DEUXIÈME PÉRIODE
DEPUIS LE MILIEU DU DOUZIÈME SIÈCLE JUSQU'A l' AVÈNEMENT
d'innocent III.
l'église cathare se constitue et se propage ouvertement; elle arrive au plus haut degré de sa puissance.
Un fait remarquable qui marque l'avènement d'une nouvelle période dans l'histoire des Cathares, c'est que dès le milieu du douzième siècle ils ont eux-mêmes la conscience de leur force et de leur propagation dans les différents pays de l'Europe. Ils savent qu'ils ont partout des frères, qu'un même lien les unit depuis Constantinople jusqu'au pied des Pyrénées et aux bords du Rhin, en un mot qu'ils forment une communion spirituelle a laquelle ils donnent le nom d'Église. Cette idée stimule leur zèle; confiants en leur nombre, ils sortent de leur mystère et se produisent en public avec un courage contre lequel l'Église orthodoxe demeure encore longtemps impuissante1. Les Cathares dé-
1 Regionibus plurimis virus suœ perfidies infuderunt. Quippe in latissimis Galliœ, Hispaniœ , Italiœ, Germaniœque provinciis tam multi hac peste infeeti esse dicuntur, ut secundùm propJictam (ps. 158) mxdtipUcati
CONSTITUTION DU CATJIAIUSME. 55
couverts, en 1144, à Liège, assurent que l'hérésie a des partisans dans toutes les villes de la Belgique et de la France1 ; en 1146, ceux de Cologne disent que leur foi, cachée depuis les temps des martyrs, compte une multitude innombrable de disciples répandus sur toute la terre2 5 peu d'années après ils prétendent dans la même ville que le temps est venu où Dieu doit manifester au monde qu'ils forment seuls son Église véritable3. Presque partout où ils se montrent depuis cette époque, ils ont des communautés constituées, pourvues de ministres, et réunies en diocèses ayant à leur tête des évêques. Ceux-ci, quoiquindépendants les uns des autres, entretiennent entre eux des relations actives et fréquentes; ils font les voyages les plus lointains, tantôt pour s'informer des coutumes des Eglises cathares étrangères, tantôt pour propager leurs croyances ou pour resserrer le lien de l'unité entre tous les membres de la secte. Cette unité subsiste et se consolide, malgré les divergences qui éclatent parmi les Cathares de plusieurs pays sur des points importants de leur doctrine. En un mot, la secte arrive dans cette période au plus haut degré de son extension; l'Église, qui ne s'aperçoit pas encore de la grandeur du danger qui la menace, ne prend contre les hérétiques que des mesures partielles et souvent peu énergiques ; ce n'est qu'Innocent III qui organisera un système de persécution générale et implacable-, la lutte qu'il allumera durera plus d'un siècle, elle coûtera des victimes sans nombre, et l'autorité spirituelle n'en sortira victorieuse que parce qu'elle aura associé à ses anathèmes les violences de la guerre et les horreurs de l'in-
esse super numerum arenœ videantur. Guil. Neubrig., 15o. Ita per atomes terras multiplicati sunt, ut grande periculum paliatur Ecclesia Dei. Eckbert , 898.
1 Epist. Eccl. Leod.; chez Alarléne et Durand, Arnpliss coll., I , 77G.
2 Èvervin , 457.
3 Eckberl ,901.
quisition. Cette lutte remplira toute la troisième période de l'histoire de la secte.