‹ Histoire et description du Muséum d'histoire naturelle,: ouvrage rédigé dChapitre 4 sur 37 · PREMIERE EPOQUE. II · texte numérisé non relu

PREMIERE EPOQUE. II

chimie ne fût point enseignée : cette opposition n^eut pas de suites.

Guy de La Brosse s'ëtablit dans le local dont on avait fait Tacquisition; il fit réparer et disposer les bitimens, et il dressa, dès la première année , un parterre de 1^5 toises de longueur sur 35 de laideur , où il plaça toutes les plantes qu'il put se procurer, et dont la plupart lui furent données par Jean Robin, père de Vespanen , qui depuis plusieurs années les cultivait chez lui , et avait le titre d'arboriste ou aimpliciste du roi. Le nombre de ces plantes , en y comprenant les variétés, était, en i636, de 1800. Il fit ensuite défoncer les terrains; il se procura de nouvelles plantes par ses correspondances ; il traça le plan du jardin dans une étendue de i o arpens , et il en fit l'ouverture en 1640 (1)- En i64i > il publia le catalogue des plantes qui y étaient cultivées, dont le nombre , y compris les variétés , était de 236o. Il fît dessiner celles qu'il craignait de perdre , et en fit même -graver quelques-unes.

Malheureusement il termina sa carrière lorsque*ayant surmonté les obstacles qui lui avaient été opposés , il commençait à voir le wccès de ses travaux. C'est vraiment lui qui est le fondateur du

(i) On écrivit sur 11 porte priacipile Jardin rOyal d9$ Herbt midiclm<1m, et cette iDwiipUon J eit nttéc jusqu'au moment où BoIKhi k i|RiDdi le bUimeot.

13 HISTOIRE DU MUSlEuH.

Jardin da Roi : U y mourut en 1643 ; ses restes furent déposés dans la chapelle qui faisait partie du bâtiment ; et lorsqu'on a été obligé de démolir cette chapelle pour construire Fescalicr des galeries, ils ont été placés dans un caveau particulier.

Telle est l'origine d'un établissement , qui de nos {ours est parvenu à un si haut degré de prospérité. I*s bornes de cette notice nous'obligent à ne tracer que très-rapidement l'histoire de ses progrès et de ses Ticissitudes , jusqu'à la fin du dernier ùècle. Nous nous arrêterons davantage à iaire connaître les changemens opéi'és par la nouvelle organisation , pour donner une idée exacte de son état actuel.

La mort de Guy de La !^osse Ait un grand malheur pour le Jardin du Roi ; ceux qui lui succédèrent n'eurent ni le même zèle ni la même activité. Les professeurs, révocables à volonté par le surintendant , changèrent plusieurs fois , et tes leçons ne furent pas faites avec exactitude. Rouvard de Fourqneus , fils du premier médecin et conseiller au parlement, fut nommé à la place de Guy de La Brosse ; il était impossible qu'il donnât ses soins à la culture et à l'enseignement , et Vespasien Robin fit seul les leçons de botanique. Cependant le surintendant obtint des fonds pour la construction d'une serre et pour celle du grand bassin qui est en face du cabinet.

PREMIÈRE éPOQVE. |3

Bouvard ayant quitté sa place de premier médecin du roi , Toulut conserver celle de surintendant. £Ue lui fut disputée par Vautier, qui l'emporta , parce que d'après tes termes de Tédit , Fintendance du Jardin était annexée à la charge de premier médecin. Celui-ci , qui était ennemi de Fourqueux , voulut nommer un intendant à son choix , et comme il éprouva des oppositions , il ne prit plus aucun intérêt au Jardin. Dès lors tout tomba en décadence; les plantes périrent faute de culture^ et les leçons furent négligées. Cependant Vautier rendit un véritable service , en substituant un cours d'anatomîe à celui qui était désigné sous le nom de l'intérieur des plantes, et qui était destiné à faire connaître les propriétés qu'on leur supposait.

La place deVautier, vacante parsa mort en i652, fut doiméejà Vallot. Quelques amiées avant cette époque , Gaston d'Orléans , frère de Louis XIII , avait établi dans son palais de Blois un jardin de botanique qui avait acquis beaucoup de célébrité par les ouvrages de Morison. Cette circonstance réveilla l'attention de Vallot ; il nomma pour successeur de Robin , Denis Jonquet , médecin qui cultivait des plant«sàSaint-Germain-des-Prés. Celui-ci fut secondé par Fagon , petit-neveu de Guy de La Brosse , qui ayant été élevé dans le Jardin, y avait puisé le goût de la botanique , et qui

l4 HISTOIRE DU MUSléUM.

afTectionnatt beaucoup le lieu où il avait passé son enfance. Ce jeune homme, devenu célèbre depuis , voyagea h ses frais dans plusieurs provinces de France , dans les Alpes et les Pyrénées , et fit passer au Jardin tout ce qu'il put recueillir.

On fit, en même temps, venir des plantes des pays étrangers ; et dès i665, le nombre des espèces cultivées, en y comprenant les variétés, se trouva de 4i000. Pour récompenser le zèle de Fagon , Valtot le nomma d'abord professeur de chimie , et ensuite professeur de botanique , à la mort de Jonquet, en 1671. Ainsi Fagon réunit les deux chaires de botanique et de chimie.

Gaston d'Orléans ne s'était point contenté de rassembler dans son Jardin de Blois, des plantes de tous les pays , et de confier à de savans botanistes le soin de les dédire, îl avait voulu faire peindre sur vélin les espèces les plus remarquables, et il avait chargé de ce travail le peintre Robert , l'homme de son temps le plus habile en ce genre. Après la mort de Gaston , en 1660, Colbert engagea le roi à acquérir ces peintures , et à attacher à son cabinet un peintre qui serait obligé d'en ajouter chaque année un certain nombre. Robert Sot nommé à cette place , et les ouvrages qu'il fit jusqu'à sa mort, arrivée en 1684, sont d'une vérité et d'un fini , qu'aucun de ses successeurs n'a pu surpasser.

PREMIERE ÉPOQUE. l5

Le même titre fut après lui domié à J, Joubert, peintre de paysage. Celui-ci n'avait pas le genre de talent qui convieni-à l'histoire naturelle , mais heureusement il se fit aider par Aubriet , dessinateur très-habile , qui fut d'abord attache au Jardin , et ensuite nommé son successeur.

C'est ainsi que s'est formée la magnifique collection de figures de plantes et d'animaux, qui fut d'abord déposée à la Bibliothèque du Roi , et qui est aujourd'hui la principale richesse de celle du Muséum.

Vallot étant mort en 167 1 , Colbert réunit la surintendance du Jardin à celte des bâtimens du Roi , dont il était pourvu , laissant au pf emier médecin le titre seul ^'intendant, avec la direction des cultures. Il fit rendre , au mois de décembre', une déclaaration du roi, qui réglait l'administration du Jardin , et il fit donner aux professeurs des brevets qui rendaient leurs places fixes. C'est de ce moment que l'établissement commença à prendre quelque importance : il eût pu s'accroître bien plus rapidement , si l'administrateur principal n'eût pas eu d'autre occupation.

D'Aquin, premier médecin du roi, et intendant du Jardin en 1672, ne favorisa que l'anatomie. Cette science fut enseignée avec le plus grand succès, surtout par le célèbre 6uichard-Joseph Du-

D.q,t,:9CbyGOC>^IC

, l6 HISTOIRE OU.MUSÉVM.

vemey, nommé professeur en 1679, dont les leçons attirèrent un grand nombre d'élèves.

Fagon,qui avait rempli pendantplusîeurs années les chaires de botanique et de chimie avec la plus grande supériorité , se trouvant chargé d'autres fonctions, crut devoir se faire remplacer, et désirant se nommer un successeur digne de lui , il fit venir du fond de la Provence Joseph Pitton de Toumefort, qui, n'ayant encore que vingt -six ans , annonçait déjà ce qu'il devait être un jour, et il lui transmit sa chaire de botanique en iG83. Dix ans après il fut nommé premier médecin :

cette place lui donna Tintendance du Jardin; et la ctHisidération dont il jouissait, fit rétablir en sa faveur le titre de surintendant.

Dès lors il lui fut facile d'obtenir les faveurs du gouvernement , pour l'établissement qu'il affectionnait , et pendant quinze ans qu'il en eut la di" rection tout reprit une nouvelle vie. Cette prospérité s'accroissant sans cesse serait parvenue au plus haut degré , si Fagon , réfléchissant qu'elle était due à son zèle et à ses lumières , eût craint que ses successeurs n'eussent pas les mêmes vues que lui , et s'il eût profité de son crédit pour faire donner au Jardin du Roi une administration stable, indépendante des caprices d'un chef.

