LE SALON DORÉ
1680 et remplacées par des panneaux ornés d’arabesques, dont la plupart reproduisaient le dessin des anciennes peintures.
Cette décoration était complétée par trois grands tableaux, deux de forme ovale et le troisième déformé rectangulaire. Le premier, en face la cheminée, représentait le duc du Maine; le deuxième, à gauche de la porte d’entrée, Mme la duchesse du Maine; et le troisième, MUe du Maine. Ces trois tableaux étaient soutenus par des sphinx, couverts de housses au chiffre du duc de Vendôme.
Un détail important nous est donné par M. Lemarquant sur le plafond, qui était en trèsmauvais état lorsque la Duchesse du Maine prit possession du Château d’Anet :
Il a été démoli et réparé par ses ordres, sur les dessins et sous la direction de M. Germain Audran, peintre lyonnais, qui avait déjà peint sous M. de Vendôme tous les appartements du Rez-de-chaussée. Les peintures de ce plafond représentent quatre chasses, l’une de cerf, l’autre de loup, et les deux autres sont des chasses au vol; les veneurs sont des Nymphes et des Amours.
Peut-être les animaux de ces chasses étaient-ils de François Desportes, car voici ce que dit son éloge par son fils Claude-François, publié dans les Mémoires inédits des Académiciens (II, 104) ; « Il avoit toujours été dès sa jeunesse en grande liaison avec M. Audran, neveu du fameux graveur du même nom et célèbre lui-même par ses dessins de grotesques. C’est avec cet ami qu’il travailla longtemps, d’abord au Château d’Anet pour le duc de Vendôme, puis à Clichy pour le Grand Prieur, son frère, à l’Hôtel de Bouillon et ailleurs; mais principalement à la Ménagerie de Versailles. » Du reste, Lemarquant s’est certainement trompé sur le prénom. Germain Audran, fils de Claude, peintre d’histoire, mort en 1684, n’a été que graveur, et Claude le jeune, fils de Germain, concierge du Luxembourg, où il mourut en 1734, est plus connu comme peintre de grotesques et de panneaux décoratifs. C'est à lui que Mariette, dans la dernière édition de la Description de Paris de Germain Brice (IV, 104), et D’Argenville (. Environs de Paris , 1768, p. 218), attribuent des peintures à Anet ( Abecedario de Mariette, I, 38). Il n’y a donc pas de doute à avoir, et il faut corriger en ce sens l’assertion de Lemarquant.
Au-dessous de ces quatre sujets, des médaillons contenaient des attributs de chasse et des trophées d’animaux-, aux quatre angles était le chiffre du Duc du Maine.
Les portes, les volets et les embrasures des fenêtres étaient ornés d’arabesques peintes et rehaussées d’or.
Tous ces ornements étaient entremêlés de tableaux et de cartouches portant des quatrains, des distiques et des devises en très-grande quantité, ainsi que la décoration de tous les intérieurs des appartements sous Diane de Poitiers.
Quelques-uns de ces ornements n’avaient plus autant de finesse qu’au XVIe siècle; les emblèmes, les devises et le chiffre de Diane, autrefois semés à profusion, n’existaient plus; dans les rinceaux, les feuilles d’acanthe avaient perdu leur élégance et n’étaient plus aussi finement découpées. '
Ducerceau nous donne un dessin, pour une coupe ou pour une aiguière, dont le sujet est Diane triomphant de Vénus et de l’Amour , qui est bien dans le sens et dans l’idée de cette décoration; peut-être ce sujet avait-il déjà été exécuté à Anet, sous Diane de Poitiers, et c’est probablement pour ce motif qu’ Audran l’aura employé.
L’ornementation de ce salon était de deux époques.
Il était décoré par treize panneaux encadrés de marbre de Languedoc , ainsi que les portes et les fenêtres. Le dessus des portes et des panneaux était couronné d’un attique où étaient sculptés, en bas-relief, des attributs de musique, de géographie et d’architecture. Les volets, les portes et les embrasures des fenêtres étaient décorés de peintures et d’arabesques d’une délicatesse merveilleuse. Toute cette première partie était du XVIe siècle.
