‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 177 sur 257 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

lettre de Lannes, cette nouvelle de Dupont, à laquelle Napoléon était si loin de s'attendre, transportent * enfin son attention sur la rive gauche : il commence à douter d'une bataille sur TlUer ; il ne peut plus regarder comme insensée la crainte d'une retraite de Mack par Nordlîngen sur la Bohême : il vient de lui en donner la possibilité. Dès lors une vive anxiété s'empare de l'esprit de Bonaparte, Son grand parc , ses renforts, sa ligne d'arrivée ou d'opérations enfin , sont sans garanties suffisantes sur la rive gauche du Danube/ Mack, dans Ulm, est sur les deux rives : il peut, il semble même vouloir, pour s'évader, profiter de cet avantage. Il faut donc à l'instant, et s'il en est temps encore , d'une part se réemparer impétueusement de la rive gauche ; d'autre part reconnaître à fond l'ennemii sur la rive droite jusque dans Ulm, pour s'assurer à la fois de ses intentions sur les deux rives et l'y contenir!

Aussitôt partent , le i3 octobre, cent instructions dont la plus importante fut l'ordre, au maréchal Ney, de repasser à tout prix, dès ce jour même , le Danube à JÉlchîngen, ce qu'il ne put exécuter que le lendemain. Inquiet, impatient, Napoléon déjà m'avait envoyé la veille au soir à Murât , lui porter des ordres , lui -demander des nouvelles; à quoi ce Prince, enfin détrompé, m'avait répondu que l'armée ennemie n'était plus devant lui , et qu'elle avait passé sur l'autre rive. Mon instruction portait de revenir dans la nuit à Guntzbourg, où l'Empereur arriva le i3, avec le jour. Là , prévenu par moi qu'un parti ennemi avait été aperçu sur son passage, dans son

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ctonnement il m'envoya reconnaître, en amônt du .fleuve , le pont de Leiphem qu'U croyait garde. C'était admettre la supposition fort possible , que déjà Fennemi avait pu s'avancer dXUm jusque-là, en descendant le fleuve, par sa rive gauche, pour nous échapper.

Je ne retrouvai l'Empereur, dans l'après-midi , qu'à Pfafienhoffen, chez Murât. Sur mon rapport, que Leiphem était rempli de nos troupes, mais qu'elles ne songeaient nullement à garder le pont, haussant les épaules , il dit à son beau^rère : « C'est donc « partout de même! Vous voyez comment nos or- V dres sont exécutés! » Je ne sais si ce reproche, ainsi généralisé, s'adressait à Ney ou à Murât ; mais évidemment l'Empereur s'apercevait que, pendant son séjour à Âugsbourg , tout avait langui ; que l'ennemi avait été négligé ,. mal reconnu ; que désormais il fallait que lui-même fût présent partout, et qu'il ne devait s'en rapporter qu'à §on coup d'œil.

Aussi envoyait-il, en ce moment, ordre sur ordre à Lannes et à Marmont de resserrer Ulm ; il y appelait Soult de Memingen; la nuit et les rapports arrivés, il reprochait à Ney, qui n'avait que trop obéi , l'isolement de Dupont sur l'autre rive ; il le grondait d'avoir faiblement attaqué , dans la soirée , le pont d'Elclîingen, et de s'être fait repousser. « Il trouvait à « propos , lui écrivait-il , d'attirer l'ennemi dans « des combats partiels , qui, ne pouvaient que nous « être avantageux , mais en se gardant bien de ris- « quer, par de petits revers , de relever le cœur de *f l'ennemi , et de rendre ainsi le moral à une armée « qui n'en avait plus ! »

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