RETOUR DES AMES AU CIEL
primitivement pour vivre à jamais sur la terre. Pourquoi donc le Dieu bon a-t-il consenti a ce qu'elle quittât le ciel et fût enfermée dans la matière mortelle et mauvaise? Nous l'avons dit, c'est pour la punir de sa désobéissance. La terre, le domaine du démon , est le lieu de punition , de pénitence, et les Cathares sont conséquents a leurs principes, en soutenant que la terre est le séjour des damnés , qu'elle est l'enfer et qu'il n'y en a pas d'autre1. Mais les âmes célestes resteront-elles éternellement dans cet enfer? Les dualistes absolus répondent que non; ils croient qu'elles en seront de nouveau délivrées , et que par une nécessité inhérente à leur nature elles seront toutes sauvées et retourneront toutes au ciel. Elles tirent leur origine du Dieu bon , et comme ce qui est bon est de sa nature impérissable, elles ne sauraient périr, c'est-à-dire rester a jamais dans le mal ou dans le néant; rien n'est plus nécessaire que leur salut définitif2. C'est aussi pour cette doctrine que le Nouveau Testament leur fournit des arguments. Jésus-Christ a dit que « le Fils de l'homme n'est pas venu pour faire périr les âmes, mais pour les sauver» (S. Luc IX, 56)-, il ne fait pas de distinction , il parle de toutes en général, elles seront donc sauvées sans exception. Ailleurs il dit qu'il n'est «envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël » (S. Matth. XV, 24) ; la maison d'Israël c'est le peuple céleste , et les brebis perdues sont les âmes qui sont descendues sur la terre3. Cette croyance au salut nécessaire était tellement enracinée chez les Cathares, que la doctrine de la prédestination, telle que l'avait établie saint Augustin, leur paraissait être une erreur énorme , contraire a toutes les
1 Moneta, 381 ; Reinerius, 1768.
2 Alanus, 24 ; Moneta, 44; Actes de VInquisit. de Carcassonne , 1247 ; Doat, XXII, fo 101 ; de Toulouse, 1273 ; ibid., XXV, f<>60.
3 Ils citent aussi Actes XIII, 48; 2 Cor. V, i ; Éphés. I, 4, 10 ; 2e ép. à Timoth. II , 20; IV, 8. Alanus , 24; Moneta , 44 et suiv. ; Disputatio,
idées qu'il faut se faire de la bonté et de la justice de Dieu ; si Dieu faisait une élection parmi les âmes qu'il a créées , pour en destiner les unes au salut, les autres a la réprobation éternelle, il ne serait plus le Dieu parfait, il serait plus injuste et plus faux que le Dieu mauvais 5 il doit nécessairement sauver toutes les âmes qu'il a créées , parce qu'elles tiennent à son essence infinie -, il n'y aura de damnés que les esprits créés par le mauvais Dieu1. Un croyant de la secte dit un jour que s'il savait que Dieu ne sauve pas toutes les âmes, il déchirerait ce Dieu perfide s'il pouvait le tenir entre ses mains2.
Si les âmes célestes ne sont que passagèrement sous la domination du mauvais principe , si elles retourneront nécessairement et toutes a leur état primitif, si en un mot elles ne peuvent pas manquer leur salut, il est superflu que le Dieu bon prenne des mesures spéciales pour les retirer de la puissance du démon -, tout ce qui paraît nécessaire , c'est qu'elles accomplissent leur pénitence pendant leur séjour ici-bas, et comme toutes doivent être sauvées, il n'en est aucune qui n'accomplisse point cette pénitence. Cepen-
1 D'après Moneta , 549, copié par l'auteur de la Disputatio , 1757, on pourrait croire que c'est eux au contraire qui enseignaient la prédestination; il dit qu'il y a parmi eux quidam de prœdestinatione divinà maie sentientes ; dicunt qudd quidam homines ex necessitate salvabuntur , quidam ex necessitate damnabuntur, non credentes quàd Dei intentione vita œterna communis sit hominibus, neque quàd omnes salvare proposuerit. C'est vrai , mais dans un sens tout opposé à celui de saint Augustin ; les hommes qui ex necessitate salvabuntur, sont les créatures du Dieu bon , et ceux qui ex necessitate damnabuntur, sont celles du Dieu mauvais; tandis que , selon saint Augustin , Dieu choisit parmi ses propres créatures.
