CHAPITRE III
flotte entière , eût été sacrifiée pour Terneuse , dont le sol fangeux et mouvant eût vraisemblablement, et inutilement y englouti les trésors de la France entière !
D'Anvers, et après que mon rapport en fut expédié, je continuai pareillement, dans chaque lieu important de la Belgique, du Luxembourg, et de la Basse et Haute- Alsace , ne prenant de repos que dans ma chaise de poste , quand les cahots des détestables routes •d'alors me le permettaient.
Après Strasbourg ma mission finit à Newbrisach , d'où je revins à Saint-Cloud. J'y retrouvai le Premier •Consul, déjeunant seul dans son cabinet, celui qui donne sur le parterre de cette orangerie d'oii il avait chassé, le 19 Brumaire, les Représentants du peuple.. Il était vêtu en uniforme des grenadiers à pied de sa Garde. Je n'avais point encore reçu de lui un accueil aussi enjoué et si favorable. Après cent questions, conmie, en écoutant mes réponses, il répandit son café sur le revers blanc de son habit , il se plaignit d'avoir tout gâté son bel uniforme; puis il me demanda si j'avais déjeuné ; et je crois en vérité que, satisfait de mes rapports et de mes réponses , il iîit près de me faire verser une tassé de ce café quHl ne prenait que deux fois par jour et jamais plus, <]uoi qu'on en ait pu dire.
Ce qui me frappa le plus dans cet entretien , ce fut la remarque suivante : <t J'ai vu tous vos états d'ar- « mement, me dit-il; ils sont exacts. Cependant « vous avez oublié à Ostende deux canons de quatre 1 « — Qtoyen Consul , lui répondis-je , vous ne m'en M aviez pas fait remettre l'indication , et je crois n'a-
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« voir rien oublié de ce que j'ai vu; mais, si vous « voulez bien m*en désigner remplacement, j ai les (c lieux encore assez présents à l'esprit pour vous tf dire si vos ordres à ce sujet ont été exécutés. « — C'était , reprit-il , en arrière de la ville , sur une ce chaussée. J'avais donné Tordre qu'ils fussent placés ce là pour le cas d'une descente. — Oui, m'écriai ce je, sur une espèce de digue qui sépare Ostende d'un a bas-fond à la faveur duquel on pourrait tourner les « ouvrages par leur gauche! — C'est cela justece ment, me dit Bonaparte. — Eh bien! ajoutai-je,je « puis vous certifier, citoyen Consul , que la chaussée a était nue ; je la vois d'ici, nulle pièce ne la défendait ! i Sur cette réponse , après quelques mots encore , il me congédia; et moi , je sortis confondu d'étonnement de ce que , parmi les milliers de canons répandus par batteries fixes ou mobiles sur ce littoral , deux pièces de quatre n'euâ^nt point échappé à sa mémoire! Comment , avec tout ce qui d'ailleurs devait le préoccuper, se pouvait-il que son esprit fôt assez libre, assez présent, assez maître de se porter subitement tout entier sur chaque affaire, pour se rappeler, avec tant de précision , un si minutieux détail !
Le général Duroc me dit ensuite que mes coqiptesrendus s'étant trouvés, par leur exactitude, peu conformes avec les rapports ministériels , deux ministres avaient été relevés rudement pour ces trompeuse! différences.
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