, assis dans une chapelle gothique, tout à jour, médite sur le texte de saint Jean et commence chaque pièce, divisée en deux séries de sept panneaux superposés, l’un à fond rouge, l’autre à fond bleu, disposés en forme de damier, et dont la hauteur était égale à celle du grand personnage et de sa chapelle. Les scènes se lisent de gauche à droite en prenant le rang supérieur et en revenant ensuite au rang inférieur dans le même ordre ('). Entre les deux séries de tableaux, dans le sens horizontal, s’étendait dans la longueur de chaque pièce une bande de couleur brune, tranchant vigoureusement sur les encadrements grisâtres des tableaux et sur laquelle on lisait en lettres gothiques blanches ou rouges de 0,06 de hauteur, les versets correspondant à chaque scène de la rangée supérieure. Même disposition au-dessous des tableaux de la série inférieure (°). Toutes ces inscriptions ont disparu malheureusement. Dans le haut de chaque pièce, l’artiste avait représenté un ciel semé d’étoiles, et peuplé d’anges nombreux, les uns chantant ou jouant des instruments de musique, les autres tenant des armoiries, tandis qu’au bas il avait figuré une terre verdoyante, fleurie et égayée de conins et d’autres petits animaux, pour faire comprendre au spectateur que les scènes qu’il déroule sous ses yeux se sont passées entre le ciel et la terre.
Chaque pièce avait ainsi quinze tableaux dont le premier était toujours un grand personnage sous une niche d’architecture, méditant sur les visions de saint Jean. Il faut cependant en excepter la deuxième et la troisième pièce qui ne forment toutes les deux qu’une seule série de quinze tableaux, dont huit pour la deuxième pièce, six pour la troisième et enfin le grand personnage sous sa niche d’architecture. L’examen des textes des 7”, 8'. 9'’ et 10' chapitres de l’Apocalypse le prouve d’une manière certaine.
L’alternative de fonds rouges et bleus, la superposition des sujets, l’examen attentif des textes et l’étude des manuscrits du moyen âge, indiqués précédemment ont puissamment contribué à faire connaître les sujets des tableaux disparus, à coordonner les fragments qui nous restent et à replacer tout l’ensemble dans l’ordonnance primitive.
Voilà comment nous avons pu constater que la tapisserie de \ Apocalypse se composait de quatre-vingt-dix tableaux. La cathédrale en possède encore soixante-dix entiers et huit fragments classés : douze tableaux ont été détruits ; la fabrique n'a pas renoncé à les faire rétablir, dès que ses ressources le lui permettront.
Ce travail délicat de classement définitif et de restitution est l’œuvre de M. l’abbé Mâchefer, chanoine custode, qui, par la comparaison de notre tapisserie avec plusieurs commentaires manuscrits, a pu déterminer d’une façon certaine le nombre des tableaux disparus et les textes dont ils étaient la saisissante traduction.
1 Quelques tableaux ne suivent pas cette disposition par une erreur du tapissier ou pour quelqu’autre raison dont nous ne pouvons nous rendre compte. Qui sait, par exemple, si la présence d’une vaste cheminée ou de quelque porte n’a pas nécessité des changements dans les dimensions ou l’arrangement de telle ou telle piece ?
2 Dans toutes les anciennes tapisseries, la laine brune est la moins solide. Ici le fond des inscriptions étant tramé en laine brune, fut promptement détérioré. C’est ce qui causa leur suppression au XVIII' siècle ; on eût été fort embarrassé d’ailleurs de les restaurer à une époque où on ne savait plus lire les caractères gothiques.
CatfjéDrale D’9ngers.
Avant de décrire chaque pièce en particulier, je ferai quelques remarques sur l'ornementation des Fonds bleus et rouges.
