L1VHE IV
Église particulière, visible, à côté de celle de Rome. Cette Église extérieure a aussi sa forme , son organisation , son ministère.
La première condition pour l’exercice du ministère cathare est la perfection morale, la pureté absolue. La mission du ministre est de conduire les croyants au salut, en les préparant à la réception du Saint-Esprit; or pour pouvoir communiquer le Saint-Esprit aux autres , il faut le posséder soiméme , et on ne le possède qu’aulant qu’on est sans péché. Il faut , disent-ils, avoir les mains pures pour pouvoir laver les souillures de ses frères1; et ils en tirent la conséquence que le ministère de ceux qui en sont indignes par leur conduite morale, doit demeurer sans fruit2. Comme l’Église catholique ne réclamait pas de ses ministres une pureté parfaite , au-dessus des forces d’un homme ; comme d’ailleurs le clergé du moyen âge présentait bien souvent le spectacle d’une corruption , qui arrachait des plaintes amères aux docteurs les plus orthodoxes , et que ceux-ci , désespérant de la moralité des clercs , allaient jusqu’à soutenir qu’il vaut mieux avoir de mauvais prêtres que de n’en avoir pas du tout3 : les Cathares refusaient au clergé catholique tout caractère sacerdotal4; ils l’accusaient d’avarice, de simonie, d'intempérance, de dureté, d’hypocrisie4; ils lui appliquaient tous les reproches que Jésus-Christ a adressés aux scribes et aux pharisiens de son temps6 ; la foi des prêtres, disait le peuple qui adhérait aux Cathares, est fausse et morte, la vérité n’est pas dans leur bouche , leur vie trahit les mauvaises
1 Disputalio, 1755.
2 Eckbertu», 918.
3 P. ex. (îerson, Dialogue tophicr et uaturte super rœlibatu Ecclesiastieorum; in opp., ed. Dupin, I. II. p. II, 654.
4 Eckbertu», 918; Moueta, 315.
3 Evervinus, 454; Eckbertu», 918, 919; Disputalio, 1755.
b Moneta, 591 et suiv.; 434 et auiv. — Les Bogomiles : Euthymiu», ,Varr. de Bogom , 35.
dispositions de leur cœur1. Far conséquent ils sont indignes du ministère chrétien , ils n’ont plus les qualités exigées par l’apôtre saint Paul de celui qui «désire d’être évêque2 -, » les sacrements administrés par eus restent sans effet; coupables eux-mêmes de mille péchés, ils ne sauraient nous absoudre des nôtres; dignes de malédiction, ils ne sauraient nous donner une bénédiction efficace3 ; tel était le langage de la secte, qui en concluait que le vrai sacerdoce n’existait plus dans l’Église romaine ; il n’était que là où l’on exigeait des ministres la plus grande pureté morale, c'est-à-dire dans l'Église cathare4. Là en effet les ministres ne sont choisis que parmi la classe des parfaits ; c'est là aussi que s’est conservée, disait-on , la vraie succession apostolique , et la possession du Saint-Ésprit transmis par l’imposition des mains depuis les apôtres; Jésus-Christ est venu pour établir une ordination nouvelle, il a donné à ses disciples le pouvoir de remettre les péchés et de sauver les âmes , et les apôtres ont transmis ce même pouvoir à leurs successeurs, de génération en génération , dans une série continue ; ces successeurs , ce sont les ministres cathares5.
Dans sa prétention de se rattacher à l’Église primitive et
* Arch. de Tlnquis. de Toulouse, 1373 ; Doat, XXV, f» 39».
2 I™ ép. à Timothée. Monda , 313 ; Dispulatio, 1755.
3 S. Bernardi Sermo, 66; I, 1500; Eckbertus, 901; Moneta, 433; Dispulatio, 1753; Steph. de Bellavillà, 90; Liber sentent, inquisit. Talos., 92.
* Eckbertus, 899, 917.
* ...Quàd Keclesia hasreticorum erat vera Ecclesia ;... quàd heeretici habebant episcopum et diaconum ; l'interlo'uteur catholique demandant d'où ils les ont, le Cathare répond : quàd a principio babuerunl unus ab alio. Arch. de T Inquisit. de Toulouse, 1275; Doat, XXV, f» 3*. Jésus-Christ est venu ad faciendum novam ordinationem et novum testamentum ad salvandas animas ;... ipse Filius Dei dédit Apostolis potestatem remittendi peccata et salvandi animas, et dicti Apostoli dederunt similem potestatem aliis successoribus suis, et deinde alii aliis usque ad finem tnundi, et ipsi heeretici erant de illis qui habebant illam potestatem. Arch. de l'inquisit. de Carcassonne, 1305; Doat, XXXIV, f» 102».