Nous avons dit que Duvemey occupait la chaire d'anatomie, et Toumefortcelle debotanique. Ces

PB^ElwriîItE ÉPOQUE. 17

dçwt sciences Curenteriseignées avfic la plus grand écUt , et le nom des deux professeurs rë|Hndit du lustrç sur Tétablisseifient auquel Us étaient attachés. La réputation que Tournefort s'était promptçment acquise- par ses leçons , ymacrut encore ep 1693-, par la piiblica^on de sesÉl^meBS de botanique, 'qui, en présentant une méthode nouvelle pour k "classification des plahteit , donnaient à cette science une -base solide ,.,e.t en -rendaient rétude aussi' facile* qu'agréable.

Toiunefoïl fit plusieurs vsyages pour se profiter de» plà lU? au tev^nt a*- ' compagne du Itadié au Jardin, et qui devait' Sii0uvelles. pendant son abSf ^mpUe par son ■«ODifTère Morin. A sthi rejour e^ 1702, il întro^ ■ .duisit au Jardin beaucoup de plante^ inconnue?.* . jusqu'alors , et qui- sont aujourd'hui gén^lement cultivées cllez'les amafeurs. . . -

Tournefort mourut en i7o§,'eilaissaaaJarâin sa tollectioh d'histoire naturelle et so» httrbier. G^t herbier n'est pj!& nftmbreux en espèces, mais. il est précieux, en ce qu'il reirfefme lés plantes " reÂieîUies au Levant, et- indiquées, dans le Corollaire ^s Insdtutùmes reiherbar^fB (1). .

( 1) Le* iMfâuliDRCi ni htrbatiai lottt une tradnctiQD angmcDtée dea ËléDMDB de botanique, Tonmcfort lei pnbHb en tya*; toutea lei plantea y (oôt iodiquit^s dot ane pbrtM- !■« corvUtrium jt fut ajoùt't ■prti Ic'ieloni An voyage «alieTant.

iÇ ' HISTOIRE I>^ MVSÉTIH. ,

ÎDanty d'Isnarâ (ut fionifti^ à la place de professeur de botanique ; mais'^^anté ne lai permit pas de la conserver k)ng.-temps. L'académie dbs sciences' l'admit «n 17,16.

, FagcHi-, que Açs /uidions- de prehlîer médecin

retteaientà la cour, aurait pu, comme seS'prë-

décesseurs , placer au Jardin un intendant auquel

il aurait tiiansmis fiôn autorité ;'inaïs il jugrâ^qu-'il

valait beaucoup .mieux •confier tput simplement

la direction des ciiltâres à uiî homme instruit,

ei^ue rien ne ^s ^nt il serait

cîiarg& : il fit Vaiflanl^ qiii ,

. après avoir j le Tourrielbrt,

en 1691 , avai de chirurgien

à r]l<5tel-Die tmiquement de

l'étvde des plantes. Ce jeunt^omme surpassa leS-

espérances qu'on avait Conçues de loi , et s'acquit^

bientôt une réputation qui te fît entrer à l'acadé-

*■ ■ nne des^ciences. En 1708; Fagon le nomma sous-

démtms'trateut- pouc suppléer le professeuf en

...cas.d'atBOice j et pour conduire les élèves à*la-

tampa'g^e ^ et leur faire ctltmàître les plantes in-

'digcàes. n le chargea aussi d'actjuérir des objets

nouveaux poiir> le droguier . quj iEîjt Confié à ^

garde etidisposé pour l'instruction i 'et'il lui fit

accorder -des fo'nds ptiur la construction de deux

serres chaudes. '

Vaillant fit lin herbier très-conàdéra'ble et très-

PR£HIÈR1 lÉPOQUË. t(^

' biep saigné : chaque espèf:e étailTapportée àson -genre, et accompagnée d'one étiquette, quiconte- - itait les difiérens nonls pat lesquels la .planté avait été désignée , et l'indication du Uep ou récl)an-< tiltoiî avait été cueilli. Cet herbier dont le roi fit l'acquisition lorsque aillant mourut en 1722, a été disposé dans un ordre méthodique , et' fait encoceau^urcThuila base de l'herbier du31uséum. ' Ce qui doit surtout immortaliser le nom de Vailfont, (;'estiedisCours d'ouverture tpx'il pconoriça fen 1 7 18 , lorsqu'il fafc chargé de puppjéer . le ptqfefiseur de^otaoique alors absent Dans ce discours il démontre l'existence des deux sexes et le [^nomène de*la fécoodatioit dans les végétaux. Ainsi c'est au Jardin du Roi que cette grande dé- .'Couverté qu'oa avait seulement ap«fçuË , et qui n'était point .généralement adoptée , fut pour la prendère fois annoncée d'une manière positive , et appuyée de,preuvès incoatestableji.

Danty d'Isnard s'étant> démis de sa place de * . professeur, ïiprès avoir.fait un seul cours, Fagea, qui pendant 2 5 ans s'était applaudi du choix qu'à avait fait de Toumefort ^ cherchait k découvrir parmi I$8 él^es de ce grand maître, celui qui serait lé plus capable d'enseigner sa doctrine, et d'occuper dignëiOeAt là chaire qu'il avait illu^ trée. Un jeune honftne de Lyoci , qui après avoir étudié la médecine à Montpellier, était venu à ^.

20 BUSTOIRE DU HUS«UH.

Paris,» pour. se i>erfectioDDer dans l'étude des plantes isous le '{irofesseur dont U avait admiré W ouvrages ,~ lui parut à t<Ais é|;ards propre à remplir ses TUfls;^' était Antoine de Jussieu,dontlenom estdeveilusicélèbre par les progrès queiui-même, ses deux frères et son neveu ont fait faîne à-la botanique. Fagen ayant eu plusieurs occasions d,e ' s'entretenir aveé lui et d'apprécier son mérite ,. le choisit parmi tous les concurrens qui se prései^taient , 'et le noiAma.à la plate de professeur , en 1 70g , quoiqu'il ne fut âgé que de 23 ans. Antoine de Jus^ieu justifia bientôt ce chràx, par les ■ talens qu'il montra dans ses leçons, et par plu-r sieurs mémoires qui, en 1712, le firent admettre k l'académie des sciences. En. 1716, il alla parcourir l'Espflgne et te Portugal , et l'annéf sui- ■ vante , il en rappojia un grand nombre déplantes qui cnrHlùreni le Jardin. Soii-frère Bernard, âgé Ht 1 7 ans, l'accompagna dans ce vo];pgeyet prit dès • ■ lors la résuAution dçr^encef à ia. médecine, pour' se livrer uniquementà labotaiïique,à laquelle il îm|ni[nia jiaiïte la suite une nouvelle difçctiori. <le fut Antoine de Jussiey gui en 1720 remit au chevalier Beclieux, enseigne'deTaJsseau^un^iedjde café qui-, traiispqrté à la Martinique, y a produit t^us ceux qn'am cultive a\ix Antilles.

E^gon qui avait quitté sa diaire dé botanique ^ en i€83 s'était fait remplacer pebdaitt plusieuiï

b.Goc>^lc

PREMIEBE EPOQUE. Si

annêeà daiw celle de chimie par des professeur^ habites tels que Saiat-Yon , Louis Lemery , Berger et. Geoffroy : maïs ce derniet s'étant'fait une )graa(]e Féputation par ses leÇoiis, Fagoti pen^ qu'il ne saorail^ avoir un plus digne successeur',. et il lui céda entièrement sa place en 1712.