Les fonds bleus et rouges alternés, si solides à l’œil, étaient d’un très fréquent usage aux XI IL et XI V° siècles. Plusieurs commentaires sur les visions de l’Apocalypse peints .sur parchemin, sont enluminés de cette façon (’). Tel est aussi le parti pris sur les volets de la célèbre armoire à reliques de la cathédrale de Noyon (”), et sur les peintures de la voûte de l’église de Chatelaudren, près Saint-Brieuc (Côtes du Nord) (^). Là, il y a trois rangs de tableaux en damier ainsi disposés :
rouge,
vert.
rouge
bleu
vert
rouge
bleu
rouge
rouge
bleu
rouge
vert
Le grand personnage no 6i est le seul à sa place primitive. La robe est roit-ge par opposition au fond bleu du tableau 69; l’étoffe du dais qui le recouvre, est bleue pour faire contraste avec le fond rottge du tableau supérieur n° 62.
Même disposition de couleurs pour les n°= 31 et 46 ; tandis que les grands personnages I et 76 sont coloriés en sens inverse. Faut-il en conclure qu’ils précédaient la 2® et la 3e pièce et que celles-ci commençaient par des tableaux fond rouge en bas et bleîi en haut? Je n’oserais l’affirmer. Toujours est-il que le tableau n« 76 représente le grand personnage tourné en sens inverse, comme l’est le saint Jean des tableaux no 18, 21, 24 et 30. Il y a là un point impossible à éclaircir, parce que la tapisserie avait été combinée de façon à occuper dans les salles du château d’Angers un emplacement désigné d’avance et qui a forcé le tapissier à ne pas suivre exactement le parti pris tout d’abord dans les grandes pièces et même à ne pas tenir un compte rigoureusement exact de l’ordre du texte de l’Apocalypse.
Comme on ne peut savoir lequel des grands personnages n° 31 ou 46 occupait primitivement le commencement de la pièce, j’ai choisi le no 31 pour la planche, figurant en grand la disposition primitive de la tapisserie, afin de faire voir la décoration de l’étoffe du dais du Beatus.
Décoration des fonds bleus et rouges.
Jusqu’au n° 33, à part le n» 7, sur lequel paraissent des Y, tous les fonds sont unis : l’effet général est excellent pour la cathédrale, parce que les personnages y ressortent à merveille. Ce parti, emprunté aux anciennes miniatures, dut paraître un peu dur et passablement sévère dans les salles du château d’Angers. Aussi, dès la 4® pièce, le tapissier cherche-t-il à en atténuer la rudesse. Si dans les tableaux n°'^ 12, 20, 21, 26, 28 et 32, il nous représente des arbres et des arbustes, dessinés au naturel (autant qu’il le pouvait
1. Celui de M. le de Coussemaker, exposé à Lille et qui datait du XIII® siècle, par exemple.
2. Dictionnaire du Mobilier Français Violet-Ie-Duc, I, p. ii.
3. Une réduction de ces peintures, par M. Charles Lameir, figurait à l’exposition d’Anvers en 1885, dans la salle des monuments de la commission historique française.
iLe0 tapissenc0.
tout au moins), il cherche dans les n°® 3, 5, 11 et 13 à couvrir le plus possible le fond de ses tableaux par les feuilles et les fleurs de ses arbustes ou de ses plantes. Cette élégante végétation, étalée avec soin, est bien encore portée^sur un tronc ou une tige, il est vrai ; mais c’est pour lui une gêne, un embarras ; bientôt, il va s’en affranchir et renoncer à toute imitation de la nature. De charmants rinceaux, chargés de fleurs et de feuilles, serpentent entre les personnages sans aucune attache avec le sol.
Les fleurons aux couleurs variées et dessinés dans le genre de ceux du bel antependium de Lille (^), le séduisent un instant : les n°=* 33 et 68 nous en donnent des exemples. Il y renonce promptement : le parti de les tisser en simple camaïeu, c’est-à-dire, bleu clair sur bleu foncé, ou rouge clair sur rouge foncé, lui semble préférable, (n®® 53, 54, 58, 62, 64 et 87).
Ailleurs (n°® 47, 66 et 70), il sème les fonds de petites branches de pensée sauvage ou de liseron.
Le n° 39, quadrillé bleu sur bleu, paraît un essai : il est seul de son genre, c’est une imitation de certaines miniatures contemporaines.
Les initiales Y se voient sur le n° 7 et celles de Louis I et de Marie de Bretagne L. M. entrelacées sur le n° 42.