1 II dit : Quàd si teneret illum Deum qui de mille hominibus ab eo factis unum salvaret et omnes alios damnaret , ipsum derumperet et dilaceraret unguibus et dentibus tanquam perfidum , et reputabat ipsum esse falsum et perfidum, et spueret in faciem ejus. Actes de l'Inquisit. de Carcassonne, 1247; Doat, XXII, f<> 98.
dant le système cathare accorde une large place à l'œuvre de Jésus-Christ 5 il aime a donner a Dieu le nom de Sauveur des âmes et à le distinguer comme tel du créateur des corps1 ; il prétend que le Christ a été envoyé du ciel sur la terre pour ramener les âmes â Dieu 2 ; mais on verra que cette mission se réduit à enseigner aux hommes leur origine et leur destination , et a leur indiquer les moyens de faire plus promptement leur pénitence , ou , comme le dit un des livres apocryphes reçus dans la secte, à manifester le mauvais esprit du démon et la gloire de Dieu3. Ici se présentent maintenant plusieurs questions, auxquelles les Cathares donnent des solutions conformes , il est vrai , à leurs principes fondamentaux, mais essentiellement contraires aux doctrines du christianisme.
Après avoir consenti pendant plusieurs milliers d'années a ce que les âmes déchues restassent sous le pouvoir du démon, et après avoir vu qu'au lieu de s'en affranchir elles s'y engageaient de jour en jour davantage, le Dieu bon résolut de mettre un terme au triomphe de son adversaire, et de prendre des mesures pour la délivrance de la portion de son peuple réduite à la servitude. C'est à cet effet qu'il envoya Jésus-Christ sur la terre. Tous les Cathares admettent que Jésus-Christ, qu'ils appellent comme les chrétiens le Fils de Dieu, est inférieur, subordonné au Père. C'est pour cela sans doute que plusieurs écrivains du moyen âge les ont accusés d'arianisme, quoique cette qualification ne pût conve-
1 ...Vnum salvatorem et benignum alterum creatorem rerum... Ébrardus, 136; Deus bonus quisalvat animas, et alius... qui facit ista visibilia. Actes de VInquisit. de Carcassonne, 1305; Doat, XXXIV, f° 99.
2 Moneta, 4.
3 Evangel. S. Joh., chez Benoist, I, 290.
nir que d'une manière très -vague à la doctrine cathare sur le Fils, et surtout à celle des dualistes absolus sur les rapports entre le Fils et le Père; ce système n'a un caractère arien qu'en tant qu'il enseigne en général la subordination des personnes divines ; pour le reste il y a des différences très-essentielles entre ce qu'on peut appeler la christologie des Cathares et celle de l'arianisme.
Les dualistes absolus posent en principe que Jésus-Christ n'est pas Dieu , mais qu'il est une créature , moindre que le Père1. Ils se fondent sur un passage du livre des Proverbes (VIII, 22), où , au lieu de lire avec la Vulgate : «l'Éternel a possédé la Sagesse dès le commencement,» ils lisent, conformément à d'anciens manuscrits grecs, que l'Éternel l'a créée2; ils se fondent ensuite sur Jésus Sirach (I, 4), quand il dit que « la Sagesse a été créée avant toutes choses , » et sur les paroles que ce même auteur met dans la bouche de la Sagesse elle-même : «Il m'a créée dès le commencement, avant le monde» (XXIV, 14)3. Les explications données par Jésus-Christ sur ses rapports avec son Père, leur paraissent plus formelles encore; quoi de plus explicite que cette déclaration : « Le Père est plus grand que moi » (S. Jean XIV, 28), ou ces passages si nombreux, où Jésus-Christ distingue entre lui-même et celui qui l'a envoyé4? Si on leur oppose Jésus- Christ , disant en plusieurs occasions que lui et le Père ne sont qu'un, ils interprètent cette unité par l'unité de volonté et d'intention ; Jésus, disent-ils, prie que ses disciples soient un, comme lui et son Père sont un (S. Jean XVII, 11); or, les hommes ne peuvent établir entre eux celte unité, que par la communauté d'une même foi et d'une même espérance , et par le lien spirituel de l'amour; quelque parfaite que de-
1 Moneta, 4. — 2 Ibid., 255 ; corap. ci-dessus p. 5 , note 1. — 3 Ibid.,
* P. ex. S. Marc IX, 57; S. Luc IX, 48; X, 16, S. Jean IV, 54; V, 30; VI, 44, etc. Moneta, 237.
