‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 203 sur 311 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Telle fut cette courte et brusque campagne ; mais <le notre côté , pendant ces quatorze derniers jours , •que de mouvements divers , que de fatigues, entremêlées de suppositions gratuites et de deux jours de vives inquiétudes! Maintenant que, dans le résumé qui précède, on a vu Tensemble de ce grand événement y plus libre d*en raconter les particularités , et passant de Thistoire aux mémoires, je vais, d'après mes notes de chaque soir, reproduire en détail le récit de ces quatorze journées, de manœuvres , de combats et d*une capitulation à jamais célèbre. Sams cela , et pour nous surtout , je n'aurais fait connaître que les dehors des choses et trop peu les hommes.

J'ai dit que, le 6 octobre, l'Empereur, dépassant et tournant Mack, avait couché à Nordlingen. Déjà même, dans cette soirée, il avait poussé jusqu'à Donawerth , impatient de voir le Danube pour la première fois, et d'assurer, de hâter le succès de sa manœuvre. Le 7 octobre, vers une heure après midi, revenu au bord du Danube , il y excitait les travailleurs à en réparer le pont rompu par Kienmayer. La pluie , qui ne cessa plus guère pendant ce mois , et qui rendit si pénible la première partie de cette campagne , commençait en ce moment. Enveloppés dans nos manteaux , nous étions autoiu* de Napoléon, Mortier, Duroc, Caulaincourt, Rapp et moi, recevant et exécutant ses ordres. Il les multipliait. Tantôt il m'envoyait vers Rain pous-

ser en avant le maréchal Soult ^ et tantôt presser, au delà de Tembouchure du Leck , le passage de Vandamme. Quant à lui, je le retrouvais toujours devant ce pont brûlé de Donawerth. Dans sa hâte de le voir rétabli sur les deux rives j il m'ordonna trop tôt de franchir ce fleuve. C'était un premier danger i affronter, et des plus vifs. En effet une pièce de bois longue , étroite et mal assurée , venait d'être jetée d'une pile à Tautre. Cependant, regardé par Bonaparte, je partis d'un élan si prompt, que, en dépit delà mobilité de cette poutre qui se dérobait sous mes pas, et du manteau qui gênait mes mouvements, et de la tempête, j'arrivai sans vaciller jusqu'au milieu de la seconde arche. Mais là les oscillations de ce mince et tremblant appui, m'arrêtant, me firent chanceler. Je perdais l'équilibre; je voyais au-dessous de moi les solives à demi brûlées , précipitées la veille dans le fleuve , s'entre-choquer contre les fondations avec un fracas qui menaçait de me broyer et de me noyer entre elles. Ne pouvant plus ni avancer ni reculer, suspendu et déjà penché sur cet abîme, je me sentais perdu, quand un cri de Napoléon : <c Ah, mon Dieu, il va se tuer ! » me soutiat ; ce cri qui partait du coeur ranima le mien; je fis un effort de plus, et, me redressant, j'atteignis enfin la rive droite.

Le lendemain, 8 octobre, un autre ordre que je reçus revient d'autant plus à mon souvenir, que, dix ans plus tard, une hésitation semblable à celle dont je fus témoin perdit à Waterloo les restes de la Grande Armée, et Napoléon lui-même ! Ce jour-là FEmpereur, encore à Donawerth, m'avait envoyé vers Âugsbourg

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