LE DUC DU MAINE
Par ce partage le Duc du Maine devint propriétaire d’Anet, et, le 22 août 1734, il agrandit ce domaine en y ajoutant le comté de Bu, petit pays à trois lieues d’Anet.
Ce prince ne jouit pas bien longtemps d’Anet, car il est décédé à Sceaux le 14 mai 1736.
adame du Maine continua d’habiter Anet en même temps que Sceaux, sa demeure favorite, comme étant plus près de Paris.
Le Château d’Anet, sous sa possession, reprit un peu l’aspect de sa première splendeur.
La Duchesse fut la plus aimable, la plus spirituelle et la plus brillante des femmes de son temps. Auprès d’elle accoururent les Arts, les Lettres et les Plaisirs; elle avait un goût très-prononcé pour les fêtes , et la passion du théâtre la dominait. Les personnages les plus importants de la Noblesse et de la Cour briguèrent l’honneur d’être admis à ces fêtes brillantes et fastueuses, où la foule compacte de tous les gens d’esprit les plus renommés se pressait autour d’elle.
Une grande partie des intérieurs du Château fut restaurée, ce qui n’avait pas eu lieu depuis les grands changements faits par le Duc de Vendôme.
Le 20 mars 1743 fut rédigé un procès-verbal concernant le nouvel alignement des routes de la forêt de Dreux, dépendant du Château d’Anet, et cette grande quantité d’allées et d'avenues la rendait aussi belle et aussi jolie que le parc.
Le 19 août 1743 la Duchesse du Maine perdit sa fille, Louise-Françoise, âgée de trentecinq ans, qui fut inhumée dans le chœur de l’église d’Anet. Il lui restait encore deux fils, le prince de Dombes et le Comte d’Eu.
LE CHATEAU D’ANET
La Correspondance de Mme de Staal contient des lettres très-curieuses datées d’Anet et adressées à Mme Du Deffand; elles sont relatives à la présence de Voltaire au Château d’Anet :
Anet, i5 août 1747.
Madame du Châtelet et Voltaire, qui s’étaient annoncés pour aujourd’hui et qu’on avait perdus de vue, parurent hier, sur le minuit, comme deux spectres, avec une odeur de corps embaumés qu’ils semblaient avoir apportée de leurs tombeaux. On sortait de table; c’étaient pourtant des spectres affamés; il leur fallut un souper, et, qui plus est, des lits, qui n’étaient pas préparés.
Anet, 17 août 1747.
Nos revenants ne se montrent point de jour; ils apparurent hier, à dix heures du soir; je ne pense pas qu’on les voie guère plus tôt aujourd’hui; l’un est à décrire de hauts faits, l’autre à commenter Newton; ils ne veulent ni jouer ni se promener. Ce sont bien des non-valeurs, dans une société où leurs doctes écrits ne sont d’aucun rapport.
Une des plus belles fêtes d’Anet, sous la Duchesse du Maine, fut le jour de sa fête, dans la même année. On y joua la comédie. La pièce représentée fut V Échange , comédie en trois actes et en prose , de Voltaire , à laquelle le célèbre auteur ajouta pour la circonstance un prologue à deux personnages , dans lequel il remplit même l’un des rôles ; l’autre fut tenu par Mme Dutour. On y remarque ce passage :
Que tous les arts, ornés d’une grâce nouvelle,
De briller dans Anet se feront un devoir,
Dès que Du Maine les appelle .
On pourra voir dans le charmant livre de M. Desnoiresterres sur Voltaire ( Voltaire à la Cour , 1869, pages 124-30) plus de détails sur ce séjour de Voltaire à Anet, qui dura dix jours.
Le séjour de Voltaire à Anet valut à ce Château les vers bien connus du chant IX de la Henriade :
Il voit les murs d’Anet bâtis au bord de l’Eure ;
L’Amour en ordonna la superbe structure.
Par ses adroites mains avec art enlacés,
Les chiffres de Diane y sont encor tracés.
Sur sa tombe, en passant, les Plaisirs et les Grâces Répandirent les fleurs qui naissaient sur leurs traces.
Il est même singulier que le séjour d’Anet ait donné à Voltaire une inspiration d’une toute autre nature. Les tympans des quatre arcades de l’admirable chapelle de Philibert de Lorme offrent chacun une Renommée tenant une couronne de lauriers et une trompette droite. L’une d'elles, qui se trouve dans le bras gauche du transsept, en a deux, qu’elle tient forcément de chaque main; Tune est en haut de l’arc, l’autre, derrière son dos, est naturellement en bas. Or, Voltaire, dans le chant VI de la Pucelle , parle de la Renommée de cette drôle de façon ;
La Renommée est donc en ces hauts lieux.
Les courtisans dont elle est entourée
Vont tous, priant et criant à genoux :
« O Renommée, ô puissante Déesse .