SUR LES CAGOTS
Ce n’est pas une hypothèse nouvelle quand nous prétendons que les Cagots descendent des Albigeois. Plusieurs auteurs anciens et modernes leur ont assigné cette origine, mais sans l’expliquer. Nous pensons que ce que nous avons dit sur les pénitents cathares, rend notre opinion fort vraiseni-
blable. Dans une requête adressée à Léon X, en 1514, les CagoU b- a Haute-Navarre disent eux-mêmes que leurs ancêtres avaient été Albigeois partisans du comte Raymond de Toulouse : ...ex quo qu<\d dudumnâ? res et progenitorcs adhœserunt cuidam comiti Raymundo deTolm.p alids quandam rebellionem fecisse dicitur Ecclesiœ Romance, perte* Romanum Pontificem a gremio S. Mat ris Ecclesiœ segregati dicebath (Fr. Michel, II, 220). Dans son ouvrage fort remarquable, M. Fr. ! se prononce coutre cette origine des Cagots (1 , 283) , mais par des «lisons qui ne nous paraissent pas suffisantes; il dit que les Cagots ont plus anciens que les Albigeois, et pour le prouver il cite P. de Marca.p dit (p. 75) : « Les Albigeois commencèrent à paroistre en Languedoc eoiiror l’année 1180, et furent ruinés l’an 1215, et néantmoins les Cagots esta» reconnus sous le nom de Chrestiens, dès l’an 1000, ainsi qu’on remarqfr dans le Cartulaire de l’abbaye de Luc ; et l’ancien For de Navarre, qaik compilé l’an 1074, fait mention de ces gens sous le nom de Gaffos.»fc* h ce dernier fait, M. Fr. Michel prouve lui-même (1, 174) que c’est erreur, les Gaflos n’ayant été que des lépreux. Dans le passage duùw îaire de Luc (I, 173) il est parlé de la maison d’un chrétien cédée à oefr abbaye. Mais rien du tout ne nous force h admettre que par ce chrétieB . faille entendre un Cagot , attendu que le nom de Crestiaas donné à ceuK ne paraît que beaucoup plus tard. Nous n’insistons pas sur la double erre. | de De Marca, que les Albigeois ne se sont montrés que depuis 1180 et on été exterminés en 1215. M. Fr. Michel ajoute que si la tradition rattach»1 les Cagots aux Albigeois eût été exacte , elle eût régné de préférence & les lieux qui avaient été le théâtre de la croisade. «Or, dit-il, nous ne savons pas qu’il en ait été ainsi.» Mais la tradition peut s’être perdue1 bonne heure ; au moins les documents , s’il y en a eu , n’existent pk' Sans la requête des Cagots navarrais à Léon X , on ne saurait pas n' plus que la tradition s’était conservée chez eux jusqu’au seizième siècle
PRINCIPAUX OUVRAGES SCR L’iNQUISITION.
Le recueil le plus complet sur la législation et la jurisprudence con* les hérétiques, est celui de Nicolas Eymericus, intitulé Directorium i*p' si forum. .
Le dominicain Nicolas Eymerici, né U Givona en Catalogne, a été i° quisiteur en Aragon et en Catalogne, depuis 1358. S’étant rendu *
MANUSCRITS, ETC
cour de Grégoire XI k Avignon , il fut élevé par ce pape à la dignité de chapelain de sa maison; il mourut k Girona en 1393. 11 a écrit différents ouvrages, sur la physique et la logique, des commentaires sur les Évangiles, des sermous, un traité sur le schisme; tout cela encore manuscrit.
En 1378, sur l’ordre de Clément VII, il écrivit k Avignon son Manuel pour les inquisiteurs. C’est une compilation tirée des décrétales des papes, des lois des empereurs , des canons des conciles , des privilèges accordés aux inquisiteurs, etc., sur tout ce qui concerne l'exercice de l’inquisition. Dans la première partie il donne une espèce d’exposition de la foi orthodoxe, afin que l’on sache bien en distinguer l’hérésie. Dans la seconde il réunit les documents pontificaux concernant les hérétiques , et donne les caractères et les doctrines des principales hérésies. La troisième partie enfin contient les instructions les plus détaillées sur l’exercice des fonctions d’inquisiteur, sur les procédures, les témoins, les punitions, sur les qualités et les privilèges des inquisiteurs, etc. C’est pour cette matière l’ouvrage le plus complet et le plus authentique. Une première édition en parut k Barcelone en 1503. En 1587 François Pegna, docteur en théologie et en droit k Rome , en publia une nouvelle , avec des commentaires trèsétendus, d’après l’édition de Barcelone et trois manuscrits; Rome, in-fol. Hænel (p. 59) cite un manuscrit de cet ouvrage k Avignon, sous le titre : Tractatus ad hœreticos et schismaticos .
