‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 225 sur 311 · CHAPITRE h · texte numérisé non relu

CHAPITRE h

Non y sans doute , un génie aussi appréciateur du temps, des hommes et des circonstances, n'avait point

*à hésiter. Sa décision, bien loin de devoir lui être imputée à témérité, offre donc le plus grand de tous les exemples.

Son but , avec les Prussiens , fut de prolonger un reste d'hésitation de Frédéric : il y réussit. Pour les Russes, comme leur avant-garde osait Tattendre derrière l'Inn, pendant que leurs autres corps distendus accouraient pour la rejoindre, il espéra les détruire coup sur coup , en détail , par des combats partiels et sans bataille. Et ce résultat, sans une faute de l'un de ses lieutenants à Hollabrûnn , il l'eût obtenu. Quant aux Autrichiens , il voulut, en se jetant promptement sur Vienne , séparer leur armée d'Italie des restes de leur armée d'Allemagne , et arracher la paix à cet Empire , ou en achever l'écrasement.

Dès son premier séjour à Augsbourg , il avait donc, le 1 2 octobre , envoyé Duroc à Berlin ; mais les ef-

, forts de ce général y furent combattus par l'exaltation de la Reine , par l'exaspération de la jeunesse prussienne, et bientôt par l'arrivée d'Alexandre et d'un Archiduc. Duroc ne put empêcher Frédéric d'entrer, le 3 novembre, dans la coalition. Toutefois, et c'en fut assez, l'habile grand maréchal parvint à faire ajourner, jusqu'à une explication avec Napoléon , la déclaration de guerre de ce Prince pacifique.

Notre flanc gauche momentanément ainsi préservé, l'Empereur, afin d'assurer sa droite menacée par le Tyrol, laissa derrière lui, pour s'emparer de ces montagnes, le corps d'armée du maréchal Ney et la moitié

des Bavarois. Augereau dut les soutenir. Ce marédnl arrivait de Brest avec quatorze mille hommes. Napoléon lui-même, se réservant Tattaqueau cceur de TAqtriche y son séjour à Munich eut pour but d^attendre que tous ses autres corps d'armée eussent convergé sur rinn, depuis Yasserbourg jusqu'à. PasBiu, d'où tous ensemble 9 lui en tète suivant le Danube, allaient se précipiter sur Vienne. Dans cette marche , comme il ignorait encore les événements de Fltalie, notre aile droite devait, à Saitzbourg d'abord, puis jusqu'à Bruck, et à Leoben ensuite , prévenir l'arrivée possible de l'Archiduc Charles.

Ce plan hardi était si sagement conçu, il fut si bien calculé sur le temps, sur les distances, sur le caractère et la position de ses adversaires, que, à an détail près, il devint encore , tel que celui d'Ulm., VUstoire de cette campagne. Néanmoins, et en Toflnint pour modèle, convenons qu'un aussi grand homme , à la fois souverain et général d'une grande armée comme h nôtre, pouvait seul le concevoir et l'exécuter !

Convenons aussi que, d'une part si tout fut fitppé juste, à propos et avec un admirable ensemble, de l'autre part, tout parut inspiré par l'esprit de vertige et d'erreur le plus manifeste. Et réellement, quel mauvais Génie avait aveuglé l'Autriche ! Comment concevoir que, sans attendre les Russes, elle ait aventmé quatre-vingt mille hommes sous le général Mack , an point d'attaque le plus avancé, au point décisif, lorsque, dans le Tyrol et en Italie, où rien ne pouvait se décider, elle avait accumule' cent trente mille hommes d'élite sous l'Archiduc Jean et le célèbre Prince Cliarles!

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