CHARLES DE LORRAINE
DUC d’aUMALE.
En prenant possession d’Anet il se maria, le 16 novembre 1576, à Marie de Lorraine, sa cousine germaine, fille de Robert, Duc d’Elbeuf. Il était Grand Veneur de France comme son père.
Le 18 octobre i58i, le Roi Henri III et la Reine , Louise de Lorraine , venus à Anet, tinrent sur les fonts baptismaux, dans la Chapelle du Château , un fils du Duc d’Aumale.
Il donna un nouveau lustre à la Châtellenie d’Anet , en la faisant ériger en Principauté par lettres patentes du Roi, datées de février 1 583 , nouveau titre qui ne s’est pas trouvé accompagné de toutes les formalités voulues, à cause de l’opposition du Duc de Ferrare, comme ayant apanage sur le Duché de Chartres.
Dans la même année Charles de Lorraine fît construire, au côté gauche de l'ancien Parc, à l’ouest, un Couvent de Cordeliers, à l’endroit où était la Ferme de la Foulerie.
Les Mémoires de Sully (I, 445), donnent quelques détails sur son passage au Château d’Anet à la suite de la bataille d’Ivry :
Henri IV passa la rivière d’Eure, poursuivant la victoire jusqu’à Rosny, où il coucha. Pendant ce temps, Sully, blessé très-grièvement, se conduisit jusqu’à Annet, où le concierge lui fit apprester une chambre et un bon lict. Il y fut visité, peu après, par le Maréchal de Biron, qui passoit par ce lieu pour suivre le Roi avec la troupe de réserve.
LE CHATEAU D’ANET
Dans le deuxième volume des Mémoires de Sully, on voit le récit suivant d’un second voyage qu’il y fit en 1594 :
Le Roi lui ayant ordonné de se transporter à Rouen pour y traiter, en son nom, avec le Sieur de Villars, de la soumission de ce dernier et de la reddition de cette ville, Sully partit de Chartres et alla coucher à Anet, où Madame d’Aumale l’avoit envoyé prier de lui donner lieu de lui parler. Sully descendit dans la meilleure hostellerie, avec sa suite de douze à quinze gentilshommes. Cette Princesse, qui prévoyoit bien le déclin du parti de la Ligue et qui avoit de grandes nécessités dans sa maison, ne manqua pas de lui faire toutes les caresses accoustumées envers ceux dont on pense avoir affaire. Après avoir promené Sully dans ses beaux jardins, salles, chambres, galeries et cabinets du Château d’Anet, elle le pria avec tant d’instance à souper que Sully renvoya tous les gentilshommes'à l’hostellerie, ne gardant qu’un page pour le servir à table. Mais le souper fut si longtemps à s’apprester que Sully crut qu’il ne viendrait jamais. Encore après fut-il si maigre, si mal appresté, les viandes si dures, le pain et le vin si mauvais, et le linge si sale et si moëte qu’il ne mangea quasi point. Puis la Duchesse d’Aumale, n’ayant jamais voulu permettre à Sully d’aller coucher au Bourg, où l’on avoit tendu son lict de camp, le mit dans une chambre grande, belle et bien marbrée , mais en laquelle il faisoit si froid que l’on n’y pouvoit quasi durer, car c’étoit sur la fin de février, et, pour se reschauffer, quasi toutes les verrières étoient rompues, le lict n’avoit qu’une couverture et des rideaux de taffetas fort minces. 11 n’y put avoir que des fagots de houx et de genièvre, tous frais coupez, pour lesquels allumer il pensa brusler toute la paille de son lict, et si n’en put tirer autre plaisir qu’un nombre infini d’escopeteries, et, pour comble d’incommodités, il trouva les draps si humides qu’il fut contraint de se rhabiller et de dormir dans sa robe de nuict.
Sully, pressé de quitter un pareil gîte, partit fort matin, alla dîner à Condé, où il fut très-bien reçu par les gens de M. d’Evreux, et se mit aussitôt au lict, pour se récompenser de la mauvaise nuictée qu’il avoit eue à Annet.
Charles de Lorraine, Duc d’Aumale, fut un des chefs les plus ardents de la Ligue et figura dans toutes les fureurs de cette fanatique entreprise; il a été même jusqu’à livrer des places fortes de la Picardie aux Espagnols. Ayant été pris les armes à la main, il fut poursuivi au mois de juillet 1 5g 5 , et le Parlement de Paris le condamna à être écartelé, jugement qui fut exécuté en effigie le 6 du même mois, pendant qu’il se réfugiait à Bruxelles, où il finit tristement ses jours. Le jugement portait, en outre, que tous ses biens seraient confisqués et que son Château d'Anet était condamné à être démoli à ras de terre, et que les bois environnants seraient coupés à hauteur de ceinture. Ainsi Anet, que ce Prince avait fait ériger en Principauté, faillit être anéanti entièrement; mais ce désastre fut évité par l’intervention d’Henri IV, qui sauva le Château d’une destruction complète.
Le 26 mars 1610, la Reine Marie de Médicis dîna à Dreux, et le lendemain alla à Anet, où le Roi Henri IV la trouva , et le samedi suivant, sur le soir, le Père Cotton, qui était à la suite de la Reine, prêcha en l’église de Dreux. Comme le Duc d’Aumale avait emprunté une forte somme d’argent, portant intérêts, à Marie de Luxembourg, Douairière de Lorraine et Duchesse de Mercœur, et qu il était poursuivi par d’autres créanciers, il fut saisi par arrêt du 23 août 1614, et la Duchesse de Mercœur, sa créancière, fit continuer la saisie commencée par les autres créanciers.
La terre d’Anet ainsi forcément vendue, elle s’en rendit adjudicataire pour la somme de quatre cent mille livres, et la vente fut sanctionnée par arrêt du Parlement de Paris du 10 février i6i5.
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