L’histoire de l’inquisition a été écrite principalement par :
Ludov. de Paramo, archidiacre k Borox près de Tolède, puis inquisiteur en Sicile, Üe origine, de officio et de progressât s. lnquisitionis libri 3. Madrid, 1598, in-fol.; Anvers, 1619, in-fol.
Phil. a Limborch, professeur de théologie k Amsterdam, mort en 1712, Historia inquisitionis . Amsterd., 1692, in-fol. Nous ajouterons l’ouvrage connu de Llorente, quoique d’un côté il ne soit pas toujours très-critique, et que de l’autre il ne s’occupe presque exclusivement que de l’Espagne.
MANUSCRITS ET ÉDITIONS DES OUVRAGES CONTRE I.BS CATHARES; QUES- TIONS RELATIVES AUX AUTEURS I)E QUELQUES-UNS DK CES OUVRAGES.
Bonacursus. Son discours fut publié pour la première fois sous le titre de Manifestatio hœresis Catharorum quant fecit Bonacursus... coram populo , par d’Achéry, d’après un manuscrit de Clteaux; Spicil., I, 208 et suiv. Plusieurs chapitres qui manquaient dans ce manuscrit furent publiés
plus tard , d’après un manuscrit complet , dans l’édition que donna Mass des Miscellanea de Baluze, lï, 581 et suiv.
Reineritis Sacchoni. Le texte primitif, authentique, a été publié, dY près un manuscrit des dominicains de Rouen, aujourd’hui à Paris, px- Martène et Durand, Thés, novus anecdot V, 1759 et suiv. Suivant Mar tène, ce manuscrit est ipsius auctoris œtate exaratus ; suivant EcbaM, Scriptt. ordin. prœdicat., I, loi, il ne serait écrit que vers 1300. Il ea aussi publié chez d’Argentré, Coll.judic. de novis error ., I, 48 et sniv Le même texte, à quelques variantes près, se retrouve dans un manoscn; des dominicains de Clermont, aujourd’hui à Caen; et dans la collection Doat, XXXVI, f° 67 et suiv., copié sur un manuscrit des archives de Inquisition de Carcassonne. Échard, /. c., 1, 154, décrit un manuscrit de De- Min, reproduisant le même texte. En autre doit se trouver au Vatican; Eymericus, 270. Les manuscrits de Rouen , de Clermont et de Dublin ont chacun des appendices différents, relatifs à l’exercice de l’inquisition.
Quant au texte interpolé, augmenté de. parties concernant l’Allemagne il fut publié d’abord par le jésuite Jacques Gretser, sous le faux titre Liher contra Waldenses , Ingolstadt, 1613, in-4°, d’après un manuscrit bavarois admodum vitiose exaratum ; Gretser ajouta des variantes d’après nu manuscrit plus correct, du couvent de Lambach en Autriche. Ce texte fa aussi publié daus la Biblioth. Putrum maxima , XXV, 262 et suiv., dans celle de Cologne, XIII, 297 et suiv., et linalemcnt dans les œuvres empiètes de Gretser, XII, II, 24 et suiv. Cette dernière édition a l'avantage de présenter à chaque page les variantes, qui dans les autres sont rejeté* à la lin du texte. Outre les détails relatifs aux hérétiques allemands, « texte de Reinerius contient un fragment extrait de la Dispulatio inter Ca tholicum et Paterinum , commençant par ces mots Paterinus dicit (édit dans les œuvres de Gretser, p. 39); il cite une Sumtna fratris Tonsonn , inconnue ; il ajoute des instructions pour les inquisiteurs , et termine par un fragment intitulé : Catalogus in quo variorum hcereticorum délira menta, amas confus d’erreurs et de superstitions attribuées à des sectes de différents siècles. Des fragments de ce texte interpolé se trouvent, tirés de divers manuscrits, dans un traité écrit en 1415 contre Jacques de Misa, chap. 3, chez V. de Hardt, II ist. concilii Constant., I, lU, p. 663 ; dan? Flacius, Catal. testium vêtit., Francf., 1666, in-4°, p. 611 et suiv.; dans Freherus, llerum bohemicarum scriptorcs, Hanau, 1602, in-fol., p. 222 et suiv. Diverses opinions ont été émises sur les rapports qui existent enur les deux textes. Marlèue (préface de son édition) croit que le texte ér Gretser, qu’il n’a pas vu, est un livre particulier, différent de celui contre les Cathares, et dirigé contre les Vaudois; il a été induit en erreur par h
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faux litre do Croiser, Écliard (p. 1 MS ) pense ipie Heinerius a lui-même lieux fois revu son texte , ou que la version plus courte est un extrait fait par un autre. Suivant d’Argentré (I, -17), Reinerius aurait composé son ouvrage en deux parties à deux époques différentes. L’opinion la plus naturelle et la plus probable nous parait être celle qui a été développée par Gieseler, dans sa dissertation sur Reinerius. Cette opinion est que le texte plus court est l’original, et que les additions proviennent d’un auteur allemand , qui a voulu adapter l’ouvrage aux besoins spéciaux de son pays. On dit qu’il existe à la Bibliothèque de Strasbourg un manuscrit de Reinerius ; je n’ai pas encore pu le voir.
