‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 150 sur 257 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

^. Antîgoa,Iui, revenant en Europe^ capture aux Anglais <iix-huit millions, et détruit leurs flottes marchandes. Vainement encore le rapide Nelson, devinant enfin iriotre amiral , le suit? après seize jours d'erreur que X'egagne sa marche légère. Dans son vol inutile il le dépasse sans l'apercevoir, et achève de s'égarer en <3herchant, à Cadix et dans la baie dé Biscaye , notre lourde flotte. Enfin, épuisé lui-même, il est forcé de jrenlrer avec deux vaisseaux en Angleterre. Toutefois l'Amirauté a été avertie, et ses forces, jusque-là dispersées en quatre stations , se resserrent.

Quant à Napoléon , revenu eri deux jours et demi <le Turin à Saint-Cloud , il n'y semble occupé que de son administration intérieure : il veut prolonger quel- <|ues heures encore la sécinrité de l'Angleterre ; mais, ses dernier^ ordres donnés et le temps venu , il accourt à Boulogne, le 3 août. Là , comme en pleine mer, tout avait répohdu à son attente. Verhuel, toujours victorieux , s'était rallié, d'Ostende à Ambleteuse, avec la flottille. Il avait eu deux caps à doubler en dépit des attaques de Sidney-Smith ; dans ce difficile trajet, sans rien perdre de son côté, il lui avait détruit trois corvettes. D*autres manœuvres, depuis le Texel jusqu'à Brest , sont essayées, et Napoléon s'est assuré de l'embarquement, en quelques heures, de dix mille chevaux et de cent soixante mille hommes.

Jamais on ne vit dans une armée ime ardeur aussi grande que dans la nôtre. Chefs comme soldats, tous étaient exaltés de l'espoir de vaincre et d'humilier les Ahglais jusque dans Londres! A notre arrivée à Boulogne, le 2 août , quand Raap et moi nous annon-

cames pour le lendemain l'Empereur, et bientôt après, la descente au maréchal Soult, celui-ci, transporté de joie, se prit la tête à deux mains, et bondit tout au travers de sa chambre ! L'Empereur était plus impatient encore. Le jour suivant, en descendant de voiture , bien plus pressant que Tannée précédente , ce n'est plus vingt-quatre heures, c'est quatre heures seulement qu'il accorde à l'embarquertient des troupes! Dés lors tout le matériel fut embarqué, et Ton se tint prêt au premier signal.

Pourtant , dans son anxiété sur l'arrivée de Villeneuve , il disait le surlendemain : « Ce n'est point une « chose faite. que cette descente! Après Campo-Force mio j'avais demandé au Directoire trente-six mil- « lions, trente-six vaisseaux et trente-six mille hom- « mes, et l'Angleterre était conquise ! Je ne m'y serais « point arrêté ! Mais à présent c'est autre chose , je «c ne puis plus m'a venturer ainsi ; je suis devenu trop a grand seigneur! » Puis, son espoir se ranimant, il ajoutait : « L'heure de l'Angleterre a sonné ! Nous avons c( à venger les défaites de Poitiers , de Crécy et d' Atf zincourt ! IL y a cinq cents ans que les Anglais com- (c mandaient jusque dans Paris! Les Anglais sont « maîtres de l'univers I On peut, en une nuit, se mettre « à leur place ! Us ont conquis la France sous^ un Roi ic fou ; nous conquerrons l'Angleterre sous un Roi en « démence! »

Ainsi Napoléon, selon son habitude, visait droit au cœur! Tout devait être terminé en quinze jours. Le bul pour la flottille était les plages de Kent et de Sussex , d'où l'armée devait s'élancer sur Londres, tandis

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