‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 34 sur 257 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Mêlas n'était pas seul \aincu : Moreau était devancé ; il était surpassé, ce qui n'était pas moins important pour Bonaparte. Dans ces deux campagnes simultanées les similitudes furent grandes, mais plus grandes encore les différences. Des deux côtés : deux passages célèbres, celui du Rhin et celui du Saint-Bernard; plusieurs victoires ; deux combats en champ clos offerts , l'un refusé à Hochstedt , l'autre accepté à Marengo , après deux autres passages également audacieux, celui du Pô et celui du Danube; enfin, deux grandes conquêtes confirmées par deux armistices ! Mais le passage du Rhin datait du 2 5 avril, et l'armistice de Parsdorf, du i5 juillet seulement, tandis que le passage du Saint-Bernard , commencé le 1 7 mai , avait été suivi , des le 1 5 juin , de la capitulation d'Alexandrie , alors que Moreau tâtonnait encore sans ensemble , et vaguait sans décision autour et en avant d'Ulm.

Ainsi , quand il fallut à celui-ci cent-vingt mille hommes et soixante et quinze jours pour conquérir la haute Allemagne, vingt-huit jours et cinquante-huit mille hommes avaient suffi à la conquête de la haute

Italie par Bonaparte! Il avait commencé un mois plus tard , et fini un mois plus tôt ! C'était d'un côté une renommée acquise laborieusement, à frais communs » avec des lieutenants habiles et par des combats multipliés, plus glorieux peut-être pour eux que pour leur chef; c'était, de l'autre, deux bonds impétueux, suivis d'un coup d'éclat soudain , merveilleux , imaginaire ; quelque chose de la manière d'en haut, tenant du Jupiter tonnant et du phénomène!

Ajoutez que l'armistice d'Alexandrie livra le théâtre entier de la guerre à Bonaparte , tandis que l'armistice de Parsdorff. laissa derrière nos rangs trois places fortes à Tennemi. Ce fut de Paris, et au prix de leur reddition, que le Premier Consul accorda la prolongation de cet armistice.

Jusqu'ici le passé de l'un et de l'autre excluait toute comparaison : l'habileté même de Moreau n'était poiat incontestée ; mais, dans cette même année 1 800, bientôt une seconde campagne en hiver, celle de Hohenlinden, allait élever si haut ce général qu'il osa dèslors rivaliser de gloire guerrière avec Bonaparte , et opposer son républicanisme jaloux à sa Dictature !

Nos annales, plus détaillées que ce récit, diront tout ce qui suivit Marengo et précéda Hohenlinden : et d'abord la loyale restitution , par l'Autriche , de Gênes rétablie aussitôt en République Ligurienne; le dépit des Anglais de n'en pouvoir tout emporter; les regrets publics de Napoléon pour Desaix , les honneurs dont il combla sa mémoire ; les marques de sa reconnaissance poiu* ses autres lieutenants; l'enthousiasme de Milan quand il y revint après sa victoire et qu'il y laissa, avec

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