Monéta. Il y avait des manuscrits de son ouvrage à Bologne, h Naples, a Narbonne ( aujourd’hui au Vatican), à Paris, vélin, in-fol. , ancien h" 4522 (voy. D’Argenlré, 1, 47, 84; F.chard, 123); au couvent de Saiut- Emmeram près de Ralisbonne L’ouvrage n'a été publié qu'une seule fois, en 1743, par le dominicain Thomas-Augustin Ricchiui, d’après les manuscrits du Vatican, de Bologne et de Naples. Le savant éditeur a mis en léte deux dissertations fort instructives sur les Cathares et sur les Vau- ■Inis, et ajouté un grand nombre dénotés. (1 lit sa publication moins dans un intérêt historique, que parce qu’il pensait qu’à cause de l’analogie des anciennes hérésies avec les modernes, les arguments de Monéta pourraient aussi être très -utiles contre les Luthériens.
Grégoire. Marlène et Durand ont publié dans leur Thésaurus novus anecdot., V, 1703 et suiv., une Disput atio inter Catholicum et Paterinum, d’après deux manuscrits, l’un des dominicains de Clermont, l’autre de la collection Colbert. Un troisième est mentionné aux archives de l'inquisition de Carcassonne, copié dans la collection Doat, XXXVI, f" 212 et suiv. L’auteur n’est nommé dans aucun de ces mauuscrils. Un quatrième se trouve à la Bibliothèque ambroisienne ; Muratori en a publié un spécimen dans ses Antii/uil. ital. medii <evi, V, 140, 130. Ce n’est que dans ce dernier manuscrit qu’il est fait mention du nom de l’auteur; il est appelé Grégoire. C'est sans aucun doute le frère Grégoire de Florence, évéque de Fano dans la marche d’Ancône, qui suivant Quélif et tchard (I, 110) a écrit grande volume n ad vers ils hcereses iu« temporis.
Evrard de Béthune. Son Liber antihtrresis fut publié d’abord par Grelser, d’après un manuscrit du collège des jésuites de Bruges, sous le taux litre Contra Wahienses , dans la Trias scriptorum adversds Waldenses: Ingolstadl, 1614, iu-4"; puis dans la Biblioth. Patrum maxima, XXIV. 152S et suiv., et dans les œuvres complètes de Grctsor, XII , Il . 1 11 et suiv. L’ouvrage est terminé , après quelques mots sur les Vaudois . par un
catalogue d'uue foule d’hérésies anciennes, tiré des Origines d’Isidore dr Séville, lib. VIII, cap. 3. Une Disputatio contre les juifs forme un appendice.
Ermengaud. Le titre de son livre est : Oputculum contra hœreticos, g*» dicunt et credunt mundum istum et omnia visibilia non esse a De* facta, sed a diabolo, il fut publié par Grelser, dans sa Trias scriptonn advenus Waldenses, d’après un manuscrit du collège des jésuites de Bruges, toujours sous le faux titre Contra Waldenses. Le R. P. Gretsrr voulait h tout prix confondre les Vaudois avec les Cathares , et les tain passer pour Manichéens. Le traité d'Erniengaud passa dans la Bibliotk Patrum maxitna, XXIV, 1602 et suiv., et fut réimprimé une dernière fot. dans les œuvres de Grelser, XII, II, 220 et suiv. Un autre manuscrit, saa> nom d’auteur, appartenait h François d’Amboise; il fut publié dans 1rs œuvres d’Abélard, Paris, 1616, in-i°, p. 452 et suiv., sous le nom <4 ce célèbre docteur scolastique. Les docteurs de la Sorbonne chargés de b censure de cette édition d’Abélard , remarquèrent déjà que le traité contre les hérétiques avait tout un autre style et trahissait tout un autre gew? d’esprit que les ouvrages authentiques d’Abélard. L’Histoire littéraire de la France (XII, 137) est du même avis. Au texte de Gretser, commet celui de François d’Ambroise, il manque la fin ; il parait d’après cela qar l’un des deux manuscrits est une copie de l'autre.
