‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 218 sur 232 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

quer partiû ces alliés; Teau-de-vie et les vivres ne manquaient pas.

Mais le 28, quand le général Bachelu s'étendit à droite vers Regnitz pour en éloigner les Russes, qui de Tilsitt s'y étaient réfugiés, les officiers prussiens commencèrent à se plaindre de la fatigue de leurs troupes; leur avant-garde, marchant à contre-coeur et sans précaution , se laissa surprendre ; elle se mit en déroute. Toutefois Bachelu rétablit le combat , et entra dans Regnitz.

Pendant ce femps-là , Macdonald , arrivé dans Til-. sitt , y attendait Yorck et le reste de l'armée prussienne; il ne les voyait point arriver. Le '29, les officiers et les ordres qu'il leur envoya se multiplièrent vainement : aucune nouvelle d'Yorck ne transpirait. Le 3o, l'anxiété de Macdonald redoubla : elle se peint tout entière dans une de ses lettres, datée de ce jour, où il n'ose pourtant pas encore paraître soupçonner une défection. Il écrivait : « Qu'il ne com- (( prenait point ce retard; qu'une multitude d'officiers « et d'émissaires portaient à Yorck ses ordres de le « rejoindre, et qu'il ne recevait aucune réponse. « Ainsi, quand l'ennemi s'avançait sur lui, il était « forcé de suspendre sa retraite ; car il ne pouvait <c se résoudre à abandonner ce corps, à se retirer « sansY'^orck; et pourtant ce retard le perdait! »

Celte lettre se terminait ainsi : « Je m'épuise en « conjectures. Se retirer! Que dirait TEmpereur? la

m LIVRE DOUZIÈME.

c< France? Taifaiée? TËLicope? Ne seiatt-ee pas une « tache ineffaçable pour le dixième. corp& que Ta- « bandon volontaire d'une partie de ses troupes y et (c sans y être eontraînt autrement que par la prur< dence? Ohnoa! Quels que soient les événements^ « je; me résigne et me dé vouevoloatiers pour victime , ce pourvu que je sois la seule ! » Et il finit eu souhaitant au général français ce un sommeil que sa tsisle a situation lui refuse depuis longtemps! »

Le méilie jour il rappela dans Tilsiit Bachelu et la cavalerie prussiemse , encore dans Regniiz. Il était ouït. Bachelu voulut exécuter cet ordre, mais les colonels prussiens s*y refusèrent; ils se couvraient de différents prétextes : « Les routes y disaient-ils , étaient ce impraticables; on ne faisait point marcher des « hommes par un temps si affreux et à une telle a lieure ! ils avaient à répondre à leur Roi de leurs (c régiments l » Le général français , étonné , leur impose silence, il leur ordonne d'obéir; sa fermeté les âubJAigue, ils obéissent, mais lentement. Un général russe s'était glissé dans leurs rangs , il les pressait de lui livrer ce Français, seul au milieu d'eux, qui les commandait; mais ces Prussiens, déjà prêts à abandonner Bachelu, ne pouvaient se résoudre à le trahir; enfin ils se mettent en marche.

Dans Regnitz, à huit heures du soir, ils avaient refusé de monter à cheval; dans Tilsitt, où ils arrivèrent à deux heures après minuit, ils refusent d'en

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descendre. Cependant , à cinq heures du nialin^tous étaient rentrés , et , Tordre paraissant rétabli , le général prit quelque repos. Mais ôa avait feint de lui obéir : dès que les Prussiens ne se sentent plus observés ils reprennent leurs armes ^ ils sortent , et , Massenbach à leur tête , tous s'échappent de Tilsitt en silence et à la faveur de la nuit. Les premières lueurs du dernier jour de 1812 apprirent à Macdonald que Fermée prussienne Favait abandonné.

C'était Yorck qui, loin de le rejoindre , lui arrachait Massenbach , qu'il venait de rappeler auprès de lui. Sa défection , commencée le 26 décembre , venait d'être consommée. Le 3o décembre, une convention entre Yorcketle général russe Diebitsch avait été conclue à Taurogen : « Les troupes prussiennes « devaient être cantonnées sur leurs frontières et y « rester neutres pendant deux mois , même dans le a cas où leur gouvernement désapprouverait cet <c armistice. Ce terme expiré, les chemins leur sert raient ouverts pour rejoindre les troupes françaises, « si leur Roi persistait à le leur ordonner. »

Yorck et surtout Massenbach, soit crainte de la division polonaise à laquelle ils étaient joints, soit respect pour Macdonald, mirent quelque pudeur dans leur défection. Ils écrivirent à ce Maréchal. Yorck lui annonçait la convention qu'il venait de conclure ; il la colorait de prétextes spécieux : « La fatigue , la « nécessité, l'y avaient réduit; mais il ajoutait que,

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