GeofTrgy eoseigna avec le plus grand succès la chimie et la matière médicale ; il était aidé par des démonstrateurs qui faisaient les e^ipériences chimiques et pharmaceutiques, et ces démonstrateurs. furent presque tous des sarans' distingués. Ce ne fut cependant qu'en 1 6^ que cette place de démonstrateur fut donnée h un professeur titulaire ; jusqu'alors elle avait été remplie par c«pimission. , . ,,

.Depuis i67qqueDurem'eyfutnoinniéàlapIace de professeur a anàtQpiie ,- «ette science continna d'être enseignée ani Jardin , Uen mieux qu'aliène' l'était partout aiÛenr^ en France ; et lés progrè* qirelle a faits sous les successeurs.de ce grand maître , sont la suite de la méthode qu^jl avait* introduis ,' et de Tenthousiasn^ qu'il avait excité par ses teçons. ■ ■• ■ - *

JFagfm jouissa^ du fruit de ses travaux. Les trois chaires ét^entoccup«es pardesliommescélèhr'es, , et lés démonstrateui^ qui les secondaietit, étaient èux-mém.ea des savans du plus grand mérite. On ... avait c^iratruit, à gaucbe de la porte d'entrée, un

b:GcX>^lC^

3fe HISTOIRE DU MUSEUM.

avphîthéâtre qui pouvait contenir six cents personnes, et qui «tait .presque toujours l^empli : la ■culture ^tait dii'ijée avec soin par Vaillant : onse procurait des j^Iantes par des correspondances èH l^merïque : le droguier coinincnçâit à Fenfermcr des choses intéressantes : plusieurs pièces d'ostéologie avaient été jointes à ta collection : Aubriet , qui , depuis près de quinze ans, ^vait succédé à Jouberl dans la place de peintre du cabinet, continuait à. dessiner des plantes et des animaux.

• Telle était la situation de .l'établissement à la mortide Louis XtV' en 17 15. Fagon, âgé et infirme , se démit de $a place dé premier médecin , qui fat donnée à Poirier, et U se retira au Jardin où ilavait pri^naissance^et oùilmourùteniyifi. Sa mémoire, dit M. dé Jussieu , sera toujours en vénération dans Fétablisseâient, auquel il prô- 'icura de noipbreuse» collections ^ des Iqcauï propres à lesVecevoir^ et à les conserver , et surtout des professctvs qui honorèrent leurs places.

Poirier , surintendant à la mort de Fagon , ne lui sur^'écut que {^e, quelques jours; Bodart lui s&cccda dans la place de premier médecin; mais radministiçatîon du Jardin, détachée de cette.place p'arune déclaration du roi ■de 1718, fiit doiMiéeà ■ t^rac, médecin du duc d'Orléans, ayec le titre d'intendant.

.Ghicac > uniquement occupé de la ^atique

;.C00t^lc"

PRiMlèRE ipOQVE. ' 33-

Ae )a mé4ccitie , ne pcenaU aucun intjérét pix. "sciences naturelle»; jl voulait cependant que riep jie fût fait que par ses- ordres , et que les professeurs fussent sous sa de'pendance et soumis à un règlement qu'il était impossible d'exécuter. Voyant enfin qu'il ne pouvait tout gouverner .{Kir lui-même, il,plaçaau {ardin, avac le titre d'inspecteur, un hommç.sans kiatïtiction, et qu'un orSre supérieur le ftfrça de 'renvoyer. Les correspondances fiM-ent entraTees, les cultures négliges , etleâfândà destinés pour rétablissement -détoivmés pOar - d'autres objets , sans qu'il en fût rendu aucun con^pte. Son crédit étant encore augmenté lorsque,' par la mort de Dodart, il devint premier médecjin, les professeurs ne purent faire entendre leui^ réclamations , et le Jardin tomba en. décadence, malgré les soins que se doa^ naient Antoine et Bernard de Jussieu , et les sacrifices qu'ils ne cessaient de faire pciH* 9e pro~ curer et les engrai* et les mstrumens de culture et tous les secours qu'on.leur redisait : leur zèle d^ plaisait mémç à Chirac. Bernard de Jussi,eu qui, en I ^22, avait succédé à Vaillant dans la place de sous-démonstrateur, et qui, en cette qualité^ faisait ]es herborisations à fa campagne et surveillait. ' lescultures, étaitaus^ chargé du soin du droguier, auquel oncommençait^à donner le nom de Cabinet d'histoire naturelle ? Chirac lui ôta.ccttc place.

34 * HIS»bll<E D.U MUSÉWM.

ÂidMÏet continuait à- travailUr pour la collection destélins; mais Vintendaat lui demandait de de»*' siner de pré^'érence lesptantes officinales ^isont genéraleiftènt connues.

L'e'pseignementderanfitonùeetceluideladiùmie ^Fouv^rent moins 4' obstacles, soit parce que toti't Seboinait à dea-leçons et n'exigeait pojpl de&ais,

, -soitparceqileChn'acfeisaitplus de casdecesscieri- , ces-que de^ autres parties de l'histoire naturelle. Duvèmey choisit pour'fîtire ses dtfmonstralioDS dfes coUabprateurs très-habiles, parmi lesqaek<il faut copnpter son frère 'Pierre Duvei^ey , et sfti» peveu Jâcques-François-Marie Duvemey ponr qui l'on créa dans la ^itc la place de-démonstraTeur , ef qui fut Iç maître .de Daubenton. Pendant les demièi^s atujéeè de sa vie ," se trouvant trop af-' Ûlbb prfur"cbntinuer son cours, -il se fit suppléer parWinslow son élève „ qui avait déjà beaucoup de.répiftatioh|Umouruten JySo, dans la qi»tre* vingt-deuxième année de son âge et la cinquante-

■ i^ème de son professorat. I^a voix publique ap.pelait Winslow î exercer co«inje titulaire les fonctions dans lesquelles .us' était distingué ceramé s^pjlé^t .: €(,68 circonstanciés .particulières luj firent préférer fiunaud son sélcye. Heureusement cet élève , dé}à membre de l'académie des sciences, joignait à beaucoup de savoir une grande facilité d'élocutîpn; il soMtjuitla t^éputation-de la

Cooi^lc

PHËMIKITE Éï'OQBE. ^

chaire d'aiîatomîe.du iar^n , et iiit constamment SHivi par uti grand nombre d'ëlèyes.

Geoffroy qui ens^nait la chimie depuis 1710, é^nt mort en 1731, sa chaire fat dbbnée à liiouis Lemery. Ce nouveau professeur répandit sur la sciiince-une clarté quelle n'avait pas eue encore, et rétendit au delà de la matière médicale à laquelle on la réduisait dans Tes cours.

Le professeur de chnnie s^adjoignit constamment an collaborateur chargé de faire les expériences et les préparations pharmaceutiques. Il est à remarquer- que' ceux qui remplirent cette fonction , soit pour l'anatomie , soit pour la chimie , furent presque tous membres de l'académie des sciences. Si^on Bou!duc,8avânt'trè&-distingué, fut le premier' qui eut le titre de démonstrateur. A- sa ram-t , en 1729-, sa chaire fut donnée à son fils Gilles-Fraiiçois Boulduc.

. Chirac étant mott en lySa , son gendre, Chicoisneau lui succéda dans la place dcpremier médecin; mais celle d'administrateur du JartMnda Rpi en'fut pour toujqurs. séparée. On reconnut alors la nécessité ^e laconfier à'un homme qui pût s'en occuper exclusivement. Le roi y nonnn^ avec le titre d'intendant, Charles-François de Cystemay duFa.y : et ce choix est la première cause -^ des progrès quel^tabHssement n'a cessé de faire' jusqu'à ftos jours.

jé niSTfriit% DU Mvs:éuH.

DuE^y était d^ùne^j^ieBoe famille i^uiavait fait prefession des armes dçpuis le XV* siècle. Smi père" et &<iix aïeul. aimaifnt Jes sciences, et ils en avaient inspifé le goût à leur fils. Le ie^e du f^y avait comme eun embrassé L'état militaire , £t S'était distingué dans laf guer£e vd'Ëspagne; mais ses momens de loisir étaient employés à Tétude de l'histoire naturelle , de la physique et de la chimie , et il les cultiva avec taôt de succès , qu'il fut reçu membre de l'acadétnie des sciences en 1 723. A ta pais il quitta le service , et sa nomination à la place d'intendant du Jardin mit le comble^ ses vœux. Il avait alors trente-cinq aas, et il Te'solut de consacrer sa vie'entière à relever et à faire fleufif rétablissement dont il était le chef.' Il, s'occupa d'abord .à réparer fes* désoi^ dres.produits par l'administration antérieure^ il porta sa principale attention sur la botanique , •et rendit à Bernard de Jussieu la place de garde du cabinet d'histoire naturelle; il obtint du minislre les fonds nécessaires pour réparer ce qui était tombé en ruine ; il fit .des' voyages eft Angleterre et en Hollande podr établir des correspondances et,pour enrichir Rétablissement; il rendit stable la [Hktee de^monstrateur d'anatomie en .,. "~y faisant nommer ,' comme titulaire , vtrs 1^36 , 3.-F.-M. Duvfemey , neveu du professeur; il fit transporter au cabinet des objets rares et utilra

byGoCt^lC

PREMIÈRE ÉPOqVe. 27

pour rinstruction , et il loi donna sa collection de pierres précieuses. En 1739, il fut atteint de la petite-Térole ; il jugea qu'il ne ^irvi^'^ait |foint à cette naaladie ; et voulant assurer la prospérité de rétablissement , et mettre le comble aux services qu'il avait rendus, il éciivit au ministre pour demander que'Buffon fût, son successeur.