Alain. Les deux premiers livres de l’ouvrage d’Alain parurent pour b première fois par les soins de J. Masson , archidiacre de Baîeux , d’après un manuscrit très-défectueux, appartenant à Papirc Masson, son frère Paris, 1612, in-8u. Ils furent publiés plus correctement par Ch. de Visch. dans son édition des œuvres d’Alain de Lille ; Anvers, 1654, in-fol., p. et suiv. Les deux derniers livres furent également publiés par Ch. de VTsck. dans sa Hiblioth. scriptorum Cisterciensium ; Cologne, 1656, in-i p. 411 et suiv. La Bibliothèque nationale possède un manuscrit des quatrelivres , u° 5513 ; un autre se trouve à celle de Bile. D’Argentré , 1 , 83 veut prouver que l’auteur est Alain de Lille, le scolastique. Cave, Historié litt. scriptorum ecrlesiast. , Genève, 1720, in-fol., distingue entre Alaio de Lille , évéque d’Auxerre , mort à Clairvaux , auteur d’une Vie de saiat Bernard (p. 586) et Alain de Lille, le docteur universel, moine de Clteaux. mort selon lui vers 1215, et auteur de tous les ouvrages connus sous le nom d’Alain (p. 624). Les auteurs de Y Histoire générale du Languedn* (111, Ht) et suiv.) ne font de ces deux Alain qu’un seul. Ceux au contraire de Y Histoire littéraire de la France (XVI, 390 et suiv.) distinguent d> nouveau entre l’évéque d’Auxerre et le docteur universel. Ils combinent d'une manière très-ingénieuse des éléments épars et contradictoires , pour
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en faire la biographie de ce dernier : né à Lille , peu avant \\ 28 , il mourut en 1202 ; il commença à écrire des livres en Angleterre ; sa réputation l'attira en Sicile, où il fut fait chanoine de Bénévent ; à l’époque de l’expulsion des Français, en 1169, il retourna en Angleterre, où il se fit moine U Canterbury; en 1179 il accompagna sans doute l’archevêque de Cauterbury au concile du Latran , où le pape le chargea d’écrire contre les hérétiques. Il retourna à Canterbury, où il fut fait prieur; sur la lin de sa vie, il revint en France et retourna à Clteaux où il mourut. Cette combinaison nous parait assez hasardée ; sans aucun doute elle réunit en un seul tableau les événements de la vie de plusieurs personnages différents qui n’avaient de commun entre eux que le nom. Pour prouver que cet Alain a pu écrire contre les Cathares du midi de la France, on a recours à de simples suppositions ; aussi longtemps qu’on n’a pas de preuves plus sûres, nous croyons que la conjecture que nous avons exprimée en son lieu , est exposée à beaucoup moins de difficultés que celle qui attribue l’ouvrage à Alain de Lille.
Étienne de Belleville ou de Bourbon. Un manuscrit de son ouvrage inédit De septem donis spiritils aancti se trouve à la Bibliothèque de la Sorbonne, n° 938. Quétif et Échard (1, 184, 185) mentionnent encore d’autres manuscrits à Paris, à iMarseille, à Tolède, en Angleterre. Les passages sur les hérétiques , tirés de la partie IV, de dono fortitudinis, tit. 7, de superbià, cap. 30 et suiv., f° 390 et suiv., ont été publiés par d’Argentré , 1 , 83 et suiv., et plus complètement par Quétif et Échard , 1 , 190 et suiv. Cette partie se trouvait aussi manuscrite aux archives de l’inquisition de Carcassonne ; copie, collection Doat , XXXVI, l*3 44 et suiv.
