CHAPITRE V
de manœuvres et de batailles^ la haute Allemagne et la haute Italie , s'otTraient par ce point saillant à noti'e attaque ; deux chefs seuls, par leurs antécédents, y convenaient : dans l'Allemagne, on gardait le souvenir de Moreau ; dans l'Italie, tout retentissait encore de la gloire de Bonaparte. Le choix des généraux était donc indiqué d'avanpe : crainte ou espoir, peuple ou armées, tout les* désignait. S'il y eut des difficultés, ce ne fut que dans la répartition des troupes, des lieutenants, et dans le plan de campagne. Chacun des deux chefs voulut attirer de son côté le lieutenant le plus habile. Ce fut Lecourbe, et son aile droite alors vers Schaffhouse, qu'on se disputa. Berthier, envoyé à Bâle , ne put obtenir de Moreau qu'un engagement écrit de céder Lecourbe lorsque ce général l'aurait aidé à rejeter Kray jusque dans Ulm. Quant à l'attaque, que Napoléon voulait tout entière par Schaffhouse, dans le flanc gauche et sur les derrières de l'armée autrichienne, Moreau s'opiniâtra à marcher au même but par d'autres moyens moins hardis, moins décisifs, mais plus conformes à son caractère , et que les faits vont expliquer. En cela, comme pour Lecourbe, il s'obstina et l'emporta. Napoléon céda, mais en' disant à Dessolles : « Ce qu'il n'ose pas faire sur « le Rhin, je le ferai dans les Alpes, et alors il regret- <c tera la gloire qu'il m'abandonne ! »
En même temps le Premier Consul avait envoyé à Masséna des instructions qu'il ne sut ou ne put suivre. Ce général, surpris le 5 avril par Mêlas, avait été séparé de Suchet et de la France. Rejeté dans Gênes, il s'y défendit d'abord, jusqu'au 1 3 mai, par quatre agres-
U LITEE TREIZIÈME.
ftions : Tune à sa droite et complètement yictorieuse; Tautre à sa gauche pour rouvrir ses communications avec Suchet. Cette seconde attaque, quelque glorieuse qu*elle fût, avait échoué par le hasard d'une rencontre simultanée, Mêlas, avec des forces quadruples, ayant choisi le même jour pour nous attaquer de ce côté. La troisième et la quatrième sortie d^e 3Iasséna eurent le sort des deux premières : la troisième ayant été victorieuse, et la quatrième repoussée. Soult avait voulu celle-ci; il y resta, blessé et prisonnier, aux mains du général Ott, qui dès lors nous contint dans Gènes, où Masséna ne devait céder qu'à la plus horrible des famines.
Cependant, jusqu'au 25 avril, Moreau, quoique libre d'agir à son gré, ne se trouvant jamais assez muni de tout, attendait encore. 11 fallut un ordre impatient de Napoléon pour qu'il commençât. Le 25 enfin, il lança bruyamment et violemment son aile gauche, par Strasbourg, au delà du Rhin. Elle y repoussa laile droite de l'ennemi, y attira l'attention et les forces du feld-maréchal ; puis, vingt-qualre heures après, il la fit subitement rentrer en France pour en ressortir avec le centre de l'année par Vieux-Brisach, et tourner la forêt Noire du côté du Haut Rhin, et en remontant la rive droite. Simultanément Moreau lui-même, avec sa réserve se liant à cette marche , déboucha par Bàle et poussa jusqu'au delà deSchaflliouse, où Lecourbe, franchissant le Rhin à son tour, allait se réunir à lui sur le flanc gauche et les derrières de l'armée d'Autriche.
Ainsi Kray, trompé d'un côté par une vive et fausse attaque, s'était d'abord senti (rappé à droite; pendant