■ DEU^CIÈME ÉPOQUE.

DEPUIS l'e>TRÉE de BCFFON An JARBIK DO «01 EN 1759, JVSQo'^ SA HOHT EN 1788.-

BvPPOH était connu par i^usïeurs Mémoires de -mathématiques, de physique et d'économie rurale, qui lui avaient ouvert l'entrée de Facadémie des sciences; mais il ne l'était pas comme naturaliste. Doué de cette capacité d'attention qui fait découvrir les rapports les plus éloignés, et de cette imaginationbrillantequiappelle l'attention desaûtressurlesrésultatsauxquelsonn'estsoi-mêmeparr ■ venu qu'à force de travail , il pouvait se distinguer ■ également dans tous les genres, maisilnes'étaitpss encore décidé sur- le choix de la science à laquelle il appliquerait la force de son esprit et les connaismptes exactes qu'il avait acquises . Sa nomination à la place d'intendant du Jardin du Roi, le déter- ~ nùna à s'attachera l'histoire natureUef et comme les progrès de cettfe;science tenaient àlajH'OSpérité de l'établissement tjui leur était consacré , il nût sa gloire à le rendre çft,tout d^g^e de sa destination. A mesure que sa réputation s'étendit, il

D4,t,:5CbyGOC>^iC

.•='^^yz^«^'(i^-/iî^r-(aji!^r.y5iï'-;e(^^:j<7 Ci(.">t.>'-ilc

|frofîta désavantagés que lui donnaient soa crédit è% sa cëlébrité pour enrichir le monument auquel il- avait lié son existence. C'est à liri,que le Jardin du. Roi doit ses accroîsseitiens jusqu'à la nouvelle organisation , et c'est à cause de l'étendue qu'il lui avait donnée et de la 'variété des objets qu'il y avait réunis , que cette nouvelle organisatipn est devenue nécessaire.

Lorsqu'on veut xonstruire un vaste palais., un seul architecte doi( en concevoir l'ensemble , en ordonner la distribution , en tracer le plan , en diriger les premiers travaux. Mais une fois que les fondemens sont jetés, il faut que d'habiles artistes soient Chargés chacun d'une parUe , qu'ils s'attachent à en perfectioimer les détails , et qu'ils se .. concertent entre eux pour .mettre de l'accord dans leurs opérations. L'attention du même individu ne saurait s»p(Hi:er à la fois sur plusieurs objets, et des choses essentielles seraient négligées pour d'autre^ qui le servent moins.

Si le Jardin etle cabinet du Roi doivent à Buffon la splendeur à laquelle ils sont parvenus, c'est à l'existence de ce magnifique établissement que • Buffon doit toute sa glojre. S'il n'eût été placé au ' centre descollccUonSjSilegouvemement ne luieût fourni le moyen de les augmenter, s'il n'eût pas été en relation avec tous les naturalistes , il n'aurait jamais conçu le plan de son Histoire naturelle, et

,:scbyG0C>^lc

reût-H.conçQ , il n'kiwait ^ l'êsécu|:er. Le gMi^ ,"

' qui petit seul ebibçatstt- à la fois un gifand nombi^e'

" de faitsjpoured tirer desceuclusion$g^nérales,se-

. .Eaitcoi^tinneUeraentespos^àrçrFeurs'it n'avaiti

m portée tous tes élémeps de ses spéculâtioiù.

- liorsque Buffpn,eritra au Jardin du Roi , le ca-

binçt consistait en jlëiix. petites salles, une antre

pièce renfermait des squelettes qu'on ne montrait

' pqjat au jJubUc ; les herbiers étaient dans ^appar-

- telnept du démonstrateur de botanîqup : le îàr<^n

, home à là hauteur de la pépinière àictuelle eu côte

du levapt, à celle des serres' du côté du nord, àcellè

■ ' des galeries d!bistoire naturelle du câté du tou-

• chairt , 'offrait encot-e des terrains Tagues; et l'on

' n'y voyait tii allées, ni plantations régulières. ^

Buffon donna ses .premiers soins à l'augmenta - .- tibn du cabinet.',, à l'agrandissement dU focal destiné à renfermer les colfections. Elles lurent disposées dans deujc grandes salles du bâtiment des .galeriesactuelles, qui était auparàvagt le logentent de l'intendant, et bientôt Tentrée en fut ouverte au public à des Jours déterminés.

H s'oc^opa ensuitC'de l'embellissemant da jardin. Après avoir fait abattre ilne allée ancienne , tracée dans la longueùr'Ai terraiir des cultures, et qui ne répondait pas à la po^e principale , il^ laremplaça,eni74t>, pàrUneallée^e tilleuls,-dans ^ la direction convenaMe ,- et il fit planter ùneallée

, I*Brallè]e^ (l'autre tôté da ijacterre. CeaaDées; qui existent depais quati-e-vingta anï, se terminent * vei-s rextrémité de la pépinière , et marquent les" limita du jardin à cette époque.' Elles ont été prolongées ensuite lonqu'pn a, acquis de nouveasx terrains. ■ ' • . .

r Depuis quç lagtiiHle'dqcabinet araitété midue à Bernard de JussieUT il n'avaij pas discontinué de, donner ses soins à l'an'angement et h la conser^'â' . tioii des objets. L'étendue de ses connaissances, et ta faculté quMl avait de saisir les rappoiiset déclassée les êtres dans l'ordi'e le plus naturel, le rendaient fociçropreà remplir eeUetâche devenue plus dif-

. ficile par l'accroissement de la collection ;mais détourné par d'autre! travaux^et ne demeurant point au Jardin.il témoi^à le désir d'être remplacé dans une fonttion.qui- exigeait beaucoup ;d'activit^ et, une' assiduité de tous les moqgfns. Buffon sentait de son côté qu'il avak befsoin d'être aidé dans ses recherches, d'histoit-e patureile gar nnhommÊqui eûtencore toute ta vigueur de la jeunesse , et qui possédât au plus haut 4egré l'esprit de méthode et lé faleat de réservation. J^oué de cette force de' génie qui saisit les tr^ixs principaux des objets et les reproduit dans dcf magnifique^ tebleanx, il .

, n'avait ni le temps ni' 1^ patience nécessaires pour' examiner les détails , et sa VueVassez faible , ne le - Idl perme^ii même pas.. '

;XlOC>^IC

33 HISTOIftE SU HUSEVM. -

Il jet^.les^eux sur soo compatriote fiaobenton . » cpji avait' alors yingt-neiif ans , et qui , après arroir étudiiS I4 -botanique sOns les Jos^eu, .l'unatoinië cous WînsloV et Duypmey .s'était retirée Mo'ntbard,.l}eu de sa naissance , poar. y exercer la më- ' 4eciiie. ,

H'ie fît venir à Paris, cet Uiiproèura^ en 1745, . la place de garde* et de .démonstrateur du cabinet , avec un Ipgepient ap Jardin et des, appointeiïijens aui, de 5eo francs, furent bieittftfporfis à 4,ooo. 11 ie chargea de rarrangetnent du cabinet , et se'' Tassocia' pour la partie, descriptive de soo Histoire naturelle , et surtout pour ranatomie. .