Isarn. Le poëme de ce moine se trouve en manuscrit à la Bibliothèque nationale ; quelques fragments de l’original ont été publiés par Raynouard, dans son Choix de poésies originales des troubadours , V, 228 et suiv.; la pièce entière est traduite chez Millot, Ilistoire littéraire des troubadours, II, 43 et suiv. Nous partageons l’avis de Fauriel (introduction à son édition du poëme sur la croisade, p. 25) que l’auteur est le même don Isarn dont il est, fait mention dans ce poëme, et qui y est qualifié de prieur du Vieux Muret, Vielh Mores (p. 134, v. 1887). Ce moine assista, en 1211 , au supplice des hérétiques pris au château de Casser ( ibid .). Dans les protocoles de l’inquisition on trouve souvent les noms de Vielh Mores, Vieux Morèse; si ce n’est pas là le même endroit que Villemur ou Vielmur, où il y avait une ancienne abbaye de femmes, la position géographique nous en • est inconnue. Fauriel , dans son Histoire de la poésie provençale (III , 147), place le Vieux Muret dans le comté de Foix. Cependant Villemur nous parait mériter la préférence. Si l’auteur du poëme est en effet le même que
le prieur don Isarn, il n’était pas dominicain, comme on l’a dit communément. Éméric-David , dans l’ Histoire littér. de la France , XIX, 579 et suiv., le place évidemment trop tard , entre 1260 et 1280; il pense qu’il doit être postérieur à Foulques de Marseille, mort en 1231, «car celui-ci aurait probablement parlé de lui , dans son catalogue des troubadours . s’il eût pu le connaître. » Mais cela prouve seulement qu’Isarn écrivit sa pièce après 1231 ; la manière dont il fait mention du meurtre des inquisiteurs à Avignonet, en 1242 (chez Millot, /. c., 57), prouve qu’il doit avoir composé son œuvre peu de temps après cet événement. Il n’est d’ailleurs guère impossible qu’un homme qui vers 1242 fit encore un poème, ait déjà été prieur en 1211 ; Isarn dit lui-même qu’en s’occupant de la conversion de Sicard de Figuéras, il était déjà très-avancé en âge ; il dit ironiquement (chez Millot, p. 63) que son âme ne peut pas être de celles qui, selon les Cathares, furent précipitées du ciel, il y a cinq mille ans, puisque tout âge qu’il est , il n’a pas même encore soixante-dix ans. Si l’on trouvait surprenant qu’un vieux moine eût encore fait des vers , nous répondrons que ces vers ne portent aucune trace de sentiment poétique , d’imagination de jeune homme; il n’y règne qu’une passion, le fanatisme, et l’on sait que celui-ci ne diminue pas avec l’âge.
Eckbert. Cet auteur a ajouté à ses discours contre les Cathares un £xcerptum de Mantchœis , tiré des écrits de saint Augustin ; cet extrait vient à l’appui de notre opinion qu’Eckbert, parce qu’il connaissait le manichéisme par saint Augustin, et qu’il trouvait des points de contact entre ce système et celui des Cathares, s’est cru autorisé à attribuer à ces derniers tout ce qui est dit des Manichéens , en un mot à confondre les deux sectes en une seule. Son ouvrage parut d’abord à Cologne, 1530, in-8°; noos ne connaissons pas celte édition. Elle servit de base au texte inséré dans b Biblioth. Patrum maxima , XXIII, 600 et suiv., et dans celle de Cologne. XII, I, 898 et suiv. Eckbert a publié encore d’autres ouvrages, pour la plupart ascétiques ; le principal en est la Vie de sa sœur, sainte Élisabeth.
Luc de Tuy. On connaissait deux manuscrits de la Vie de saint Isidore par Luc de Tuy; l’un, opus autoyraphum , laissé par l’auteur lui- même au monastère de Saint-Isidore à Léon, et venu de là dans la Bibliothèque d’Alcala, fondée par le cardinal de Ximénès; l’autre , copie de celui-là , dans le même couvent à Léon. Mariana publia, d’après le manuscrit d’Alcala, la partie relative aux hérétiques, sous le titre , assez mal choisi, de Libri lll de altéra vitd fideique controversiis adversùs Albiyensium errores; lngolstadl , 1613, iu-4°. Mariana fit la publication , parce qu’il la croyait utile pour la réfutation des Luthériens et des Calvinistes , lesquels, selon lui,
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n’avaient fait que renouveler l’hérésie des Albigeois. C’est lui qui divisa l'ouvrage eu livres et en chapitres; il fut réimprimé dans la Biblioth. Patrum maxima, XXV, 188 et suiv., et dans celle de Cologne, XIII , 328 et suiv. Quant h la chronique de Luc, elle a été publiée par André Scliott, en 1603, h Francfort, in-fol.
TABLE DES MATIÈBES.