II
ou leur réception dans la secte , afin de s’unir de nouveau avec elles, et de les reconduire, après la mort des corps, dans la Jérusalem céleste1. C’est là que les âmes sont de nouveau revêtues des corps resplendissants qu’elles avaient dû quitter, et que chacune est rétablie avec son rang primitif dans sa gloire et dans sa pureté originelles2. Cette reprise des corps célestes était ce que les Cathares absolus appelaient, en leur sens, la résurrection des corps3.
Au dire d’un auteur, ils croyaient en outre que les âmes des femmes ne retourneront pas au ciel comme femmes, contrairement à l’Église qui , par l’organe de saint Thomas d’Aquin , soutenait la perpétuité de la différence des sexes4; ils se fondaient sur le passage S# Matth. XXII, 30, et sur les paroles de Jésus-Christ : « Venez, les bénis de mon Père » (S. Matth. XXV, 34); au sujet de ces mots, ils disaient naïvement : Jésus ne parle que de bénis au masculin , donc il ne reconnaît plus dans le ciel un autre sexe. Une raison plus logique était tirée de la nature des âmes célestes qui étaient sans sexe, le sexe n’étant que dans les corps faits par le mauvais Dieu, étayant un but contraire aux intentions du Dieu bon5.
Quant aux âmes qui ne feront jamais pénitence, elles retourneront un jour, ou plutôt elles resteront sous le pouvoir du démon ; ce sont celles qu’il a créées lui-même. Par le
1 Quando Filins Dei descendit de eœlo, cum voluntate Patris descenderunt cum eo 144,000 angelorum , qui sunt spiritus paccati et boni, et illi remanserunt in mundo ad recipiendum animas quœ fecerunt et servaverunt mandata Dei, et reducunt eas ad gloriam Patris unde exiverant. Actes de VInquisit. de Carcassonne, 1505; Doat, XXXIV, f° 101.
- Quisque restituetur in gradutn prislinum . Reiuerius, 1763. Redibunt ad cathcdras et tunicas quas dimiserunt in paradiso. Actes de l’inquisit. de Carcassonne, 1503; Doat, XXXIV, f°s97, 101.
Moneta, 4, 353.
* Summa, pars III, in Supplem., quæsl. 81, art. 3, p. 205.
5 Ebrardus, 16i. Le même auteur, /. c., prétend qu’ils enseignaient d’a-
SORT DÉFINITIF DES AMES
bi
fait de leur refus de faire pénitence, c'est-à-dire d’entrer dans l’Église cathare, elles prouvent qu’elles n’ont pas été du Dieu bon, et par conséquent qu'elles n'ont pas été du nombre des âmes qui devaient être sauvées; elles sont condamnées dès leur origine, elles ne subissent que la nécessité de leur nature1.
On comprend aisément, d’après tout cela, les motifs pour lesquels ils ont dû se prononcer contre l’usage de l’Église de prier pour les morts. Les âmes qui accomplissent la pénitence ne peuvent manquer leur salut; celles qui ajournent leur pénitence passent dans un autre corps; celles enfin qui ne se repentent jamais, prouvent par cela même que le salut ne leur était jamais destiné. Nulle prière ne saurait changer cet ordre de choses. Le salut est attaché à une condition qui, lorsqu'elle est remplie, a pour conséquence necessaire le retour au ciel; il ne dépend pas de Dieu de changer quelque chose â ces lois qu’il a établies lui-même; par conséquent il n’y a pas non plus lieu h lui adresser des supplications. Lésâmes qui sont damnées, le sont par une nécessité semblable; ce sont les âmes créées par le démon , et exclues ainsi par leur origine et par leur nature du domaine céleste; toutes les prières , toutes les messes en leur faveur demeureraient sans effet ; toutes les bonnes œuvres quelconques
prés Êphés. IV, 13, quôd in specie viri perfecti et in ætate XXX annorum ad judicium veniamus. Celle opinion ne s’accorde guère avec la doctrine de la préexistence des âmes et la négation de la résurrection des corps. Il est possible qu’elle n’ait été qu’une croyance locale , partagée par quelques membres de la secte, peu au fait de l’enchainement et de la tendance de tout le système. Elle était d’ailleurs assez commune chez les docteurs et les prédicateurs catholiques du moyen âge, qui la fondaient sur le même passage Eph. IV, 13, interprété tout littéralement. Elle était soutenue par saint Thomas d’Aquin lui-méme; Summa , t. III, Supplem. , quæst. 81, art. 1 et 2, p. 204; voy aussi Olivier Maillard, Sermones quadragesimales in oppido Brugensi declamati, a. 1501, dans son Novum diversorum sennunum opus, Paris, s. a., in-8°; f° H5a.
• Actes de l’Inquisit. de Carcassonne, 1247; Doat, XXII, 0> 101.