‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 119 sur 311 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Espagnole y THelvëtie et les peuples du Rhin, de sa aource à son embouchure , (fans la main de Bonaparte.

Toutefois la paix eût encore pu être prolongée, il se peut qu'une intelligence plus entière des difficultés du gouvernement chez nos voisins , et que rintéréi de la France eussent dû dicter alors une politique moins fière, moins impatiente, en vue d'un reste d'espoir de l'évacuation de Malte tant promise , de Toccupation de la Louisiane, et du salut des débris de notre expédition de Saint-Domingue. Ce qui est certain, c'est que la noble franchise de la conversation , si célèbre , que Napoléon eut alors avec Witliworth , parut imprudente. Elle brusqua trop les négociations, soit qu'elle eût été mal comprise par cet ambassadeur, ou mal interprétée par la malveillance anglaise.

Il faut aussi convenir que la publication du rapport de Sébastiani, sur sa mission en Egypte et en Orient, fut intempestive; ajoutons enfin, pour être juste, qu en ce moment, dans le discours d'ouverture de la session de i8o3, un passage menaçant et trop hautain, sur la force comparée des deux nations, put irriter l'orgueil britannique.

Le but de ces manifestations trop impatientes était d'appuyer les négociations; elles servirent de prétexte à l'explosion, jusque-là mal contenue , des passions toujours haineuses et envieuses de l'Angleterre contre tout développement de puissance ou de richesse de la France. Londres répondit donc au discours d'ouverture de notre session par un appel aux armes, fondé sur de prétendus préparatifs hostiles dans les ports français ; imputation de toute fausseté, que

Napoléon, indigné , repoussa violemment daos une audience diplomatique. Dès lors, et des deux]c6tés du détroit, la guerre s'empara du fond des cœurs. Cest de ce moment que date rentrainement trop belliqueux auquel s'abandonna le génie du Premier Consul. La paix, son ambition depuis trois ans, il ne rêva plus que Tespoir de Tobtenir , dans Londres même, par une descente dont il commença ausritôt les apprêts immenses. Il lui sacrifia dès lors la Louisiane , qu'il céda aux Etats-Unis pour quatre- vingt millions; puis, s'efTorçant de mettre Alexandre et Frédéric de son parti en invoquant leur médiation , il s'enveloppa d'une patience apparente pour laisser aux Anglais tout le tort de la rupture. Ceux-ci, après maintes provocations hostiles , souffertes par nos négociateurs et dictées par l'esprit public à leur ministère faible et tremblant, finirent, en exigeant ouvertement Malte, par un ultimatum qui n'accordait pour répondre que sept jours d'abord, puis trente-six heures. Ce fut en vain qu'alors Napoléon proposa la remise de cette ile à Alexandre, du consentement de cet Empereur, et même ensuite la prolongation provisoire de son occupation par les Anglais , celle de Tarente par la France devant servir de compensation : ces propositions furent repoussées. Enfin, après seize mois d*une paix fictive , le i6 mai i8o3, l'Angleterre captura nos vaisseaux marchands. De notre côté, et par représailles, quinze mille Français s'emparèrent de Tarente , vingt mille , de la Hollande ; le Hanovre fut conquis le 26 mai; et tous les voyageurs anglais, encore en France, y furent retenus prisonniers de guerre.

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