FIN DU LIVRE DIX-HUITIÈBIB
Le 22 octobre l'Empereur revit Augsbourg, où il séjourna y et dont il fît sa principale base d'opérations pour la seconde partie de la campagne. Cette ville, qu'il jugea facile à défendre , fut bientôt remplie de nos parcs et de salles d'armes. De nombreux hôpitaux y furent créés. Nptre grande ligne d'opérations devant bifurquer à sa sortie de Donawerth , des précautions semblables furent ordonnées pour Munich et Ratisbonne. Plus tard , Braunau et Passau , comme troisième position plus avancée, furent organisées pareillement.
Nous arrivâmes à Munich le 24 octobre. Le plus doux de tous les triomphes l'attendait là , celui de rétablir dans sa capitale, si rapidement reconquise, l'allié qui s'était confié à sa fortune. L'accueil enthousiaste et reconnaissant dt) Munich répondit à son attente; il y resta jusqu'au 28. Cependant ses ordres de marches en avant sur l'Inn , datés d' Augsbourg , d'Elchingen même, se multipliaient. Soixante mille Russes et Autrichiens venaient de se montrer sur cette frontière. Il n'attendait, pour les culbuter, pour
s'enfoncer dans la vallée du Danube jusque dans Vienne, que la réunion de ses colonnes. Ni le Tyrol^ encore plein d'Autrichiens qu'il laissait en arrière à droite, ni la Prusse entière, soulevée à la nouvelle delà violation de sa neutralité, et dont le cri de guerre menaçait sa gauche et ses derrières, ne l'arrêtaient; et il n'y avait là , ni l'orgueil démesuré d'un victorieux, ni emportement de gloire, mafis un calcul net et précis de ce génie du bon sens, si prompt et si résolu, qui était le sien.
En effet , après ce coup de foudre d'Ulm, comment ne pas profiter de la consternation qui devait le suivre, et du temps gagné sur les Russes ainsi^ prévenus? Pourquoi en laisser affaiblir l'impression sur l'esprit timide et iirésplu de Frédéric? Fallait-il donner aux renforts aytrichiens, à l'Archiduc Charies, à cent mille Russes hors de portée encore , à cent cinquante mille Prussiens engourdis par quatorze ans d'inertie, et répandus depuis la Franconie jusqu^à la Vistule ,. le temps de se. reconnaître , de se réunir «t de Tenvironner? Pourquoi enfin laisser à cette coalition le loisir d'opposer trois cent mille hommes à ses deux cent mille soldat3 , de ressaisir l'occasioin, ^t de l'attaquer du fort ^u faible?
Et d'ailleurs où se placerait-il pour perdre, à les attendre , un temps aussi favorable? Menacé au levant en face , menacé au nord sur sa gauche , au. lieu de tout prévenir en s'avançant audacieusement, jusqu'coi lui faudrait-il reculer timidement, pour a'iêtre pa3 bientôt attaqué en tête par les deux Çnapereui^^ çt coupé, par la Prusse, de la Souabe et de la France?