vienne cette union , elle ne sera pourtant jamais une unité d'essence ; de même aussi l'union du Père et du Fils n'est pas une unité d'essence ou de substance, elle est une simple union spirituelle1. Les apôtres, selon eux, n'ont. pas eu d'autre idée sur le Christ; saint Paul dit que «Dieu a envoyé son fils » (Gai. ÏV, 4) 5 il y a évidemment une différence entre celui qui envoie et celui qui est envoyé; donc le Père et le Fils ne sont pas une seule et même substance; or, le Père est Dieu , donc le Fils ne peut pas être Dieu 2. Il y a des auteurs qui ont pensé que l'interprétation que les Cathares donnent de ces passages, ne prouve pas qu'ils n'ont considéré Jésus-Christ que comme une créature; ils professaient, diton , une doctrine d'émanation , et c'est dans ce sens gnostique qu'il faut entendre leur explication du rapport entre le Père et le Fils3. Mais outre qu'il n'y a nulle part dans leur système une trace d'une doctrine émanatiste, leurs déclarations sur la nature de Jésus-Christ sont trop formelles, pour qu'on puisse se méprendre sur la véritable portée de leur opinion ; Jésus-Christ n'est évidemment a leurs yeux qu'une créature du Dieu bon. Le dogme de l'incarnation de Dieu lui-même leur paraît une erreur tout aussi contraire au bon sens et aux lois de la nature, qu'à leur propre système sur l'origine du corps de l'homme; ce corps est fait par le mauvais Dieu ; comment le Dieu bon aurait-il pu descendre dans un corps pareil? Comment, disait le peuple, Dieu aurait-il pu s'humilier au point de se loger in utero mulieris, et d'y prendre lui-même un corps de chair4? Non, Dieu ne s'est pas incarné; nous verrons bientôt que Jésus- Christ luimême, tout inférieur qu'il est au Père, ne s'est pas non
1 Moneta, 257.
2 Ibid.% 238 et suiv.
3 Neander, Kirchengeschichte, V, 766.
4 Actes de l'Inquisit. de Toulouse, 1275; Doat, XXV, f° 60; de Carcassonne, 1505; ibid , XXXIV, fo 98; Liber sentent, inquisit. Tolos., 249.
plus, au dire des Cathares absolus, réellement incarné. Suivant eux , Jésus-Christ est le plus élevé des anges, et c'est à ce titre seul que lui revient le nom de Fils de Dieu. Quant au Saint-Esprit, les dualistes absolus sont assez embarrassés; ils ont de la peine à lui trouver une place dans leur système; cependant comme ils tiennent a professer les doctrines chrétiennes des premiers temps de l'Église, ils ne peuvent s'empêcher de se servir aussi sinon du dogme, au moins de l'expression de Saint-Esprit. Pas plus que le Fils, le Saint-Esprit ne saurait être Dieu ; il doit être d'une substance différente de celle du Père , comme aussi de celle du Fils1, et cela leur paraît prouvé par les passages où Jésus- Christ , en annonçant a ses disciples l'envoi du Consolateur, distingue cet Esprit de Dieu et de lui-même2. Ils donnent de préférence à cet Esprit le nom d'Esprit principal, et se le représentent comme le chef de tous les esprits célestes, quoique inférieur a Jésus-Christ, qui est avec le Père dans des rapports infiniment plus intimes que tous les autres habitants du ciel; l'Esprit principal est d'une beauté ineffable, une des joies des anges consiste a le contempler3, et c'est à lui que pensent les Cathares en disant dans leurs prières : Adorons le Père, le Fils et le Saint-Esprit. La dénomination spéciale de Saint-Esprit est réservée par eux a chacun de ces esprits, que Dieu a préposés a la garde des âmes du peuple céleste; ils sont appelés saints , parce qu'ils ont résisté a la séduction du Dieu mauvais, tandis que les âmes y ont succombé. Lorsqu'une âme achève sa pénitence et est initiée dans la secte, l'esprit -gardien qu'elle avait eu antérieurement dans la cité d'en-haut, se réunit de nouveau avec elle, et c'est alors que cet esprit, qui la console aussi longtemps
1 Substantialiter diversus. Moneta, 4. Reinerîus, 1768.
2 P. ex. S. Jean, XIV, 16, 17; XVI, 13. Moneta, 269.
3 Ils y appliquent assez maladroitement le passage de la première épîtrc de saint Pierre, I, 12. Moneta, 4.
qu'elle est encore obligée de rester sur la terre , prend le nom d'Esprit consolateur ou de Paraclèt1 .
