CHAPITRE V
mon cœur ulcéré. Mes yeux s'ouvrirent. Ils virent en Bonaparte le véritable point d'appui que j'avais dierché , et qui s'offrait au salut et à la réhabilitation possible des restes de la société ancienne. Néanmoins, fatigiié de mon inutilité, et me croyant disgracié de Napoléon par mon obstination antidiplomatique , je venais de demander un emploi de mon nouveau grade dans le 19"^ de Dragons commandé par Caulaincourt , quand j'appris que, dans ce régiment, une dénonciation de complot, à propos du Concordat, avait irrité contre lui le Premier Consul. Le fait était faux , il fut cru vrai , et conséquemment un escadron de ce corps, composé des plus mécontents, allait être envoyé à Saint-Domingue.
Au même moment je reçus un billet de Duroc , daté du 4 prairial an 10 (24 mai 1802) : il m'invitait à me rendre à midi à Malmaison ; le Premier Consul désirait me parler ; je serais introduit par l'aide de camp de service ; Duroc s'excusait , sur son absence forcée , de ne pouvoir se charger de me présenter lui-même.
Certes il n'y avait rien dans un tel billet qui dût ra'alarmer ; mais les imaginations jeunes et vives sont sujettes aux préoccupations exclusives , et ne brillent pas alors par le bon sens. La mienne se figura , tout chétif que j'étais, que la coïncidence de ma demande d'entrée dans le 19™® avec l'esprit séditieux que venait de montrer ce régiment , m'avait attiré la colère de Bonaparte. J'arrivai donc à Malmaison convaincu que j'allais recevoir, après une forte réprimande, la menace ou l'ordre de mon départ pour Saint-Domingue.
On peut juger de ma surprise lorsque, au contraire, ac-
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cueilli paternellement, je vis les traits de ce conquérant, qui m'avaient para si rodeâ àiîx Tuileries, empreints de la plus attrayante bienveillance ; quand j'entendis sa voix, naguère si durevmë dire avec un accent xloux comme une caresse : a Quey satis&il des rapports (( qu'il avait reçus de moi^ il lue chargent d'une mis^ « sioh près du roi tl'Espagtie ; <|Ue j'aurais à remettre « ôstensiblémenl, desapairt, uiie lettre au Roi, et une (c autre au Priu^ce de la Paix:, mais cellé-ei seorètement, <c à l'insu du général Sain t-Cyr, notre ambassadeur, <c ces deuxf personnages étant tnal ensemble; qu'au (c rëàte le citoyen Taileyrand me donaeraii des ins- « Iructions. » Alors| se prpmenaixtavec^nioi quelques secondes de pkis dans ce long eabkietf éclairé sur le jardin et stu» la cour du château, et qui en -occupait toute k largeur, il ajouta plusieurs neiots obligeants sur la confiance qu'il me témoignait, et me^ congédia de ce même air plein d'aménité* avec lequel.il venait de m'accueiUir.
En arrivant à Malmaison j'étais hérissé^ et ne songeant qu'à me défendre ; en sortant j 'étais ravi , charrié , enthousiasmé ! Le lendemain ce fut un' nouvel .étonner ment quand M. de Taileyrand m'eût remis, avec mes instructions, mes dépêches et mon passe-port, dix mille francs! à moi^qui ne m'étafis jamais vu possesseur que d'un mois de solde, toujours dépensé d'avance, malgré l'économie que ma position m'imposait.
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