‹ Histoire et description du château d'AnetChapitre 113 sur 138 · DEMOLITION DU CHATEAU D’ANET · texte numérisé non relu

DEMOLITION DU CHATEAU D’ANET

siècles et demi, résista à la démolition, exécutée à coups de pic. Les frais de destruction menacèrent de dépasser le produit que l’on espérait tirer des matériaux.

Après bien du temps perdu , les travaux de démolition ayant été plusieurs fois suspendus et repris, on se décida vers 1810 à traiter à l’entreprise pour terminer cette triste besogne. Ce fut un nommé Vie, d’Évreux, qui, moyennant la somme de deux mille francs, s’en était chargé, mais avec l’arrière-pensée de le faire sauter. Ce moyen fut employé sans être connu des habitants , qui ne l’apprirent que par le bruit formidable de la détonation, répétée par les échos d’alentour.

C’était en octobre: il faisait un très-beau soleil , les habitants d’Anet, presque tous vignerons, étaient en vendange; il était environ trois heures après midi, et tout était calme et paisible, lorsque cette terrible détonation, faisant trembler la terre, se fit entendre. Les paysans, surpris, regardèrent du côté du village-, ils virent un nuage épais de fumée et de poussière qui remplissait l’air; tous, quittant leurs travaux, accoururent au pays pour savoir d’où provenait cette terrible explosion. En arrivant à la place ils virent qu’une grande partie du Château était écroulée; c’était l’autre moitié du bâtiment du fond, côté de l’est, avec l’avant-corps sur les jardins, et la partie de l’aile droite jusqu’à la chapelle, qui étaient couchés par terre , dans un pêle-mêle effrayant. Tous restèrent consternés d’un pareil spectacle, et ils en ont toujours conservé le plus triste souvenir. Le contraste de ce beau temps avec un bouleversement si considérable les avait frappés de stupeur, et ils en sont restés profondément impressionnés.

Toutes ces démolitions furent bientôt vendues à l’état de matériaux, et furent employées dans plusieurs constructions importantes des environs, parmi lesquelles on peut citer le Château de Primare, entre Bueil et la Chaussée d'Ivry, le Théâtre , et quatre ou cinq grandes maisons de Dreux.

Au printemps de 1 8 1 1 , on se préparait à démolir l’aile gauche, qui était restée la dernière, lorsqu’arriva l’accident que nous avons déjà rappelé; un pauvre couvreur se tua en voulant commencer l'enlèvement de la toiture. Les habitants, excités par cet accident, se révoltèrent contre le propriétaire, qui se disposait à raser complètement le Château. Une manifestation très-bruyante s’ensuivit et fut assez sérieuse pour épouvanter M. Demonti , qui se sauva la nuit suivante. Ainsi ce furent de pauvres gens, des Révolutionnaires, qui, — bien que, lorsque le Château d’Anet fut détruit, il y avait longtemps que les Révolutionnaires n’étaient plus au pouvoir, — réussirent à arrêter la destruction du’Château d’Anet, qui, sans eux, n’existerait plus; ce qui n’empêche pas certains auteurs d’écrire, de parti pris, que le Château d’Anet fut détruit par les farouches Révolutionnaires.

A la suite de ce mouvement populaire, M. Demonti fils céda le Château à M. Demonti

père.

M. Salomon-Louis-Marie DEMONTI père devint propriétaire d’Anet le 23 juin 1811. A cette époque le Château d’Anet était dans un état déplorable de dévastation, ce n’étaient partout que ruines et tas de démolitions. Les quelques années qui suivirent lurent employées à dégager un peu tous ces amoncellements de débris.

Le propriétaire étant mort, ses héritiers vendirent Anet.

LE CHATEAU D’ANET

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