‹ Histoire et description du château d'AnetChapitre 111 sur 138 · LES BANQUIERS RAMSDEN ET HÉRIGOYEN · texte numérisé non relu

LES BANQUIERS RAMSDEN ET HÉRIGOYEN

Le Château d’Anet fut vendu le 1 3 pluviôse an VI, c'est-à-dire le ier février 1798; il fut adjugé au prix de trois millions deux cent mille francs, à Messieurs Driancourt, cultivateur à Lorêt, et Martin Beaudoin, marchand de bois aux Andelys, qui en passèrent déclaration le 14 du même mois en faveur des Messieurs Ramsden et Hérigoyen , banquiers. Le procèsverbal de vente contenait la réserve de tout le mobilier qui avait été vendu avant, ainsi que des vitraux, des bronzes et des statues.

Quelques jours avant cette vente, par suite d’un arrêté de l’Administration centrale d’Eureet-Loir, de janvier 1798, on fit enlever divers objets restés au Château d’Anet, tels que tableaux, livres, statues, etc., avec ordre de les conduire au Dépôt général du département.

Suivant le procès-verbal du i5 ventôse de l’an VI ( 5 mars 1798), les grands moulins furent vendus nationalement; ils avaient été préalablement détachés des dépendances du Château d’Anet.

Les nouveaux propriétaires d’Anet, dans les premiers temps de leur possession, affirmaient leur intention de conserver aux beaux-arts un monument aussi précieux; mais ensuite ils simulèrent un pressant besoin d’argent, et ils entreprirent de le démolir pour le vendre par fragments.

La première dégradation faite au Château d Anet tut meme le lavage de toutes les dorures, dont le produit a été très-considérable, les dorures, très-épaisses, étant en énormes

quantités.

LE CHATEAU D’ANET

Monsieur Alexandre Lenoir, heureusement prévenu , s’empressa de venir et, après avoir choisi les. plus précieux morceaux, s’engagea envers* les propriétaires. Il en fit un rapport adressé au ministre de l’Intérieur, qui l’autorisa à acheter, pour le compte de l’État, tout ce qu’il pourrait sauver de la destruction du Château d’Anet.

C’est dans ces circonstances que Napoléon Bonaparte, Premier Consul, est venu visiter le Château d’Anet avec M. Lenoir. Nous tenons d’un témoin oculaire et encore vivant quelques détails sur cette visite peu connue. On avait envoyé, la veille, une compagnie de grenadiers, qui fut logée chez les habitants.

Le Premier Consul arriva dans une berline, ayant assis devant lui le général Moreau; puis venait derrière, à cheval, le Prince Eugène. Après avoir visité le Château, ils ont tous monté à cheval pour aller voir le champ de bataille d’Ivry; ils étaient conduits par M. Debra, Garde général des Forêts, qui leur a servi de cicerone.

C’est à la suite de cette excursion que fut réédifiée la pyramide d’Epieds , que le Duc de Penthièvre avait fait construire en l'honneur du Roi Henri IV pour sa victoire d’Ivry, et qui avait été démolie pendant la Révolution.

Après cette visite, M. Lenoir a acquis une grande partie des objets d’art qui décoraient le Château d’Anet. C’est à son patriotisme et à son amour des beaux-arts que nous devons la conservation de ces précieux objets.

La destruction totale du Château fut alors résolue, et elle était même en partie commencée dans les intérieurs, qui portaient déjà les traces de la cupidité de ses propriétaires. Aussi M. Lenoir n’a-t-il pas trouvé entière la belle décoration intérieure , qui était restée intacte après la vente du mobilier.

Du reste, les propriétaires, après avoir vendu une grande partie des principaux morceaux à l’État et à divers particuliers, firent d’abord abattre et vendre les grands bois du parc et tous les gros et vieux arbres des avenues, et vendirent, après ce bénéfice fait, le Château nu et à moitié dévasté, dans un état déplorable de ruine intérieure.

Monsieur DEMONTI fils acheta le Château d'Anet à MM. Ramsden et Hérigoyen, le 2 juin 1804, au prix de cinquante-trois mille francs. C’est pendant sa courte possession que le Château eut le plus à souffrir. Nous résumerons dans un seul article cette destruction successive, qui anéantit une grande partie de ce beau monument, l’un des chefs-d’œuvre de la Renaissance française.

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