Les panneaux étaient autrefois décorés de grandes compositions peintes, et c’est sans doute dans cette salle que se trouvaient les douze sujets de la fable, donnés par Ponthus de Thyard. Les peintures ont été remplacées par des glaces en 1698, et celles-ci avaient cinq pieds sept pouces de hauteur, trente et un pouces de large, c’est-à-dire deux pieds sept pouces , ce qui nous donne peut-être la grandeur et la forme que devaient avoir les anciennes peintures.
Le plafond, divisé en trois parties séparées par deux poutres, était, au XVIe siècle, décoré en boiseries par des panneaux de plusieurs grandeurs-, ces panneaux étaient ornés de cartouches sculptés, peints et dorés, avec de nombreux attributs et les chiffres de Diane et de Henri IL Ce plafond fut détruit, ou transporté ailleurs en 1680, et refait en plâtre. La division du plafond prouve l’existence antérieure de la décoration en boiserie sculptée.
La peinture de ce plafond sur plâtre était splendide. Voici la description, d’après M. Lemarquant :
Il est peint sur un fond d’or. Aux angles, les quatre Saisons, avec les attributs et les animaux de chaque Saison. Ces allégories sont peintes en bleu d’outremer. Au bas de chaque sujet principal se voient les actions des hommes relatives à chaque Saison ; au-dessus de chaque Saison, se trouvent les trois signes du Zodiaque qui y ont rapport. Dans les intervalles de ces quatre tableaux sont les quatre Éléments avec leurs attributs, tels qu’animaux, oiseaux et poissons qui appartiennent à chaque sujet.
Au centre du plafond, le Soleil sur son char, attelé de quatre chevaux, semble parcourir les douze signes du Zodiaque en tête des quatre Saisons.
Sur les deux poutres sont représentés Mars, Hercule, Mercure et Vénus; Hercule avec les attributs du laboureur; Mercure avec des balances; Mars avec les attributs de la Guerre, et Vénus tenant l’Amour par la main, accompagnée d’oiseaux.
La richesse de ce plafond faisait l’admiration générale, et, si le sujet principal pouvait avoir été inspiré par ce qu’on appelle l’Aurore du Guide au palais Rospigliosi de Rome, il est bien probable qu’il était, comme le reste des peintures faites sous le duc de Vendôme, l’œuvre commune de Claude Audran et de Desportes. Quant à la partie architecturale qui encadrait cette belle peinture, elle était entièrement empruntée à l’ancienne décoration d’Anet sous Diane de Poitiers, sauf ses chiffres et ses emblèmes.
Les rideaux en damas cramoisi étaient retenus par des patères formant un croissant doré. Ce salon, faisant l’avant-corps de l’Aile gauche, donnait sur la terrasse et sur les jardins.
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CHAMBRE A COUCHER
La décoration de cette chambre était en partie du XVIIe siècle, sauf les lambris d’appui, les portes et les volets, ornés d’arabesques peintes et rehaussées d'or, avec des devises, qui étaient du XVIe siècle, mais restaurées.
La tenture de cette chambre était en damas cramoisi par trois lés; celui du milieu était en étoffe d’argent, et chaque lé formait un panneau, bordé d’un assez large galon d’argent. Les rideaux étaient pareils, doublés de taffetas blanc, et avaient en plus des franges en argent.
Sur la cheminée était un portrait du duc de Vendôme, qui avait été, en 1688, remplacé par celui du grand Dauphin.
Les rideaux du lit à colonnes et surmonté d’une impériale étaient en étoffe d’or et d’argent fin, doublés de taffetas blanc, avec une frange d’or et d’argent.
Dans cette chambre on avait conservé une petite statuette équestre en argent massif, émaillée d’or, représentant Diane de Poitiers; elle était posée sur une table de marbre de Sarrancolin (Hautes-Pyrénées), ayant un pied en bois sculpté et doré.