■En publiait, çnj749,le6 |ffemiers volumes de son Histoire natiurelle Qui jattirèTent l'attention de r£urope,BuffonfîtQta appela tons lés naturalistes qu'il invitait à luisnvoye&ce qu'ils auraient trouve. de plus'^emarquaUe. ,11 déposait au c^binelrce qu'il recevait ; Daubenton lemettait en ordre; et bientôt le local .devint trop resselré pour coptenirtant de richesse^. Buffon, quiavait déjà sacrifia - une partie de spn logement, crut devoir Tabandonner eh entier, et, en 1766, il tnui^ppfta son domicile rue des Fossés-Saint-'Victor, n" 1 3. Alors la. collection fut disposée dans quatre grandes salles, qui ont formé seules le cabinet jusqu'à la nouvelle organisation. Les deux pravaière» salles furent destinées aux animajix; Jî^ troî^^e au^

CooqIc

DEUXIÈME ÉPOQDK. 33

naineruix; la quatrième aux herbiers, à l^ocÎMi droguicr et aux divers produits du rè^ne végétal (i). Ces s^les furent ouvertes au puUtc deux jours de ia semaine , et les élèves eurent âe»heures réservées pour l'étude. Daubenton , présent aux séances, donnait les éclaircissemens qui lui étaient demandés, et souvent des naturalistes élraneerè venaient le trouver pour s'instruire auprès de lui. ^11 p e le soin mi-

nutieij les objets, et

celai c se livraient à

1 ' étudi tt ; mais bien-

tôt le ;vint si consi-

dérable , qu'il lui fut impossible d'y suaire. Buffon, qui reconnut la nécessité de lui donner un adjoint, obtint du ministre la création d'une place de sousdémonstrateur, et il y fit nommer Daubenton le jeune , cousin du précédent, auquel on assura un traitement de 3,400 livres, avec un logement audessiâ des salles du cabinet.

Tandis que lescollectionss'accroissaient d'année en année , soit par les envois des naturalistes et des voyageurs, soit par les acquisitions que le roi faisait à la sollicitation de Buffon, Tenseigne-

(1) Iiea i^clettes continoèreDt de rester <lai]i na apfiarUBieiit isolé : comme l'atiitomifi ntmiftiée D'occnpait alon qu'ua tièa-petit nombre de UTana, on oe metUlf point eo évidence dea objeli qai ne piraii- •aient pt* propi«* k eicilcT la cnriMité.

34 HISTOIHK DV MUS:ÉUH.

ment était ^uîtî avec beaucoap d'activité ;' non qu^ Buffon attachât la même importance k toutes tes partiesTipai» parce qu'elles étaient professées par deshomiaw habiles^t qui saTaientfaire eux-mêmes dessacriticespourUprospérité de rétablissement;

Antoine de Jussieu, qui professait ta botuiique depuis i7io,neser»idait pas seulement utile par ses levons. Il envoyait à ses frais des jeunes gens parcourir les provinces pour y recueillir des graines et i^s plantes dont il euridiissait le Jardin. U ^e composa one bibliothèque dliistoire naturelle , et il forma un- herbier c<BKidërable , qin ont facilité à son frère et à son neveu les moyens de se distinguer dans la botanique , et qui onttoujours été au service de ceux qui eultivent cette science , comme s'ils avaient appartenu au gouTertiemen^ ; avec cet avantage que les pqsses5eurs.ne leur ont lamais; refiâé des instructions et des explicatians.

En 175&, la chaire vacante par la mort «^Ântoine de Jussieu , fut donnée à Louis-Guillaume Lemoonier, membre de Facadémie. des sciences, et ipédecin en chef de l'armée qu'on avait envoyée en Aâiemagne. Comme Eemard de Jussieu son ancien maître , Lemonnier aimait la ^iëoce pour elle-même , et il en inspirait le goût à ceux qui s'entretenaient aveciui. En ly'^o, il fut nommé premier médecin ordinaire du roi, et cette charge l'obligeant de résider à Versailles, il se- fit

IzscbyGOOj^lC

DEUXiiHE éPOQVK. 35

wppléer au Jardin par M. Antoine-Laurent de Jiissieu, le professeur actuel ,. neveu de Bernard. Mais pendant tonte 'sa vie il employa ses momens de loisir à cultiver des plantes et 'd«6 arb^-es , 'qu'il faisait venir à ses frais des pays étrangers pour les propager dans sa patrie. Lorsque dans un âge avancé, la révolution lui'enleva ses places et sa foitunç , il trouva dans son. occupation favorite une source mépuisable de consolations et de jouissancts.

. Bernard de Jussieu avait d'abord 'dirigé seul toutes les cultures ; maiç le nombre des plantes qui exigent des soios particuliers, augmentant tous les jours , il forma un jardinier, nommé Bertamboise , qui mérita'bientôt toute sa confiance. Celui-ci étant mort en 1 745, Buffon le remplaça par Jean-André lliouin , jardinier k Stord, près Tlle- Adam , qui se distingua dans cet emploi par son zèl& et ses connaissances , et qui fut le cbef de la f^mijle Revenue depuis si recommandable par les ^eOiicea quVUe a rendus à tous les établissemens consacrés^ la culture des végétaux , et particulièrement au Jardin duRoi.

Le jardinier en chef Thooin étant mort en 1 768, Bernard dé Jussien ne crut mieux pouvoir réparer CQtte perte qu'en faisant nommer à sa place son fils André Thouin, alors âgé de vingt ans.. Ce jeune homme, élevé dans le Jardin, au milieu des végé-

36 HISTOIB^DU BiuséuM.

taux de tous les pays, instruit parles leçons des grands maîtres et passionné pourlVtude , acquit Uentôtles connaissances étendues et positives qui rpnt fait entrer à l'académie des sciences, et Font' foit nommer ensuite ila place de prtrfesseur de culture qu'il occupe aujourd'hui. Ce fut parles soins .réunis du professeur , du démonstrateur et du jeune jardinier, que .la collection de végétaux vivans devint en peu de temps plus nombreuse et plus intéressante qu'on n'avait oser respérer;car l'intendant, continuellement occupé du cabinet qu'il avjiit créé, donnait moins d'attention aux autres paliiBs àt l'établissement.

Nous verrons bientôt que les sollicitations de M. Antoine-Laurent de. Jussieu le déterminèrent à porter ses vues sur la botanique, pour laquelle le Jardin avait d'abord été destiné , et que, lors* qu'en 1773, il résolut de donner à rétablissmqent. dontil était le chef toute l'étendue et toute la.régularité possible , ce fut par l'école de botai^que qu'il commença Fexécutioa de son plan : n^gis avant de parler de ce qui fut entrepris après 1772,' revenons sur l'enseignement de la chimie «t de l'anatomie depuis 173g jusqu'à cette époque^

Boulduc, démonstrateur dechinfte,qui avait suc* cédé à son père en 1 729, étant mort en 1742 , sa chaire 'fut doimée à Guillaume-François Rouelle^ dont la réputation était déjà établie par des cours

D.q,t,:9CbyGOOgfC

DEUXliME EPOQUE. ^7

particulier et par des Mémoires qui , deux ans après., le. firent entrer i Facadémie des sciences. Rouelle avait au plus haat degré la passion de la .chiinie ; son. esprit, avide de dëconvertes, ne la considérait point comme l'art d'opérer des transformations singulières , ou de faire des préparations pharmaceutiques , mais comme an moyen de pénétrei' les secrets de la nature et les lois de la composition des corps. Egalement ennemi des propriétés occultes , des explications vagues et du langage obscur des ancien» chimistes , il était attaché à la doctrine de Stahl,qui, reposant suc des observations incomplètes, avait cependant l'avantage de coordonner les faits, et de ramener It un phém>inène principal, tous les phénomènes secondaires. Cette théorie .magnifique avait, depuis quelques années, donné une nouvelle direction à la chimie , njais elle n'était connue en France que 4fc quelques savans, et elle avait encore de nom- Iffeux adversaires. Rouellela professa de manière à la faire généralement connaître. Il appelait d'abord l'attention par des expériences surprenantes , et s'élevait ensuite à des vues générales. Son élocutionétaitsouventincorrecte et familière, mais tQujoui;» animée et pittores^e , et-l'cntiiou- ' siasme dont il était transporté se comihuniquait à ses auditeur»; Sesleçons,'en inspirant le goât de la (^imie, firent adopter les idées de Stahl, con^mc

iS HISTOIBB DV HCtSÉUH.

celles de Fourcroy répandirent ensuite (es principes de Lavoisier . et la nodirelle nomenâ^ture.

Lorsqu'en 1768, le dërangement de sa atçté l'obligea de 'discontinuer son cours, il se Ht remplacer par son frère, qui devint tiUilaire en 177,0. Celui-ci n'avait pas 4e même le talent de Irappwr riraaginatioD de ses auditeurs ; mais comme il connaissait à fond tous les procédés chimiques , il rendait ses leçons intéressantes par le choix des eipériences.