On voit par la comment ils interprétaient, pour les adapter a leur système, certaines doctrines de l'Église, ou plutôt comment ils se servaient des expressions et des termes de la théologie chrétienne pour en revêtir des idées, tout à fait étrangères au christianisme. Tous leurs efforts avaient pour but de faire passer pour chrétien leur système dualiste; ils croyaient avoir rétabli le vrai sens de la révélation de Jésus- Christ, quoique dans le fait ils eussent abandonné, dans ses doctrines les plus essentielles, le terrain positif de la religion chrétienne. La même chose a lieu quant a la réalité de la nature humaine de Jésus-Christ. Jésus-Christ a dû prendre la forme d'un homme, pour induire en erreur le mauvais Dieu , pour l'empêcher, en le trompant par l'apparence , d'opposer des obstacles à l'œuvre du salut. Il est clair, tout d'abord, que, conformément a leur doctrine sur la nature mauvaise du corps et de la matière en général , et sur l'emprisonnement violent des âmes célestes dans des corps faits par le Dieu mauvais, les Cathares n'ont pas pu admettre ce que l'Église appelait l'humanité réelle et véritable du Christ. Le Fils du Dieu bon n'a pas pu prendre volontairement un corps fait par ce même démon , des chaînes duquel il devait délivrer les âmes. Son corps a donc dû être différent de celui des hommes; les deux branches de la secte ne sont divisées, en ce point, que sur la nature même du corps particulier de Jésus-Christ. La doctrine enseignée a cet égard par les dualistes absolus, est entièrement conforme à leurs prémisses; si Jésus-Christ est un des esprits célestes , il est tout simple , suivant eux, d'admettre qu'il est venu sur la terre avec ce corps en quelque sorte éthéré dont il est revêtu dans le ciel, a l'égal de tous les habitants du domaine du Dieu bon2. II a dit
1 ^Joneta, 4. — - Alanus, 69.
lui-même qu'il n'est « point de ce monde, » qu'il est « d'enhaut» (S. Jean VIII, 23), et saint Paul affirme positivement que si le premier homme est de la terre , le second homme , Jésus-Christ, est du ciel (lre ép. aux Cor. XV, 47); ces passages, ils ne les entendent pas seulement de la nature spirituelle du Sauveur, mais aussi de son corps, de toute sa personnalité1. C'est avec ce corps céleste que l'esprit Jésus est descendu dans Marie, de laquelle il est sorti de nouveau aussi pur qu'il était entré en elle, et sans qu'elle lui eût communiqué un principe matériel quelconque ; ce n'est que pour cette raison qu'il a pu dire plus tard a celle qui paraissait être sa mère : « Femme, qu'y a-t-il entre toi et moi?» (S. Jean II, 4)2. La transfiguration sur le Thabor a consisté en ce que Jésus-Christ a fait voir a ses disciples «la substance céleste» de son corps, sur laquelle jusque-là ils avaient été dans l'ignorance; car ordinairement ce corps avait pour les yeux des hommes , l'apparence extérieure d'un corps comme un autre3. Il n'avait aucun besoin terrestre, et si Jésus mangeait et buvait, il ne le faisait que pour se conformer en apparence aux habitudes humaines , afin de ne pas révéler sa véritable nature à son adversaire. Les miracles que Jésus-Christ a opérés, ont tous été spirituels; il ne guérissait pas les maux du corps , parce qu'il considérait le corps comme un obstacle à la délivrance de l'âme, et qu'il ne voulait apporter des remèdes qu'aux maux de cette dernière ; les aveugles auxquels il rend la vue, sont les hommes aveuglés parle péché; le tombeau d'où il fait remonter Lazare, est le tombeau spirituel dont les ombres enveloppent l'âme qui pèche ; le pain qu'il multiplie pour le distribuer a la foule , est la parole de vie; l'orage qu'il dompte, est celui des passions qu'excite le mauvais Dieu4. Lorsqu'à la fin de sa carrière, les Juifs crurent
1 Moneta, 247. — 2 ibid., 5.-3 Alanus, 69.
* Moneta, 5, 96, 221 ; Disputatio, 1750 ; Lucas Tudensis, 158.
