‹ Histoire et droit: Sér. 1-2Chapitre 24 sur 42 · Ibid., F · texte numérisé non relu

Ibid., F

Tordre actuel des choses n'est pas le but que s'étaient proposé les hommes qui renversèrent la Bastille, le trône et Robespierre. Comme vous, je sais, moi, qu'il faut opérer un changement, que ce changement n'est pas aussi éloigné qu'on pourrait le croire, et lorsqu'on va le plus avoir besoin des patriotes pour l'opérer, ce changement, ils méditent notre ruine, notre mort; ils se font, sans y songer peut-être, les instruments des émigrés, des fanatiques, des royalistes qui jamais ne se sont vus plus près de la monarchie. » Et Barras appuie sur cette prétendue complicité des babouvistes avec Pitt et Cobourg et les émigrés. Puis, s'adressant à Germain, pour savoir l'effet produit par son éloquence : « Mais, voyons, que penses-tu de cela, mon camarade? »

Germain répondit, en substance, « qu'il n'avait aucune connaissance des instigations de Pitt, de Cobourg, dlsnard, de Rovère, etc. », mais qu'assurément le peuple était las de ses oppresseurs; qu'il n'y avait aucun mouvement en préparation; qu'enfin, les démocrates ne voulaient pas plus d'un prairial que d'un vendémiaire, car l'un a brisé les lois du peuple et l'autre a établi et assis celles des aristocrates ». Sur quoi, Barras, interrompant, exprima le regret de n'avoir pas, au 1 er vendémiaire « travaillé la marchandise pendant trois jours seulement, de manière à satisfaire les patriotes », et se répandit en menaces contre les royalistes. « Oui, s'écria-t-il, que le mouvement soit général et dirigé contre le royalisme! J'ai du courage, j'ai des moyens et l'on méjugera. » Barras ajouta qu'il avait dernièrement parcouru le faubourg, mais que le peuple lui avait paru calme et paisible. « Si je l'eusse vu remuer, c'en était fait.... Je

marchais avec lui, car c'est de lui, c'est par lui que je pense que se manifeste la volonté nationale.... » Mais le peuple n'est pas représenté par « quelques agitateurs au quelques maladroits ». Et il renouvelle ses avances aux babouvistes, les pressant de s'unir au Directoire, c'est-à-dire à lui, Barras \ « Vous criez contre nous : Crucifigef et à qui donc se rallierait-on? A la cour de Vérone ! Oui mes amis, c'est là qu'on veut vous conduire, tandis que c'est cela qu'il faut tuer etanéantir ». Puis, le directeur conclut ainsi : « Vous devez maintenant, mon camarade, connaître mon esprit, mon sentiment, mes principes. Plus d'un patriote le sait aussi : mon existence est liée à celle du peuple, à celle delà République. Croyez-le, ainsi que tous les vrais patriotes, je ne négligerai rien pour leur succès, et ce n'est que pour les servir que je résiste au désir qui me presse de démissionner et de me retirer paisiblement dans une obscurité qui m'est bien chère ». Barras congédia Germain, en l'invitant à revenir le voir de temps en temps; il lui donna même une carte de circulation.

Notons que cette entrevue avait été préparée par Barras; une note, adressée le 7 thermidor au Coumer républicain 1 nous apprend que Germain avait été amené au Luxembourg dans une voiture hermétiquement close, par un nommé Lombard, ami du directeur. Du reste, Barras avoue dans ses Mémoires * que, s'il n'a pas eu de relations directes avec Babeuf, « qui lui était absolument inconnu » et qu'il traite de grand fou, il a reçu quelquefois Germain, dont il fait

Page 1