Tandis que .Rouelle répandait de nouvelles idée^ , Bqurdelin continuait à enseigner la doctrine de -Jjemery , auquel il avait succédé en J743 : il en ràulta la discordance la plus choquante entre les leçons du professeur et celles du démonstrateur., d'autant plus que celui-ci déclamait avec véhémence contre les opinions qu'il n'admettait pas. Mais Bourdelin , homme d'un eeprlt. droit et ^'un caractère paisible, 4t d'aîHeurs 'éatièrement ^livré à la pratique de la médecine, ne ./ut ni blessé dés attaques de son collègue ni jaloux de ses succès. 11 reconnaissait la supériorité de la nouvelle théorie , quoiqi^il . n'eût plus le teuips de l'étudier askez pour l'exposer lui-jnéme i et lorsque son' grand âge l'empêcha de Cbntinucr sas leçons en 1770, il se &t wppléerpar Hacquer, l'élève de Rouelle, dont nous aw'Otts bientôt occasion de pa^ltr.

DEUXIÈME. KPOQUE. Sg

Fondant les premières années de son séjour au Jbffdin> Buffon eut le chagrin de perdre plusietvs des professeurs qu'il y avait trourés. Sa recqiinaissant les services qu'ils araient renduf et qui ne doivent jamais être oubliés, il s'attacha à l»s remplacer par des hommes capables de donner un nouveau lustre à rétablissement. Hunaud ayant été enlevé aux sciences la même année que Boulduc, 6ft place fut donnée à Winslow, If plus .célèbre anatomiste de .l'Europe, Comme Cflle de Boulduc Tavait é^ à Rouelle. Winslow, ava^t pendant long-temps , fait les leçons pour Duvemey , dont il aurait dû être, le uiccesseur immédiat Quoique âgé de soixante-quatorze ans , il reprit sjes anciennes fonctions et les remplit avec le même zèle que dans sa jeunesse. 11 se trouvait heureux de se voir entouré de nombreux élèves qui récoutaknt avec le respect dû à âon âge et l'admiradon qu'inspirait son génie. Mais après huit ans d'exvcice il seqtit le besoin du repos, et demanda un adjoint. Sa survivance fut donnée à Ferrein, déjà membre de l'académie et professeur au,col~ l^ge dé France.

Ferrein, devenu titulaire à la mort de Winslow en 1760, continua de remfjir avec distinction la chaire d'anatomie. Sur la fin de sa vie, il se fit remplacer par M- Portai ,.alors fort.jeune , mais déjà connu très-avantageusement par des

4o filSTOIBB DV MUSEUM.

cours particuliers. II mourut en 1 769, et sa place fut donnée à Autoine' Pedt, qui avait une grantfe réputation comme médecin , comme anatomiste , et surtout comme professeur. Cette réputation s'accrut encore par la manière brillante dont il fît soiv cours au Jardin. Non-seulement les élorea en médecine , mais les gens du monde accouraient à ses leçons , et l'amphith^tce ne pouvait contenir tous ceux qui s'y rendaient. Il savait répandre de l'inte'rèt sur les matières les plus arides , et ceuiB qui- rpnt entendu il y a cinquante ans , conservent encu-e le souvenir de son éloquence.

L'établissement perdit.cn 1743 le peintre Aubriet, qui avait accompagné Toumefort dans ses voyages et qui était le plus ancien des habitans du Jardin. Ses dessins sont ti;ès- nombreux dans la collection des vélins; ils n'ont pas le fini de ceux'de Robert, mais ib sont d'une grande exactitude, et rendent parfaitement le port des plantes. l)ans lés dernières années de sa vie, il se fîtfre'mplacerparmademoiselleBasseporte, qui eut après lui'le même titre et le même emploi.

Boffon était parvenu au plus haut degré de sa gloire ; ses ouvragés, en le plaçant au premier rmg parmi les écrivains de son siècle , avaient répandu partout le goût de l'histoire naturelle , et les collections qu'il avait formées facilitaient l'étude de cotte science. Il jouissait dans les pays étrangers

SEVXIÈME ÉPOQ.VE. ^i

de la plus grande considératioit^ et tous ceux qui faisaient quelques découvertes ou quelques obseiTAtions nouvelles , s'empressaient de le$ communiquer à l'homme de génie qui pouvait en les . citant leu^ assurer une fiorte d'immortalité.

Le moment était arrivé où il pouvait réaliser des projets qu'il avait long-temps médités pour en préparer plus sûrement l'ei^écutionriorsqu'çn 1771, il fut atteint d'une maladie très~grave et qui causa les plus, vives inquiétudes. Pendant sa convalescence, it apprit que M. le comte d*Ângiviller avait obtenu du ministre la survivance de sa place d'intendant du J^rtËii) et il en fut extrêmement blessé. Mais M. d'Angiviller se conduisit de manière k regagner son amitié. Comme , en sa qualité de directeur des bâtimens du roi et de chef des académies de peinture et de sculpture , il était chargé de désigiier aux artistes les ^ands hommes dont ils devaient exécuter les statues en marbre pour le~compte du gouvernement , il demanda au rôi la permission d'en ériger une à Buffon. C'était la distinction la plus flatteuse qu'il fût possible d'accorder à un homme vivant, junsqu'elle avait jusqu'alors" éfeé-réSérvée à honorer après leur mort ceux qui avaieçt rendu les {dus éminens services à leur patrie-; mais le Roi, per- . suadé que le jugemeilt unanime des (Contemporains était le présage de celui.de la postérité', accueillit

42 HISTOIRE OU MITSiCH.

1^ proposition d^Jtt. d'Angiviller, et le célèbre Pajou iiit chargé de l'exécatloo de la statue qui, lerminée en 1776, liit placée daBsTescalier des salles da cabinet. On la voit ai^iird^hai dans la bibliothèque du Muaéum. '

' i^ saoté de BufToa ayant é^ parfaitement xétablie au commencenient de Tannée 1772, il ré,sotut de venir de nouveau se fa>ger au Jardin, et d'employer «m crédit à donner à cet établissement l'étendue etle lustre dont il ét^it su^eptible. - £h conséquence il At acquérir par le gouvernemeut deux maison» voisines du Cabinet , qui forent réunies aq. Jardin , et dont on forma le logement nommé l'intendance, où il transporta son - domicile. Le premier étage fut arrangé pour foi^ nier son appartement, et les étages sui>t'iieurs furent destinés pour le dépôt de$ obi<!Li ima encore placés dqns les salles Ai. Cabinut.

La. rentrée de Buffon au Jardin est une époque très-Eemarquable. En effet , c'e^t de ce moment que totit prit un- accroissement rapide, et que ftirent préparées les améliprations qui ont eu lieu depuis l'organisation nouvelle.

Pour faire connaître leS services que Buffon rendit à l'établiKement pendant les seize ans qu'il l'feufencbresousfa direction', il faut les considérer sous trois points de vue : les constructions, les collections, et Renseignement.

D.q,t,:9CbyGO.OglC

JIEVXlifHE é^OQ0E. , 43

VéctÀe de botanique ëtaît en,core la m^e que du-temf» de Tou,raefort. Les arbres étaient séparés des herbes, et piantës à unegrande distance près de l'eadroit où est maint^iuuit un café. L'es-' pace qui se teiminait à rextrémité des -serres actuelles, était tellement insuffisant, qu'il fatloil cultiTCr une partie des plantes , soit hors de IMcole , soit dans'les endi'oits où l'on trouvait une place vide , sans aucun égard k leur classification ou à leurs rapports naturels,, et que le professeor était souvent obligé d'aller les démontrer dans une autre partie dû Jardin. Le terrain était d'ailleurs épuisé , et le« plantes délicates ne pouvaient s'y conserver qu'i force de soin^. Buffon cédant avx soUicitalàons réitérées de M. de Jus- ,. sieu , exposa au ministre , le duc de la Vrilli^A, ' les besoins du Jardin, et il' en obtint ep 1778 une sorâme de 3€,ooo liv. qui fut destinée au renouvellement de l'école de botanique.

On traça des platë^-baades , on fit défoilcer les terrains, et les plantes Wées en automme avec les précaaticas convenables, furent, à la fin de l'hiver , trahsydantées dans le lieu qu'elle devaient occuper. M. de Jussieu profita de cetHb circonstance pour les disposer suivant une méthode nouvelle qui conserve mieux que toutes les autres l'es rapporte naturels, et dont son oncle Bernard avait eo la première idé«, lorsque quinze

D,„„:.ob.Googlcï;

44 BlâTQII^E DU HUSETJH.

ansauparavantilai^itarrangéle jardin de Trianon,

On substitua à la nomenclatitf-e de ToUmefort celte de Linné , plus commode et défà généralement reçue dans toute l'Europe , et renseignement de la botanique put dès lors être fait d'une iTiamère régulière. BufTon fit entourer il'une grille de fer l'école et l'orangerie ; il fit démolir un bâtiment qui avait été commencé pour fjtire une* serre au coin de Torangerie , mais dont la construction ne répondait point au but qu'on s'était proposé , et il en conserva seulement la portion qui soutenait la. terrasse de la serre supérieure , sous laquelle on pratiqua .des abris ptyir quelques plantes délicates. Avec les débris de ce bâtiment et les mauvaises terres retirées ' de l'école , on forma la pente douce qui cgnduit des allées mférieures au terrain des buttes, et cette montée fut garnie des deux côtés d'un talus, planté en ormille , et d'une rampe en fer. , - .