Quelle variété dans le tracé de ces fleurons, placés au-dessus d’un petit écusson, renfermant soit une fleur, soit un Y (n°® 52, 62, 69, 81), de ces dragons volants, de ces petits médaillons, mêlés à des tiges arrondies et régulièrement espacées !
La prédilection du tapissier semble enfin se fixer. Entre les arbres, l’architecture et les personnages, il s’ingénie à plier en tous sens des rinceaux, tous variés, chargés de fleurs légères et de feuilles découpées, à la façon des miniatures ou des émaux du XIV® siècle, c’est-à-dire en les arrêtant aux bords de chaque tableau et en respectant le contour des figures. Tels sont les n^s 37, 38, 40, 43,45, 48, 50, 54, 55, 56, 57, 63, 67, 71, 73, 75, 85 et 86.
Fonds des grands personnages, placés au commencement de chaque pièce.
Ce fond violet, si puissant, est semé de fleurons d’un beau caractère, enrichis de fil d’argent ou de papillons aux armes d’Anjou et de Bretagne, par allusion à Louis I et à son épouse.
Ingénieux motif de décoration que ces papillons armoriés, si prisés au XIV® siècle, comme le démontrent les citations suivantes :
« /ean le tapissier, reçut cent trente-huit liv. parisis en payement d'une chambre vermeille Ci composée de dix tapis, rep7'ésenta7it des papegais ou- perroquets, portant l'écusson de France « et des papillo7ts, aiix ailes cha7gées des armioii'ies de Boui'gog7ie » 1316 à 1 3 1 7 (3).
« Ite7n ung co7poralier de i/ehiiau ve7'meil, brodé à une ci'oix, où il y a un Agmis Dei « et quatre papilloits, qii-i ont les elles de Fra7ice. — Ite77i U7te petite touaille à mectre « SU7' le gii'on du prélat, qui est bi'odéé à jleu7's de Hz et à papillons aux armes de Bom'tgogne. — Item une aulire ti'ès vieille gibecih'e à -po-pHlons emmantelez de Fi'ance. — Item « un aultre livre, couvei't de satanin azuré, ouvi'é de brodeure à angelz et elles de papillon (''■).
1. Musée de Lille. Antependium représentant l’Annonciation, de la fin du XIV' siècle, fond de damas orné de bouquets brodés.
2. Cest le seul endroit de toute la tapisserie où l’on remarque du fil d’argent.
3. Comptes de l' argenterie^ publiés par M. Doüet d’Arques en 1874, p. 74.
4. Inve?ttaire du mobitier de Charles V, publié par M. Labarte (année 1363). N°^ 2618, 1064 bis, 2752 et 3050.
Cat&éDrale D’angecs.
« La chambre brodée pour la reine, dans le palais de Rheims, où elle devait séjourner ({pendant les fêtes du couronnement était orné de 1321 papegaults (perroquets) de broderie « amantelés des armes du roy et de 561 papillons aux ailes portant les armes de la reine, « qui étaient de Bourgogne, le tout travaillé d oi' fin ( ). »
L’inventaire du mobilier de la cathédrale de Cambrai en 1401 nous fait connaître, une cape de drap d'ornoir, vignetée d' or semée de bestes emmantelées de plusieurs couleurs... et celui de Marguerite de Flandre en 1405, mentionne une chambre de cendalvert, broudée à chuettes qui portent les amnes de Bourgogne... (f).
Les chayeres et les dais qui les recouvrent sont ornés d’étoffes très riches, les unes quadrillées de fleurs de lis, d’aigles, et les autres semées d’Y et de rinceaux élégants : il n est pas jusqu’aux coussins, qui ne présentent un intérêt archéologique.
Architecture.
Les grandes chapelles à jour du commencement de chaque piece, avec leur double voûte, le joli temple du n° 32, les édicules crénelés ou fleuronnés, tout cela est du gothique français du XIV^ siècle. L’influence flamande s’aperçoit toutefois (n°5 52, 59, 71 et 81) aux pignons en marche d’escalier de la niche de saint Jean et du château. Partout ailleurs, les pignons sont garnis de crochets rampants, à la mode française.