CHAPITRE III
qui Sépare Scylla de Charybde , et les deux Siciles.
De Scylla à Reggio y où mourut dans l'exil la fille d'Auguste, nous descendîmes le 17 avril dans une plaine d'abord inégale, mais bien arrosée , ouverte , d'une admirable fertilité, et dont la plage, devant Messine, allait en pente douce et insensible disparaître dans la mer. A cette extrémité méridionale du continent européen , une végétation chaude et vigoureuse d'oliviers, de vignes, d'orangers, et surtout de mûriers, mêlés à des figuiers d'Inde, à des aloès, et à des palmiers, nous parut déjà presque africaine. Nous marchions en pleine vue de la Sicile : nousr en étions si près, que les boulets de Tune de nos batteries , celle du Pazzo je crois, eussent pu l'atteindre. Nous apercevions Messine et son phare, le majestueux et formidable Etna! Ces grands aspects ressaisissaient notre imagination; ils l'eussent exclusivement ramenée aux temps desDenys et d'Archimède, aux plus belles pages de Thucydide, aux plus intéressants récits de Plutar que, de Tite-Live et de Diodore, sans quelques fré gâtes anglaises qui croisaient insolemment, presque à notre portée, à l'ouvert du détroit , entre nous et la Sicile. Elles purent entendre les cris de f^ha el Ré ! des Reggiens; elles virent les feux d'artifice qui célébrèrent, dans cette soirée , l'arrivée du nouveau Roi. Mais leur présence fit comprendre à ce Prince que là finirait notre conquête , et à moi , l'inutilité d'une mission dont Reggio , qui renaissait à peine du bouleversement volcanique de 1783, était le terme.
Un long séjour à Reggio, oii le Roi trouva et laissa Régnier, était donc fort inutile. Nous y échangeâmes
pour la forme quelques boulets avec Tescadre an^ sicilienne; après quoi, ravi d'échapper aux milliards de puces qui fourinillent dans le sable de cetCe ville , nous en repartîmes le 20 avril pour achever la jme de possession d'un Royaume, qui devait à peine rester dix ans à la monarchie nouvelle !
Quand nous eûmes dépassé sur le littoral Vélroit défilé du cap deir Armi, l'antique Leuco-Pelra, où l'Apennin finit, où il tombe presque verlicalemeDt et disparait dans la mer, pour reparaître en Sicile avec des couches, dit-on, pareilles, mais sous un autre nom, nous parvînmes, au travers d'une masse derocs blancs et arides sillonnés par des torrents, au cap Spartivento, extrémité méridionale de l'Italie et de la Calabre. li, quelques-uns de nous prétendirent qu'ils aperce* vaient l'ile de Malte. La nuit venue, nous noas lûssàmes harassés jusqu'à Branca-Leone, misteble boui^ de cinq cents âmes, sur un pic élevé, d'où, le lendemain redescendant sur la plage, nous la suivîmes jus* qu'à Gerace , dans des sables mouvants qui {àillirent nous engloutir. I^ chaleur était si forte , la mardie toujours trop forcée si fatigante, qu'elles nous tucrent phisieurs fantassins, et à peu près le chirui^en do Prince. Le pauvre docteur était tombé suffoqué, sans qu'on s'en fût aperçu , car, nulle route n'étant tracée sur ce rivage, chacun y marchait à l'aventure. Mon