‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 281 sur 311 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Roi pourrait atteindre l'autre mer; mais qu'à Tinfanterie et aux canons il faudrait, pour ce trajet , deux journées d'environ six heures.

Dans ce court exposé , aujourd'hui de même qu'alors , je ne puis m'empêcher de m'arréter à Vena. C'est un village en dehors de cette route, qu'il domine du sommet d'un plateau fertile, mais de toutes parts es* carpe, et d'où le regard me suffît pour achever, jusqu'à l'autre mer, ma reconnaissance. Vena a été bâtie sur cette colline, il y a plus de trois cents ans, par une nouvelle émigration de Grecs du moyen âge. Les descendants de ces pauvres colons expatriés conservaient un touchant souvenir du lieu de leur origine. Leurs pères, disaient-ils, en avaient apporté, à cette place, et le nom si doux , et leur langue , et leurs coutumes que j'y retrouvai vivantes comme au premier jour. Leurs filles, au beau profil grec, étaient encore vêtues de leur double tunique blanche et bleue ; elles marchaient les cheveux tressés et flottants , et la tête decouverte. On distinguait les femmes à leur tunique rouge, au long voile attaché à leurs cheveux tressés aussi mais relevés à l'antique, et qui flottait en arrière d'elles, tels que les chants d'Homère nous représentent leurs ancêtres. L'un de leurs plus anciens usages, toujours respecté, voulait que leurs jeunes gens, au jour de leur mariage, allassent frapper trois fois à la porte de leur fiancée ; puis, qu'ils revinssent l'enlever de vive force ; après quoi, le prêtre les ayant unis, leurs parents formaient , en dansant, un cercle autour des deux époux, comme pour resserrer leur union et la rendre indissoluble.

Ce fut siir des chevaux de paysans que j'aocompKt aussi promptement cette tâche assez fatigante, lia d^ testable monture y lorsque je redescendis sur le Gh race, culbuta si complètement, la tète la première, qu^en achevant sa chute sur moi elle m*écrasa surplace, et je demeurai sans connaissance. Mes chasseurs d'es» cor te me relevèrent , et nous ne rentrftmes à Gatanzaro qu'à la nuit close.

Le Roi en était parti; soit préoccupation nouvdle, soit ennui et hâte d'achever sa course, il ne songeait plus guère au résultat que je lui appcmiis. Son esprit était ainsi : plus (in que fort, plus juste que 'vasleyles pensées s'y succédaient , mais en se nuisant réciproquement, comme si la place leur eût manqué ponr y tenir ensemble et marcher d'accord; en sorte que, dans la succession de ses idées, l'une chassant ïaulre, soja vent les meilleures mêmes ne semblaient aToir été que des lueurs passagères , dont on avait peine à retrouver trace.

Quelque soufirant et fatigué que je fusse , me reposer quelques heures à Cantazaro, c'eût iti perdre toute chance de le rejoindre. Il faUut donc en repartir aussitôt, et, nuit et jour, seul avec mon vaktde diambre, suivre sa course. Le lendemain au soir j'atteignis Tanlique Crotone. Je n'y trouvai guère de souvcnin des Achéens ses fondateurs 709 ans avant notre ère, de son climat jadis si salubre, de la force de ses athlètes et de son armée de cent mille hommes, sous Milon. Tout cela, hors une grosse tour antique, était remplacé par des masures dans un air insalubre, habitées par quatre à cinq mille marchands de grains €t

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