CHAPITRE IL
rite qui commençaient, je fis demi-tour et rentrai dans la Fia-^Mala malgré les instances des habitants qui m'avertirent inutilement de mon imprudence. Je ne la reconnus que trop bien au bout d'un quart d'heure de marche , quand le vent, le bruit de l'orage et les mugissements du torrent m'assourdirent ; quand à la pluie glacée qui tombait du ciel qu'on n'apercevait plus entre ces deux rocs, aux nuages abaissés qu'il fallait traverser, et au brouillard épaisiquî s'élevait du fond du précipice , une nuit noire ajouta son obscurité , et qu'il fallut mettre pied à terre, afin de savoir où nous marchions et pour ne pas tomber dans le gouffre. Nous nous arrêtâmes consternés. Retourner à Splugen eût été le parti le plus sage, nous hésitâmes ; mais l'amourpropre et le goût des émotions fortes m'entraînèrent à ne point rétrograder.
Dès lors , marcher à tâtons la guide au bras , une main sur le rocher, et de l'autre main sondant à chaque pas le sol, devint notre seule ressource. Mais où l'anxiété, devenait inexprimable , c'était quand, le sentier manquant devant nous, il fallait deviner ces ponts jetés d'un roc à l'autre, en éviter les crevasses, et passer ainsi au-dessus du gouffre. Nous nous arrêtions, nous appelant à chaque minute, croyant, à tous moments , au travers du fracas du torrent ou de la tempête , avoir entendu l'un de nous rouler dans l'abîme ! Souvent nos mains ou nos pieds en rencontrèrent le vide. Alors, nous rejetant en arrière contre le roc, nous restions saisis , n'osant plus faire un mouvement, immobiles sur cette corniche, et presque décidés à y attendre que le jour revînt nous montrer l'issue d'un
danger affronté sans raison^ sans utilité, et où notre fin tragique eût été entachée de blâme et de ridicule.
Bientôt pourtant , reprenant courage , nous serrant contre le rocher, et abandonnant nos chevaux à euxmêmes, nous renouvelâmes en divers sens nos tentatives ; le plus heifreux appelait Fautre , et ainsi peu à peu nous avançâmes. Enfin, après quatre mortelles heures d'angoisses, Forage calmé, le ciel moins sombre, Fair plus libre et le bruissement des cataractes s' éloignant , nous nous sentîmes sm» un sol plus ouvert. La f^iorMala était dépassée; nos chevaux nous avaient suivis; et bientôt une faible et bienheureuse lumière •nous fit apercevoir un pauvre chalet où nous nous réfugiâmes. ' • ^
Le lendemain nous revîmes Coire, d où bientôt, Moreau ayant avec Macdonald troqué notre régiment contre un bataillon plus utile dans ces montagnes , nous nous acheminâmes par Feldkirch en Souabe. Là, ayant rejoint Farmée du Rhin , nous fûmes passés en revue par notre célèbre et nouveau général en chef.