Le plafond peint était un chef-d’œuvre d’emblèmes et d’allégories au Dieu du sommeil, qui caractérisaient parfaitement bien une pièce destinée au repos de la nuit. Nous en donnons la description d’après M. Lemarquant :
Les angles représentent les quatre phases de la Nuit. Au premier, la Nuit qui commence à déployer son voile; à sa droite est l’Amour, qui semble l’appeler. Le second représente le milieu de la nuit; Diane est éveillée par le Génie de la chasse et les caresses de son lévrier. Au troisième angle, Morphée, profondément endormi, répand ses pavots avec profusion. Au quatrième, un Génie portant l’étoile du matin, se hâte d’aller au-devant de l’Aurore, qui répand autour d’elle le parfum des roses. Au centre du plafond est une rose faite avec des ailes de chauve-souris; deux génies soutiennent deux de ces animaux les ailes déployées.
Deux cartouches, entre les tableaux des angles, contenaient autrefois les armes du Duc de Vendôme, qui ont été remplacées en 1688 par celles du grand Dauphin, auquel le Duc avait attribué cette chambre.
C’est à cette chambre que s’est arrêtée la démolition du Château. Toute la décoration en a disparu, sauf une faible partie du plafond, mais considérablement détériorée. Dans la dernière restauration, ces fragments ont été très-précieusement recueillis et copiés dans un nouveau plafond à côté.
ÉTAT ACTUEL
En 1866, cette chambre a été transformée en une salle de billard; les lambris d’appui, les portes et les volets, décorés d’ornements peints et dorés, copiés sur d’anciens panneaux du temps de Diane, portent ses emblèmes et son chiffre.
La décoration des murailles, qui n’est que provisoire, est formée d’une collection de gra-
LE CHATEAU D’ANET
vures anciennes, dont la plupart sont des vues du Château d’Anet ou des portraits de quelques-uns de ses anciens possesseurs.
Le plafond est divisé en panneaux carrés, d’égale grandeur:, chaque carré est orné d’une bordure formée de grecques variées, alternant de l’une à l’autre, et copiées sur d’anciens fragments sculptés en pierre.
A côté de cette salle de billard se trouvent une antichambre et l’escalier des étages supérieurs, dont les murailles sont tapissées de vieilles boiseries provenant du Château d’Anet du temps de Diane; quelques-unes de ces boiseries proviennent de la décoration intérieure de la Chapelle sépulcrale, où était le tombeau de Diane.
Les ornements de ces panneaux sont dorés à plat, sans être sculptés.
Dans l’antichambre sont placés tous les panneaux peints et sculptés que l’on a pu recueillir de la décoration primitive du Château.
A la fenêtre sont actuellement des vitraux de couleur ne provenant pas d'Anet. Deux de ces panneaux sont très-remarquables; ils représentent les armes et les emblèmes de François Ier et de Claude de France. Dans l’un on voit une hermine ayant un manteau flottant semé de fleurs de lis ; dans l’autre, une salamandre entourée de flammes portant un manteau contenant les armes de France. Ces deux sujets sont encadrés d’un lacs d’amours; le cadre est orné par des arabesques jaunes d’or sur un fond vert, d’un très-bel effet; les angles sont décorés par des médaillons, ornés de têtes de Chevaliers et de Femmes d’une finesse extraordinaire.
Le plafond est décoré par le moulage d’une pierre faisant autrefois partie d’un des petits plafonds sculptés dans les soffites de la Galerie qui régnait au bas du bâtiment du fond, où était la colonnade du Rez-de-chaussée. Il représente des cercles enlacés formés de moulures ayant un rang de perles au milieu; ces cinq cercles, dont quatre sont aux angles et le cinquième au milieu, sont remplis les uns par un chiffre de Diane, les autres par des croissants. L’ensemble de ces cercles forme un carré, lequel est encadré par une large bordure de grecques provenant d’Anet. Ce plafond est l’œuvre de celui qui écrit ces lignes, heureux d’avoir pu concourir à cette dernière restauration avec autant de plaisir que de désintéressement.
L’encadrement de la porte, qui donne dans la Bibliothèque, est en brèche Africaine des plus belles que l’on puisse voir; ce type est devenu très-rare.
A la suite de cette Antichambre et de la Salle de billard se. trouvent deux petites pièces ; l’une est l’ancien Cabinet d’histoire naturelle, et l’autre la Bibliothèque actuelle.