Quelques années après. Buffon «itreprit de prolonger le Jardin et de doubler son étendue en j réunissant tous les terrains qui le sé|>araient de Jk Seine , et en faisant disparaître les maisons trop rapprochées de l'intendance et de la grande allée méridionale.' Cet espace occupé , par des plantes potagères appartenait presque en. totalité aux religieux dftl'abbaye de Saint-Victor. QuelqueMchan-

,:.cb.Gc\c>^lc

DEUXIÈME àpoqvK. ' /^S

tiers voisins du. quai étaient une propriété municipale , qae la fille lafiait à des marchands de bois de conetràçtiQn. ^s aduiinistratei^rs municipaux conseiU* ' " * " "uffon ; mais les

religiei s propriétés de

Tabbayi cet obstacle, et

voici Cl

li y a lerard et la rue

Poliveau , un vaste .«Dclos dont les maisons et les jardins traversés par la rivière de Bièvre , formaient un domaine appartenant k un seul propriétaire. BuffonTacheta au mois d'octobre 1779» ■ pouï lasomme dé 142,000 livres. Ensuite il propbsa aux cKahoines de Saint- Victor d'échanger leur terrain contre^d'auti-es de valeui- égale , pris dans l'enclos qu'il venait d'acquérir ; et, après s'être assuré de leur consentement, il 'leur fit accorder l^utofisation'de cet é^^uftige.

Lorsqu'il fut ainsi propriétaire de l'espace qu'il désirait re'unir au Jardin, il obtint du roi qu'il voulût bien en faire l'acquisition , et après avoir inllemnisé les locataires, il commença les travaux en 1782. Ilfit d'abord démolir Wlnaisons qui gênaient la-régulànté de son plan, etil employa les matériaiïxàconstruire une rue parallèleàla grande allée qui termine le jardin du côté du midi.

Les habîtans du quartier donnèrent à cette rue le nom deVwe de Buffon , qui loi fut confit-mé par

..Coogic

46 HISTOIKK'DtJ MVSÉDM.

le corps mimicipalCh) éleva miniur en pierre de taille pouv soutenir les terréâ dans la partie da jardin qui est 2\i-d,esàu8 du niveau de la me ; le reste an fut séparé par une grille de fer qui permet "à.la vue de s'étendre sur les propriétés . voisines. ■' '■

Les Jimi^s du Jardin étant ainsi detenhioées, on prolongea ju^u'à la rivière les deux allées principales , et on en fonpa dtuz autres parallèles le long des clôtures. Celle oui borde ta rue de fiuffon resta sans plantation? du côté du raidi pour que les cultures ne fusseot.pas trop ombragées : Tallée correspondante , dirigée du bas de ta petite butte au quai, fut plantée en marronîers d'Indè; le mur de terrasse qui liiomaîtje Jar^dio^aii levant fut abattu, et l'on agrandit ainsi l'école et la- pépinière.

£ntre les deu^t i^emières allées, çn côns'tniisît un vas(e bassin carré , creusé jusqu'au niveau -de la Seine qui devait lui fournir des eafix par infiltration , et dont tes côtés furent plantés de divers arbrisseaux. Un parterre destiné-à la conserratiDn et à la propagation des plantes de pleine terre les plus intéressantes , occupa l'espace qui s'^t^dait entre ce bassin et le quai.

A chacun des.deux côtés du jardinet lelongdeft mêmes allées, on pratiqua quatre grands carrés ferniés par des treillages. Ceux qui avoisioent la

D„l,:5CbyGOC>^lC

DEUXliME*.£tOQum . 4?

rue de Bufibo furent-plantes en quinconce , def arbres des quatre saisons ; ceux qui font suite |i TËcole de botaniqq^ furent destinés, le premier » (Hie école d'aiin-es fruitiers, le second au semis des plantes économiques ; lès deux derniers, qm sontac^durd'hui une école de culture, furent pour le marnent dispose's en supplément de pépinière. Des allée^ transversales, formées chacune' d'une espèce particaKère d*arbres , séparèrent ces différens carr^.

Une entreprise aussi vastedans son ensemble, aussi compliquée dans ses * détails , ayart paru d'abi^d exiger beau^oup^de temps ; mais que n^ peut Tesprit d'ordre réuni à l'actiTité ! .Quand Buffop eut arrêté son plan , M. Thouin voulut Wen se i^ai'ger senl de sirreiller et de conduire des travaux (]w s*e:técut^eiit à k fois dans toutes les parties -, il diri^a l'emploi, del terres et les plantatioi^ , 11 fil mTeler le local , creuser les bassins , bâtir les nntr» d'enceinte , construire la terrasséj(51eTée le ltm% in qoai, et tout fut ter- Tftiné en 1784. -■ ' - "■ ,

. Cependan^ie Jàr^n ne s'étendait ^oint du câta du nord au delà de Técole de botanique et de la petite butte plantée d'arbres verts, le terrain situé vi«-à-vi» de l'énitrée 'de l'école à l'eïtrlémité dp l'aHée des marroniers^ appartenant ^ une compa- pnivqui ^oii^it y élever des bâtimens, Bufftw

;.CiOOt^lC

48 BIfiTOIH£ |PU HUSéUM.

détermina le gouverqevent à l'acheter. Comme ce lo«;al , plus bas que le jardin et bordé de terrasses, était abrité da nord et de Touest, on y transporta les couches destinées aux seipis, etikt ^Iture des plantes qui exigent beaucoup de sohis^ et l'on pratiqua sous l'allée des marroniers qui le sépare de l'école , un passage voûté pour faciliter iA communication de I'uh à l'autre. '

Cette construction ayant été terminée ep 1786, la terrasse sur laquelle on avait étatdi les couches en 1774 s* trouva libre , et elle fut destinée àl'emplaoement d'une serre faite deux ans après^etqiù porte le nom de Serre Buffitit.

Le Jardin avait été doublé par les nouvelles ac-^ 'quisitions , et rordomiance en était magnifique ; on avait tout ce qu'on pouvait désirer po^gr la cultnre et l'étude des végétaux , mais sa n'enfantait que mieux ce qui manquait pour les autres branches de l'histoire naturelle. Le cabkiet ne se trouvait plus assez ^rand pour le? richesses qu'on avait reçues, et Famphithéâtre situé au fond delà pour, sur une rue trè^passag^re , était incommode et beaucoup trop étroit pour contenir les élèves qui se rendaient aux divers cours. Toutes les parties du Jardin ayant une destination spéciale , il était indispensable de se procurer un nouveau locale ■C'est ce qui eut lieu en 1787 par l'acrjuisition dti l'hôtel de Magny , anciennement hôtel de Vau-

( DEUXIÈATÏ ÉP04^VE. 49

vray' que-le roi réunit à l'ëtablissMnent, d'après la deioandc de Buffon. -..-'•

}' Cethâtel,accompïtgn^de cours et de jardins, ' était placé dans l'alignement du mur extédeur des couches, entre la petite butte et la rue de Seine. Sitôt que Buffon Teut à sa disposition, ilfit construire au fond do jardin le vaste amphithéâtre qui sert aujourd'hui pour les Teçons, et pour les travaux de la chimie ; il ti^nsporta dans les appartemens de Phdtel-le logement de MM. Daiibèntoa et de Lacépède , et le second étage du cabinet étant ainsi deVfeou libre', U le fît arranger de manière qu'on pût y .placer des collections.' Enfin fl obtint du ministre l'autorisation, d'ajouter, à la suite des salles d'histoire naturelle , un bâtiment * neuf, de aiTéaiî avec l'ancien , et dont chacun, des -dftux étages auraft cinq croisées de face. Ces constructions furent commencées sur-le-champ et continuées avec.açtÏTité ; niais elles n'ont été terminées qu'ajjfès la mort de Buffon.

