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Cependant, au cri d'honneur et de guerre du Premier Consul, au récit des prétentions et des outrages de l'Angleterre, Chambres Législatives , Chambres de commerce , villes et départements , toute la France enfin, ressaisie d'ardeur et d'indignation, avait répondu par le plus généreux effort dont une grande nation ait donné l'exemple! Avec Napoléon tout parut possible. La descente, la prise de Londres devinrent l'espoir universel. Chaloupes canonnières, frégates, vaisseaux à trois ponts et leurs armements, une flottille, une flotte entière, furent spontanément offerts par tous les départements de la République. Le Clergé lui-même partagea l'élan national ; eflicacement protégé par le Premier Consul, et comblé de ses dons, il était satisfait : il bénit la guerre!
Déjà, dans cette année i8o3,les institutions de la Banque de France, de l'octroi des villes et des cham^
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bres de commerce ; la continuation des codes, la division des monnaies telle qu'elle existe encore, et cent autres mesures aussi sages et aussi utiles , venaient de combler les vœux pacifiques de la France. Blaintenant, cette même activité se tournant contre Tennemi, o& vit, presque tout à la fois, Fontainebleau recevoir une école militaire ; Metz, réunir celles d'artillerie et du génie ; et l'École Polytechnique , devenir une école interne. La création des voltigeurs doubla notre infiinterie d'élite; la conscription régularisée porta nos forces à cinq cent mille hommes ; et la Grande Armée commença ! Divisée en six corps , sa droite fut au Helder, sa gauche à Bayonne. Des vétérans, dotés de dix millions de biens nationaux, espèces de colonies militaires, durent s'établir depuis Fénestrelle jusqu'à Juliers, et garnir cette frontière. Alexandrie fut triplement fortifiée; Parme et Piombino réunis à la France , Livourne et Ancône occupées. Saint-Cyr et quinze mille hommes, poussés sur Tarente, ressaisirent le royaume de Naples; et le Portugal paya, d*un million par mois, la permission de rester neutre. Toutes les Républiques Italiennes , Suisse et Hollandaise , vassales de la France, reçurent une impulsion pareille ; elles s'unirent à l'électrique et vaste mouvement imprimé par Bonaparte.
La Vendée, travaillée par les Anglais, pouvait redevenir menaçante ; Napoléon en confia généreusement la garde à une légion composée des Vendéens des guerres civiles, et à d'Autichamp leur génâ^. Ces nobles cœurs étaient faits pour comprendre le nen. Leur révolte, qu'auparavant on eût pu craindre, dés
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lors eut été une trahison : c'était la leur rendre impossible 1
A ces soins divers ajoutez une foule de règlements nouveaux pour la marine ; Tinstitution du corps des marins de la Garde , et celle de guides interprètes d'an^ais et connaissant bien l'Angleterre. Mais on comprendra mieux par le résumé suivant quel fut alors , jour et nuit , l'immense travail du Premier Consul.
La guerre, la plus vaste guerre qui fut jamais , venait d'être décidée I Les deux plus grands éléments moraux et physiques de ce monde , l'Aristocratie et la Démocratie , la Mer et la Terre, allaient se combattre encore. Dans cette lutte gigantesque il n'y avait , pour Napoléon, que deux issues : ou dompter tout à coup FAngleterre par une descente , ou la ruiner opiniâtrement en réunissant contre elle , de force pu de gré , l'Europe entière dans un système continental.
Déjà les apprêts d'une descente étaient commencés. Mais quelle entreprise ! 11 fallait, quant aux moyens d'attaque et de défense, créer à Boulogne et aux environs, sous le même vent, des ports de construction , de rassemblement et de refuge. II fallait creuser leur lit y élever leurs quais , fonder leurs écluses ; trouver sur place, ou construire, pour tant de travaux, des ateliers et des écuries , des manutentions et des hôpitaux, des chantiers et des magasins ; et, pour les défendre , bâtir des forts jusque dans la mer, couvrir le Uttoral de camps abrités, de routes militaires, et de batteries bien approvisionnées et armées de phisieurs milliers de mortiers et de canons de siège, encore à
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fondre ! Il fallait, pour s'y nourrir, y rafisembler, y en* tretenir, pendant environ deux ans, des fourrages pour trente mille chevaux, le chauffage et des vivres pour deux cent cinquante mille soldats , ouvriers et matelots I
Quant à l'armée active, il fallait la compléter de plus de cinq cent mUle honmies : trois cent cinquante mille destinés à contenir l'Espagne, à ctbserver l'Allemagne, à garder la France et Tltalie; et pour I expédition, sans les matelots, cent cinquante mille autres qu'il s'agissait d'aguerrir, d'exercer aux manoeuvres de terre et de mer, à l'embarquement et au débarquement avec leurs douze mille chevaux, leurs quatre cents canons de bataille,* et leurs vivres, caissons et munitions.
Il fallait, pour le transport de tout ce personnel et de tout ce matériel de guerre, plus de cinq cents vaisseaux de grande pèche ou de cabotage, qu'on devait acheter, et quinze cents bâtiments d'une flottille qu'il fallait construire dans tous les ports français et hollandais de l'Océan et sur toutes nos rivières; après quoi, les gréer, les armer de trois mille gros canons, enfin, en leur faisant doubler des caps, les réunir dans le détroit, sous le feu de l'ennemi, ainsi que cinquante vaisseaux de ligne français , et cinq hollandais, dispersés depuis Toulon jusqu'au Helder; flotte qu'il s'agissait de rallier pour se rendre maître de la Manche et protéger le passage et la descente.
Tout cela fut à la fois conçu et ordonné ; et l'exécution commença immédiatement. Dès la fin de i8o4y nos côtes furent si vigoureusement armées de forts, et