le faire souffrir et le tuer, son corps céleste n'éprouva aucune douleur; l'esprit s'en sépara momentanément, le troisième jour il y rentra, et Jésus ressuscita 5 ses disciples, il est vrai, touchèrent son corps , mais ce n est que par un effet extraordinaire de sa volonté que Dieu l'avait rendu palpable en apparence. Le même corps céleste remonta aussi au ciel -, l'ascension avec un corps de chair et d'os, paraissait aux Cathares une chose matériellement impossible, une erreur grossière et absurde, tandis que par leur doctrine de l'humanité apparente du Christ, ils croyaient pouvoir échapper a tout ce qui leur semblait difficile et contradictoire1.
Parmi les Cathares de France il y avait, au commencement du treizième siècle, des docteurs qui poussaient si loin ce dokétisme sur Jésus-Christ, que, non contents de nier la réalité matérielle de son corps , ils prétendaient que le Jésus qui a vécu et qui est mort et ressuscité dans la Palestine terrestre, a été une créature du Dieu mauvais, appelée à l'existence pour tromper les hommes, et pour empêcher ainsi l'œuvre du salut qui devait s'accomplir par le Christ véritable2. Ceux qui soutenaient cette opinion, ne voulaient reconnaître d'autre Christ qu'un Christ idéal, qui n'aurait été dans ce monde que d'une manière spirituelle, dans la personne de son principal disciple saint Paul. L'histoire réelle de la vie et de la passion de ce Christ s'est passée, non pas sur la terre d'ici-bas, mais dans le monde invisible, dans la Jérusalem céleste. Cette opinion , qui se retrouve en partie chez un docteur cathare célèbre de l'Italie, présente une dif-
1 Ce dokétisme se trouve mentionné dans la profession de foi de Gerbert; Bouquet, X, 409; chez les Cathares d'Orléans, 1022; G esta synodûs Aurel., 605 ; chez ceux de Soissons, 1114; Guiberlus Novigentinus, 519; par Eckberlus, 899; Joachim, Expositio in apocalipsim, f° 155a; Ermengaudus, 226; Alanus, 38; Moneta, 5, 247; Reinerius, 1768; Eugène IV au légat de Bosnie; Farlati, IV, 257.
2 Petr. Vall. Cern., 556. Il dit expressément que cela n'est enseigné que secundum quosdam.
ficulté de plus que celle du système général de la secte ; car on ne voit guère pour quelles raisons le Christ aurait dû souffrir et mourir dans un monde qui ne connaît pas le mal , et où par conséquent sa passion et sa mort auraient été aussi impossibles qu'inutiles.
La raison du dokétisme cathare relativement à l'humanité de Jésus-Christ, se fonde, comme il a été indiqué ci-dessus, sur le principe dualiste. Jésus-Christ , esprit céleste, destiné à descendre sur la terre pour apprendre aux âmes captives les moyens de s'affranchir des liens de la matière ou du mal, n'a pas pu lui-même entrer en contact avec cette matière; comme elle souille tout ce qui la touche, ce qui doit rester pur doit éviter toute communication directe et volontaire avec elle, afin de se préserver de son influence funeste. Comment par conséquent le Christ aurait-il pu remplir sa mission, s'il avait eu un corps comme les hommes? C'est la , à la vérité , une conséquence nécessaire du dualisme cathare; mais les partisans de cette doctrine n'ont pas songé que de cette manière Jésus-Christ a dû rester entièrement étranger à ceux mêmes pour le salut desquels il était envoyé sur la terre; ils l'ont réduit, comme le dit fort bien un de leurs adversaires, a un vain produit de l'imagination, à un fantôme1. Ce Christ imaginaire n'aurait pu servir ni de type de l'homme saint et parfait, ayant rétabli l'harmonie originelle, la domination de l'esprit sur la matière; ni de consolateur et de libérateur dans des souffrances qu'il n'aurait pas éprouvées lui-même. Quel sens auraient surtout la passion et la mort de ce Christ fantôme? On l'ignore entièrement; rien ne fait pressentir si les Cathares assignaient dans leur système une place importante a la mort de Jésus- Christ, s'ils lui attribuaient une certaine action dans l'œuvre de la délivrance des âmes. Cette mort n'a pu être qu'un
1 Dicunt Chris tum phantasma fuisse, non hominem. Disputalio, 1705.