' .A m^ure que le loc^ devint plus étendu , et que lee objets qu'ânavait déjà réunis s'y trouvèrent' disposés de manière à frapper les regards j on af-^ J^cba pltH de prix aux collections, et celle du Jar- . dm du Roi acquit de ta célébrité. Alors plusieurs 4>articuliers ofî&irent au cabinet des -objets qu'ils aimèrent mjeuxy voir avec le noni'.du donateur que de les posséder chez eux; des sociétés savantes '

izJb'GoogIc

5o HlSTpiltE 'BV HVsivM. >

crurent travailler pour Iç progrès des codnaîssaAces eu enrichissant un dépôt public, et des soa- - Tcrains voulant l^ire an- Roi Mil présent qui lui fât agréable, envoyèrent à sbn cabinet les doubles de ce qui se.trouVait dans le leur.

Ainsi, l'académie des sciences ayant acquis )k collection d^anatomie de Hunaud , la remit au Jardin pour être jointe à celle' de Duvemey : le comte d'Angiviller offrit à Buffon sog cabinet particulier : les missionnaires établis k la Chine firent parvenir à iBuffon ce qu'ils purent se pro-. i^urer de plus curieux dan^un paytf ou ils avaient «euls le droit de pénétrer : le roi de Pologne envoya une.coHection de minéralogie très-considé- '■* rable : énfin>rimp^ratrice de Kus^e ne pouvïmt ; le voyage de Saint-Péla son fils ; et au retour lui fit présent de cpielmanquaieitt au cabinet, et de divers objefs d'bist«iré naturelle i-ecoeillis dans ses vast^ états. i "

LegouvemementnenégligeariennonpliHpour ^'ccroitre les'trésors d'un monument oui contribuait à la gloire' nationale ; on ajouta Ses fonds extraordinaires à ceux qui étaient destinés à l'en- '■ tretienî et c^s fonds furent mis 'à la disposition, de M, Daubenton , afin qu'il, pût se procurer et- " leç objets les plus intéressans par leurrareté , et

DÈUXiÈHE ÉPOQUE. 5l

ceux qufl jugerait utiles pourlldtude : on fit tenir des arbres étrangers. Le cabinet s'enrichit encore de la collection de zoologie que Sonnerai arait faite dans l'Inde ; de cellle que Commerson ayait faite dans son voyage autour du monde avec Bougainville ; enfin, de celle que Domfoey ^ait rapportée du Pérou et di\ Chili. '*

Buffon fit donner des brevets de correspondant du Jardin, avec une pension, à des voyageurs instruits qui 'S'engageaient à faire des envols pour le jardin et pour le cabinet. "

Cependant nous devons à la vérité de l'histoire , de dire que ces collections ne furent point dans lè> moment fort utiles pour l'étude , et que.c'dfet seulement plus tard et depuis la nouveDe organisa- * tion qu'on en a reconnu l'importance , et qu'elles ont été appropriées àJeur véritable destination. Buffon n'stait point partisan des m^tho^es; il peigi^it les animaux de manière à faire comi<dtre leur forme extérieure, leur physiopomie, leurs habitudes; il s'élevait ensuite A des considérations générales , mais il n'aimait point à s'oçcupei* de la subordiÀtion de6 caractèi^s'distinctifs et de& ■ principes' de classification. Il i»)ulait que le cabi-net eûtde l'éclal, qqela curiosité y fût exciiée par les contrastes, qu'il présentât comm^ seff écrits un tableau de ce que \i nature offre de plus remarquable, indépendamment des méthodes, qui ;.■ ■ ■ '. 4-

52 HISÏOIB^ DU HUSéUH.

sonM^ftuTrage de l'hônune. Cette mani^nÉ de Voir avait quél(|oe choa^de séduisant' [kouT On génie qiû se )>laisait à envisager l'ensemble d^ choses. £i) effet, dans la nature , où tAi paraît en harmonie, les êtres les plus divers sopt placés les uns à côté des autrty, et l'esprit saisit à la'fois et les rapports ^ doivent lesunii^et les c^ctères qui les dis* tinguentt

Selon Buffon, le bi^t d'une collection générale était atteint lorsqu'elle capâvait l'attention, lorsqu'elle déterminait à chercher dans la nature ce dont on n'avait vn que des^ptages : on s'exerçait «même en démêlant au milieu d'une foule d'objets cauiqui étaieht- relatifs à*!' étude à laquelle

' on se livrait. Ndus ne prétendons point défendre ce système : il ne serait plus admissible aujourd'hui que nous avons assez d'objets pour former des séries , assez de place pour les développer , «t que chaame c^ parties de^l'faistoire naturelle est étudiée spécialemenf ; il conduisait à négliger ^ -qui n'offrait. pas d'intérêt aws. yeux du pudIïc. Lorsqu'on recevait un elivoi , on ejioïù^ait

>. les objets^ les plu remarquables pourreinplir les placesvides, là rest^étaitconservé dans des caisses. Daubetfton avait fait le sîjuelette de tous les qua- ' driipèiies qù^il avait. pu ce ptocui^r, et ces squelettes étaient entassés dans une salle où on ne les voyait point. Ppnr rem'^diei' à cet inconvénient.

D..:,l,:^.bïGOC>^IC

DEUXIÈME Ét>OQUE. 53

on aurait eu besoin d'un local plus vaiste, et puisque le cabinet réunissait les producUons d^s trois règnes, il aurait falluH]ae chacune des collections eût été arrangée p^ un professeur qui IVût miseen accord avei; ses leçons, et il n'y avait ni professeur de zoologie ^ ni professeur de minéralogie. Aussi l'e'cole de botanique était-elle la seule partie de l'établissement , où tout fût ^posé d^a-

. près une nié|hode scientifique. Loin de reprocher à Buffon de iv'aroir pas exécuté ce qui était alors très -difficile , il faut lui savoir çfé d'avoir rasseniblé noik-seulemepï Ht 'nombreuse collection - ^'oiseaux qu'il a décrits daAs son ouvrage ,'<t celle des poissbns dont Itf.'.de Lacépède a publié Tfaistoire , mais une multitude d'objets fin tcfut genre qui,. mis en ordre de'pids , ont été si utiles au progrès de l'histoife naturelle.

? En 1784, DauiJénfbn le jeune ayant été forcé'

. " par Iç mauvais état de 'gn santé de demander sa

' démission 'de la place ée garde et sous-Jénions* trateui- du cabinet, !^ffpn y fit nommer M. de Lacépède que cette nouvelle fonction détermina

. à' s'attaclwr uniquement t l'histoi^anaturelle, dans lamelle fl s'est depuis ilbistr^ conùne professeur et comme continuateur de Buffon.

I^s relations qu'on avait avec les sticiétés sa* vantes, avec les voyageurs, avec le$ ^aturaHstes de tous- l^s pays , exigeant un^ con-espondanca

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54 HISTOIRE DV nlusÉuM.;

suivie à latfuelle l'intendant et le garde du cabipet ^'auraient pu suTlîre , et qu'ils ne pouvaient .confier à des secrétaires, !^flbn obtint en 1787 la création d'une nouvelle ylace. d'adjoint à la garde du cabinet, dont le titulaiy; serait spécialement chargé de \i correspondance. Il fît nommer à cette place M. Faujas de Saint-Fond qui, par sa prodigieuse activité et par la variété de se» conn^ssances, était très-propne ^ la bien remplir. Ce savant ne se born'â point à entretenir un commerce épistolaire , il fit plurâeurs voyages, et rapporta au cabinet -beaucoup d'objets précieux qu'ail- Wait recueillis ou qu'il await obtenus en Icji demandant au nom dé lîullon'. *

' Mademoiselle Basseporte avait, pendant trmte ans, continué à dessiner 'pour la coUectTon des vélins tous les objets qui Initient indiqués'par ^Bernard de Jii^ieu'. Son zèfe nîç s'elàit point ra« lenti ; mSns son talent ipK^ieur à celui d'At^rief, auquel «Ue avait succééé, était enc^e affaibli ': par fâge. M. âe Buffc^ désirant que la pfâce de ' peintre du Jardin do Roi fût repaplie par l'atistè le plus distingua dans Je |t;nre qui cohvieht à V\â» ^ toire naturelle', fiif danser en 1774 ^ snrvivïùate . de mademoiselle Basseporte à M. Yftnspacndonck, qui se chaf^eade tout le travail , et devint Utulâire en 1 j86. Ce choix eut dans la suite des conséquen«e?jJu8 heqreuses qu'on ne pouvait le pré-

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